lundi 19 novembre 2018

Dessiner-écrire la Journée internationale des Droits de l'Enfant

"Dans une petite banlieue verte et tranquille. Madame Madame et Mamzelle Zelle, meilleures amies du monde depuis la rentrée de 6ème E et âgées respectivement de 12 ans 1/4 et 11 ans 3/10ème ont sorti le grand jeu et mis les petites pâtisseries dans les grands plats : tout est prêt, en ce joli après-midi dominical de la troisième semaine du mois de mai de l'année 1988, pour récolter des fonds. Dans un but strictement lucratif : s'offrir une place au soleil !"

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Une illustration, dans un style "rétro" essentiellement au trait, qui veut surfer - mais avec humour - sur deux thèmes très sérieusement évoqués et défendus dans la Convention internationale des Droits de l'Enfant (ou CIDE), le jeu (ou le Droit de jouer et d'avoir des loisirs) et le travail des enfants (Droit social/ Contre l'exploitation). 

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C'est une scène imaginaire : enfant, je n'ai pas eu l'occasion de jouer à la marchande de gâteaux, de biscuits et de citronnades faits maison, installée dehors, avec une copine de classe, devant un étal bien garni. Il aurait fallu, pour cela, que je m'organise pour en faire beaucoup, des pâtisseries, et surtout, que je résiste, à l'envie de grignoter dedans comme je grignote, à chaque fois, le trognon du pain du dimanche matin, il aurait fallu que je résiste à y mettre les doigts comme j'enfonce mes doigts dans la mie du pain tout juste acheté à la boulangerie, le dimanche. Non, je n'aurai rien pu vendre, rien du tout. 

Un paragraphe qui arrive comme un cheveu sur la soupe, peut-être, mais qui me fournit l'occasion de dire, qu'aujourd'hui, partout dans le monde, sera fêtée la Journée internationale des Droits de l'Enfant, célébration anniversaire qui est l'occasion, notamment pour l'UNICEF, de dresser un bilan des belles avancées et des petits bons réalisés depuis l'année précédente, en plus de pointer la distance qu'il reste à parcourir, encore, pour faire de chaque coin de la Terre, un territoire propice au bonheur pour tous les adultes en devenir.

Une journée suivie, suivie... 

© ema dée

La Journée internationale de l'homme, c'est reparti!

La Journée internationale de l'homme* met en avant, cette année, le concept de "Héros du quotidien", ces hommes qui ont montré courage, force et abnégation, pour se rendre maîtres d'une situation désespérée, d'urgence et/ ou dangereuse, ces hommes qui ont eu, à un moment donné  et contre toute attente, une conduite exemplaire.

J'aimerais, pour ma part, parler de l'homme ordinaire. Mais, qu'est-ce qu'un "homme ordinaire" ? 


L'homme ordinaire, il me semble, est celui qui ne fait pas la Une des magazines People, ce n'est pas une personnalité dont les frasques extraordinaires noircissent les tabloïds, ni une star de Showbizz ou un personnage politique, ce n'est pas une célébrité du monde de la Culture, des Arts, des Sciences, des Lettres, des Affaires, de la Diplomatie... bref, l'homme ordinaire, c'est l'individu lambda, l'homo discretus, l'homo volontarus, l'homme du commun, qui, vêtu de son anonymat à fermeture éclair, à scratch ou boutonnière, traverse la vie ici-bas, en faisant de son mieux, avec ce qui lui a été donné au départ : un contexte (privé) favorable (ou peu facilitant) avec lequel il devra composer (consciemment et inconsciemment) jusqu'à son dernier souffle, une manière de voir et d'être dans le monde une démarche qui lui est propre , et un (petit) capital, c'est-à-dire un ensemble composite de biens et de qualités très inégalement distribués, il faut en convenir. 

Par exemple, un physique. 

