mardi 7 avril 2020

Confinement # 5 : J'expérimente une lecture poétique dans un cerceau... et vous ?

Tout d'abord, il y eut une rencontre...

Il était une fois un texte littéraire qui avait été photocopié sur quatre feuilles blanches A4, puis agrafé une seule fois, afin d’être diffusé et découvert de la manière la plus accessible parmi et par une communauté de jeunes esprits réunis. 

Imprimé à l’encre noire au recto comme au verso des feuilles blanches susmentionnées, le texte était et est toujours un extrait, c’est-à-dire un fragment honorable d’une œuvre littéraire d’importance. Par honorable, il faut comprendre judicieux ; le fragment, sans renfermer la quintessence absolue de l’œuvre littéraire d’importance qui l’englobe, donne une image assez représentative et parlante — mais pas bavarde — de ce que l’œuvre d’importance peut être et est au bout du compte, dans son entièreté : un morceau expérimental, un objet littéraire non identifié (ou OLNI), une singularité post-moderne traitant avec un humour mâtiné d’ironie de la mort comme traversée et, paradoxalement, comme expérience de vie.


La portion pertinente mais non limitative de la singularité post-moderne imprimée en noir sur le blanc légèrement ombré de bleu des quatre feuilles fut notamment mise entre les mains pleines d’esprit d’une étudiante temporaire à l’Université du Havre. L’étudiante en pèlerinage créatif et aux mains pleines de livres aimait les migrations et les expéditions en tous genres, surtout celles susceptibles de raffermir ses compétences dans la Maîtrise ancestrale des mots-images. La fille s’intéressait, en effet, au plus élevé des points
— et des degrés —, à la création dans ses us et coutumes les plus diverses, comprenons, protéiformes, surprenantes, engagées, critiques — artistiques, quoi ! 

Elle fut donc raffermie.  L’évènement se déroula il y a de cela un certain temps.

L’étudiante en est là, assise sur sa chaise havraise, dans un tête-à-tête circonspect avec un OLNI : une liste des transmutations subies par des carcasses de personnalités et de personnages célèbres et présentées les unes à la suite des autres, comme entassées dans la lecture. Malgré son esprit alerte et respectueux que n’entame en rien son identité d’emprunt, la dite pèlerine ne saisit pas exactement ni précisément
— encore moins avec acuité —, en quoi la liste distribuée parmi ses congénères et elle-même peut être le fragment d’une singularité digne d’être rencontrée durant le siècle en cours. Aussi, une fois son pèlerinage terminé, la fille bien spirituelle et bien patiente range pieusement le texte, l’encre imprimée, l’agrafe et le message, dans un lutin de format A4 à couverture noire et ses 120 vues en plastique transparent, qui se froissent bien trop facilement (cela est tout à fait hors sujet mais devait quand même être signalé). 

Le texte est ensuite comme qui dirait... archivé, à la suite d’autres choses écrites et imprimées au contenu non moins sibyllin... dans l’attente de.


Le fragment honorable fut longtemps regardé, avec une attention certes très scrupuleuse, cependant telle une chose curieuse dont on s’attend à résoudre l’énigme sur son lit de mort. Pour sa part, le fragment restait confiant, certain d’être au moins l'une des portions la plus intéressante de la singularité post-moderne évoquée 31 lignes plus haut. Et à ce titre, il serait un jour ou l’autre à la fois lu ET compris ET manipulé avec l’attention scrupuleuse qu’il sied à sa nature si particulière.

Puis, vint une question : comment incarner dans l'objet la lecture d'une liste traitant d'une manière originale de "métamorphoses" ?...

La clarté lumineuse du message contenu dans le texte, son intention, mit néanmoins un certain temps à parvenir à l'esprit de l'ex-pèlerine. Malgré la grande assurance en qualité de texte singulier que possédait le texte singulier, il résistait à la manipulation de l'experte en la matière verbale. Ce moment-là, c’est-à-dire le jour où son contenu, son message, sa musicalité, son auteur, Raymond Federman0, peut-être, même simplement, la sensation sous les doigts des quatre feuilles sur lesquelles le texte fut imprimé accédèrent à la reconnaissance et la compréhension méritées, arriva à un moment donné.

C’est que tout occupée à relier les choses entre elles par des liens (et des ficelles fantastiques et dans des dispositifs aux protocoles secrets), l’étudiante qui ne l’est que sur le papier à présent, quoique parfois, entre minuit et cinq heures du matin, des bribes de sa vie estudiantine lui reviennent en bouche comme un âcre sursaut de nostalgie, donc l’écrivaine herbue cherchait l’idée. Et cherchant l’idée, elle amassait d’autres expériences visuelles — et muséales , le plus souvent. Et cherchant l’idée, elle attendait que le lien entre les choses qu’elle aimait et les choses qu’elle voulait dire se fasse. Que les ficelles se tressent en un ouvrage fantastique, remarquable motivant. Qu'un dispositif arrive avec son protocole secret. Et que l’Idée avec un grand I pour Intuition Imagination et Invention, émerge.