L'homme ordinaire a pu, il y a longtemps, mais ne peut plus, à présent, se plaindre ou craindre de ne ressembler à rien, car, tout existe, à présent tout ou presque , pour l'assister et le soutenir dans le projet qu'il s'est donné, à tous les grands moments de son existence et de sa trajectoire : être bien. (La concrétisation satisfaisante du projet varie en fonction de la pugnacité de chacun ET de sa position sur l'échelle du grand capital.)  Veut-on être simplement charmant ou plutôt séduisant, beau, carrément charismatique, mieux, inoubliable ?

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Pour ne pas risquer de dire et de médire, je suis allée moi-même chercher l'information sur le sujet, et j'ai vite réalisé qu'Internet, notamment,  regorge de sites, blogs et posts de journaux en ligne, très concernés par la question de la "beauté" au masculin ; il faut entendre par beauté, conseils en bien-être et soins esthétiques, propositions vestimentaires et coaching, car, la beauté physique n'est rien sans la beauté du comportement
Alors bien sûr, le risque, à soutenir ce foisonnement de préoccupations, ce déferlement de petites attentions, qui de la barbe, qui de l'épilation du torse, qui des liftings du contour de l’œil, qui des lotions capillaires et corporelles, qui des stimulants anti-graisse, qui des galbants musculaires, c'est la stigmatisation. 

Comment, en effet, ne pas stigmatiser l'homme du commun qui n'a recours à aucune de ces aides bienvenues ou "artifices" (entendons "trucs de gonzesses" en langage plus imagé) ? Et comment ne pas stigmatiser, à l'inverse, l'homme du commun qui use et abuse des fragrances, des bains, des huiles, des crèmes, des sérums, des gélules, des vernis, des cires, des étoffes, des pommades, des baumes, etc ?  ... 
En ce qui me concerne, je trouve à la fois  insolite et touchant de voir, dans le métro parisien, sur une affiche grand format, une publicité promouvant un site ou une boutique entièrement destinée aux soins pour les hommes et, qui met en scène uniquement des hommes. Comme je trouve à la fois insolite et touchant de voir dans un film, un individu au départ peu engageant, un peu loser même (pour diverses raisons scénographiques), se transformer, par exemple, en pro de la natation synchronisée (Le grand bain, de Gilles Lellouche), ou un homme rustre (pour des raisons de genre cinématographique) montrer de la délicatesse et de l'intérêt pour son hygiène intime (Les frères Sisters, de Jacques Audiard)

Un événement qui s'enrichit et qui dure...

* La difficulté qui peut surgir lorsque l'on cherche à se renseigner sur cette journée qui ne serait pas "officielle", c'est le manque d'informations en français. Pour autant, il est possible de lire ceci, ici.
 
© ema dée

jeudi 15 novembre 2018

Créations humaines & trésors de la nature à la galerie Matières d'Art

La galerie d'Art et Décoration Matières d'Art, sise au 2 de la très tranquille rue de Franche-Comté dans le 3ème arrondissement à Paris, se découvre comme toutes les choses rares et précieuses, par un heureux concours de circonstances. Ou il faut connaître le lieu, être, en quelque sorte, averti-e de l'imminence d'un te-à-tête avec le merveilleux.

Déjà, s'arrêter devant ses deux grandes vitrines où des bien jolies choses comme des figurants aux faciès, corps et matières variés s'exposent, c'est partir en voyage. Et pousser la porte d'entrée – avancer puis fermer derrière soi – c'est se dépouiller de sa précipitation rituelle quotidienne et plonger, sans annonce, dans une atmosphère enveloppante, douillette, cosy. Ici, chacun-e progresse sur un sol pavé de couleurs, accueilli-e dans des murs apaisés tirant sur le jaune safran.

Parmi les matières brutes, "blocs" de roches de la taille de deux mains matures réunies ou minéraux d'une fragile délicatesse car presque aussi petits qu'une tête d'épingle – produits de la nature aux couleurs "irréelles" –, il y a d'autres matières, celles-là sont ouvragées, polies, sculptées, vernies, cuites, peintes, incrustées, des matières d'arts – fer, grès, argile, acrylique, bronze, verre, papier, bois – travaillées.