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C’est que confinée dans l’atonie paralysante de l’esprit qu’induit le roulis du quotidien, l’idée dans le corps végétal végétait. Elle advint un jour — sans éclat, mais enfantine et grave , derrière les aspects changeants de la Lecture1 à voix haute et ceux ludiques du cerceau2 (= hula hop). Deux activités que la femme affectionne beaucoup. La première parce qu'elle est aussi le véhicule d'une pensée étrangère à interpréter ; la seconde pour son potentiel (ré)créatif, performatif et symbolique.

C'est maintenant que des précisions s'imposent...

Précision n°0 : Raymond Federman (1928-2009), romancier et poète franco-américain, auteur de Les Carcasses (éd. Léo Scheer, 2009), a également écrit le "racontar" autofictionnel La fourrure de ma tante Rachel : roman improvisé en (triste) fourire. Cette oeuvre-ci a connu plusieurs publications, notamment aux éditions Circé (1996) ou chez Al Dante, dans diverses collections (2002 et 2009). Dans le premier, selon moi, R. Federman propose avec humour de déjouer la mort comme fin de tout (et de toute chose) ; le second met en scène à la fois le souvenir traumatique d'une expérience précoce de la mort et une analyse des stratégies de l'écriture littéraire de l'intime. Aux adultes, j'en recommande la découverte.
 
Précision n°1 : Cette lecture performance poétique est le résultat d’un entraînement de compétition autant à la lecture qu’au maniement gracieux du cerceau et de la frappe en rythmes et d’une main d’un pichet en métal peint en blanc et rouillé par endroits. Ce que j'ai fait : figurer trois fois le temps. Comme succession délirante d'évènements, par l'articulation rythmée d'une liste ; comme expérience humaine, par l'intégration de mon corps dans le cerceau-cycle quasi ininterrompu : comme objet esthétique, par la mise en scène.

Précision n°2 : Aucun cerceau rose ni pichet blanc ni jupe à pois n'ont été maltraités durant l'enregistrement de cette première expérience de lecture performance poétique filmée et réalisée dans une chambre close, dans une certaine contrée.

© ema dée

dimanche 5 avril 2020

Confinement # 4 : Je lis à voix haute des textes "réalistes" sur les animaux... et vous ?

Dans mon article précédent, j'expliquais un peu mon engouement pour les écrits de l'auteur italien Dino Buzzati (1906-1972) qui motive, par exemple, la création et le partage de plusieurs lectures à voix haute personnelles pendant le confinement. J'ai évoqué entre autres choses, en parlant de ses écrits personnels, des "ressorts de l'écriture fictionnelle réaliste". Dans l'intervalle, c'est-à-dire entre dimanche dernier et ce dimanche-ci, je me suis demandé ce que j'avais bien voulu dire par-là.

En fait, s'agissant de la fiction réaliste, troublant oxymore, on peut raisonnablement (se) poser les questions suivantes : qu'est-ce qui distingue une fiction réaliste de la réalité ? Quel(s) intérêt(s) d'écrire une histoire semblant être le décalque fidèle de la vie réelle ? Vaste question !, me direz-vous, déjà largement traitée dans la Littérature, le Cinéma, la Bande dessinée..., ajouterez-vous. Certes. Il ne s'agit donc pas de rapporter, en bref et maladroitement, un propos de spécialiste. 

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De mon point de vue et au regard de ma lecture de D. Buzzati, la fiction réaliste emprunte ses motifs à la vie concrète d'où son caractère éminemment familier, mais pose sur celle-ci un regard ô combien scrutateur, et propose de démêler l'inextricable écheveau que constitue l'existence. On ne s'abîme par la rétine dans le reflet déformé de la table lisse tâchée d'encre sur le bras en métal de la lampe de bureau, on regarde à travers ;  plus ou moins furtivement, on remarque un quelque chose... qui sera stocké dans sa mémoire comme une expérience fugitive. Et c'est tout ou presque. 

J'ose aller plus loin : cette écriture-ci aurait la capacité de rendre palpable, cohérente, significative, une existence que l'on ne fait que traverser, par l'attention portée à ses menues choses qui, sous la plume (le stylo, le feutre ou le clavier) de l'écrivain-e, révèlent leur nature "polymorphe". Et par diverses stratégies, l'écriture fictionnelle réaliste remodèle le temps en proposant sa propre chronologie des faits.