Ici, le visiteur, la visiteuse, se retrouve cerné-e par la beauté qui émane de la rencontre entre les objets issus du labeur artistique de joailliers, de sculpteurs, de dessinateurs, de peintres... et ceux issus de la nature, de ses plateaux désertiques, de ses sols volcaniques, de ses fonds marins, de ses flans de montagnes. Ici, la visiteuse, le visiteur, fait l'expérience de l'évidente présence d'un rapport esthétique particulier à la matière naturelle, vierge de tout contact qui aurait pu la souiller. En de nombreuses pierres, toutes singulières, elle se dévoile rugueuse, puis grumeleuse, puis lisse, striée, anguleuse, puis arrondie. 

Pièces fabriquées ou collectées – observées, choisies et apportées des quatre coins du monde par des globe-trotters et des passionnées-és –, tout est à portée du regard, sagement entreposé. Comme dans un cabinet de curiosités, chaque œuvre est ici soigneusement étiquetée et montrée de la manière la plus appropriée, sur son socle, sa vitrine, son étagère. Dans cet ensemble hétéroclite savant, le regard fait de multiples petits bonds, passant d'une pièce à l'autre, conservée et révélée – chaque fois –  dans son écrin de verre, de tissu ou de bois, seule ou accompagnée. Et ainsi, l’œil détaille, avec ravissement et curiosité, les camaïeux improbables de blancs laiteux, opalescents, translucides ou irisés, les déclinaisons insolentes de bleus, de rouges, de verts, de bruns , de jaunes – de l'ocre au soufre.

À chacun, chacune, bercé-e par la mélodie aqueuse d'une fontaine intérieure, de trouver en ce lieu, maintenant ou plus tard – mais sûrement –, le trésor de la terre, la pièce d'art, avec laquelle dialoguer, entrer en relation de fascination amoureuse. Pour ne pas se laisser submerger par l'étrange langueur de la suspension du temps, il convient d'arpenter naturellement la galerie, ou, tout au contraire, d'une manière hiératique ou quasi enfantine, en butinant des yeux les pistils étincelants des gemmes et des objets de création


La galeriste qui favorise passionnément le dialogue entre l'art de la Nature et la création humaine, peut être tout à la fois guide, collectionneuse, marchande et conteuse d'histoires où le Zircon courtise l'Howlite, où la Labrodorite surprend l'Ammonite brute opalisée en compagnie de la Zoisite rubis et où la Sodalite s'ennuie de l'Aventurine rose. Par exemple... C'est un voyage dans la nature généreuse duquel il est possible de rapporter avec soi un souvenir unique.

Pour ma part, je rapporte de ma première échappée belle en ce domaine, lovés dans ma mémoire rétinienne  :
- la masse impressionnante d'une paire d'ailes noires ;
- des éclats rocheux gris argent, brillants traversés d'or ;
- la rondeur expressive à l'air bonhomme d'une poterie en argile ;
- un peu de la transparence miroitante du verre raffiné ;
- et des graphismes circulaires ou alvéolaires, volontiers répétitifs  – hypnotisants.

Matières d'Art me semble être tout cela... et bien plus.

© ema dée

mercredi 14 novembre 2018

Des carottes au Festival du Livre de Jeunesse de Rouen


Se lancer des défis, comme le défi de réagir graphiquement et/ ou par l'écriture à des célébrations, le défi de dessiner-écrire pendant une durée indéterminée ou déterminée, ou l'habitude de publier des carnets régulièrement,  constitue un bon entraînement à une pratique de création. Explorer des thématiques, exposer et approfondir son style, expérimenter d'autres techniques et conditions de travail,  conduire un pré-projet, se surprendre... sont autant de raisons possibles pour mener ce genre d'exercice. 
Je célèbre, pour ma part, plusieurs fêtes et événements durant l'année, les journées officielles et celles plus originales (les saisons, la journée internationale des Femmes, la journée mondiale des droits de l'Enfant, la journée de la joie, la semaine du Goût...) et, avec une grande liberté et de style et de rythme !

Répondre à un concours de création artistique, c'est-à-dire, produire une ou plusieurs œuvres originales (graphiques ou picturales) à partir d'un sujet, souvent imposé et donné sous la forme d'un mot ou d'une phrase,  fait partie de ces d'exercices-défis auxquels il convient de se frotter si on aime jouer avec des contraintes extérieures. Cela peut représenter aussi un bon moyen de se faire connaître, une manière de se promouvoir dans un cadre plus consacré. 
Très récemment, j'ai participé au concours d'illustration organisé par le Festival du Livre de Jeunesse de Rouen. Cette année, en résonance avec le thème choisi pour sa 36ème édition, la cuisine, l'incitation lancée le 3 avril dernier, était : Les carottes sont cuites. Les 20 productions retenues (la finaliste et les 19 coups de cœur du jury) seront exposées pendant le salon qui, comme chaque année, se tiendra du 30 novembre au 2 décembre à la Halle aux Toiles, puis dans d'autres lieux culturels de la métropole rouennaise. 

Voici la phase "encrage"/ "pré-coloriage" suivie de la mise au net de ma composition, intitulée Potée de lapines à la carotte et aux fines herbes :

http://www.festival-livre-rouen.fr/festival/les-rendez-vous/concours/

(Pour accéder à tous les coups de cœur, cliquez sur l'image ci-dessus.)

Dans cette œuvre personnelle réalisée sur papier vélin beige, je présente dans un décor champêtre et automnal, sept lapines attablées, trois sont déjà servies ; les quatre autres attendent que les deux femmes renardes remplissent leur assiette de carottes cuites et coupées en rondelles. Vraiment ? Une lapine refuse catégoriquement les légumes qu'on lui tend, une autre s'est endormie et une autre encore a l'air occupé à une bien mystérieuse chose... 
Je laisse chacun-e interpréter ce dessin à sa guise ; il rassemble quelques-unes de mes petites obsessions graphiques qui ressurgissent dès je crée des images "enfantines" en couleurs : la couleur locale, l'orange - carotte, qui organise l'ambiance colorée de ma composition ; chaque personnage existant de manière singulière à l'intérieur d'un groupe agité, la figure mi-femme mi-animale, l'arbre et la maison imaginaires.
Quel a été mon point de départ ? Un souvenir d'école primaire lié à un repas à la cantine. Mon influence principale ? La fable et le conte. Mon soutien iconographique ? La photo documentaire.

Merci pour votre visite (de cet article et je l'espère, du festival).

© ema dée

mercredi 7 novembre 2018

Viens-t-en ma colère et explose donc !

Ô toi, internaute au petit cœur passionné gonflé d'interrogations et de révoltes intestines, à qui il prend parfois l'envie de proposer toutes fenêtres largement ouvertes, un vacarme vocal matinal de bon aloi. Ô à toi qui ne peux dresser qu'un poing mutique à la face rubiconde du monde qui ne fait que sourciller à ton passage, le mot qui suit* est pour toi :

Colère : remède vitaminé vendu en gélules, en cataplasme ventral ou en solution buvable, délivrée sans ordonnance. Préconisé pour soulager impatientoses en plaques, administrites aiguës, rongites de l'ongle et autres désordres humoraux ou comportementaux affectant tout ou une partie de l'individu. Existe en quatre parfums : vert - amertume, rouge - sanguin, pourpre - explosif et jaune - contrition. Agit en profondeur sur les contractions intestines, dynamise les sourcils renfrognés, sculpte la ride du lion, colore le teint et insuffle à toute la personnalité une énergie bruyante capable de tout fracasser sur son passage. Effets secondaires observables : pris en dose légère, bégaiements, tremblements physiques, perte de cheveux, bris de vaisselle et projection d'insultes ; pris à forte dose, probable développement du phénomène de la babine mousseuse, de l'oeil fou ou de l'index crispé. Peut néanmoins s'utiliser en traitement préventif, d'appoint ou curatif, les résultats sont les mêmes : l'individu explose d'une rage salutaire qui n'a qu'un seul but, atteindre un mieux-être radical. (À suivre)

Merci de votre attention. 

* La lecture assidue d'Achille Talon de Greg peut expliquer cette affectation momentanée du langage.

© Pour un petit lexique de la vie ordinaire/ ema dée