S'agissant des écrits plus "intimes", elle réorganise et objective les faits disparates et en cela, je pense, elle permet un pas de côté, mieux, une transformation, une métamorphose, une réécriture de soi. Comme précisé plus haut, aucune révélation dans ces quelques phrases, rien qui viendra influer sur le cours de votre destin ou l'appréciation des lectures qui vont suivre, juste un point de vue personnel livré à l'occasion.
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Aujourd'hui, j'ai fait un choix d'écrits brefs qui, je l'espère, s'adresseront de manière privilégiée, en premier lieu, aux dignes propriétaires d'animaux domestiques ; en second lieu, à tous les autres, celles et ceux qui notamment s'intéressent à la condition animale, qui se questionnent et se documentent à son propos, et qui sans doute, à leur tour, écrivent ou écriront de la poésie enthousiaste (ou mélancolique) ou encore, des fictions réalistes teintées de fantastique (ou de bizarre) sur le sujet et ses thèmes associés. Peut-être ne s'agit-il finalement que d'une seule et même espèce de gens ?

Ainsi, grâce à une sélection de trois textes pris dans les recueils Au moment de... et Nous sommes au regret de (in Oeuvres, T.2, éd. R. Laffont, 2006), on apprendra, par exemple, comment se passe la cohabitation entre un pauvre petit vieux et un gros rat ; on ira s'assoir dans un jardin pour assister à un concert privé ; enfin, on découvrira qui est le plus beau du monde et surtout, pourquoi.  

https://soundcloud.com/user-492317834/trois-textes-brefs-de-dino-buzzati
Indications concernant les textes lus :
Titres des textes  : Le rat ; Le rossignol ; Le plus beau du monde
Thèmes : animaux ; passé ; vie 
Durée de la lecture : 8 minutes 21
Public (supposé) : adolescents/ adultes



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Découvrez mes autres lectures — disponibles aussi  sur Lis-Moi Tes Mots :

- du dimanche 30 mars : La vie ; Expertise judiciaire ; La maison idéale 



- du dimanche 23 mars : L'augmentation



© ema dée

dimanche 29 mars 2020

Confinement créatif # 3 : Rire et humour dans la lecture à voix haute ? J'explore... et vous ?

Je reviens aujourd'hui, avec mon envie de vous faire (re)découvrir des textes en les lisant à voix haute et en les rendant disponibles en écoute libre via mon espace Lis-Moi Tes Mots

Pour ce faire, je poursuis mes balades dans l'Oeuvre littéraire de l'auteur italien Dino Buzzati (1906-1972). J'ai choisi trois écrits brefs : La vie suivi de Expertise judiciaire et de La maison idéale. Regroupés sous un titre collectif (En ce moment précis (1950-1963) ou Nous sommes au regret de... (1975), ils font partie de ces créations au statut particulier dans le parcours d'écriture de l'auteur. Traces d'une réflexion ? Brouillons préalables à l'écriture de textes plus aboutis tels que des nouvelles ou des pièces de théâtre ? Ou encore rares écrits de l"intime" dans lesquels l'écrivain, à travers les ressources de la "fiction réaliste", (se) livre (à) des méditations personnelles ?

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Qu'est-ce qui a présidé à mon choix ? Tout d'abord, le plaisir de présenter des textes qui me paraissent ou commenter ou mettre en scène un quotidien universel, et proposer une forme de mise à distance appréciable. Ensuite et surtout, l'intuition peut-être fausse que l'internaute y trouvera à la fois matière à rire* (intérieurement) ou tout du moins, à sourire d'un air entendu et à méditer (gentiment). De quoi se sentir plus légère et plus léger pour les jours à venir... 

"Si j'étais riche je construirais ainsi ma maison : une entrée minuscule, un couloir étroit, une salle de séjour pitoyable, des meubles très modestes, simples... dans l'ensemble, une atmosphère de gêne. En ce qui concerne les chiottes, cependant, au moins quarante mètres carrés, du marbre..." (extrait de La maison idéale in Nous sommes au regret de...)

*Recommandation : Est-il opportun ou non de rire ici ? Dans la mesure où le rire, quel qu'il soit, — long, court, saccadé, reniflé, aigu, nasal ou ventral, timide ou tonitruant et gesticulé —, contribuerait à l'augmentation du taux de sérotonine et de dopamine dans le cerveau et plus accessoirement — quand il est pratiqué avec régularité, honnêteté et rigueur —, à la (re)musculation de la ceinture abdominale. Résultat : on se sent mieux. Ainsi, s'il y a lieu, aucune hésitation : riez donc ! (À défaut, un petit sourire.)
Pour accéder à la lecture cliquez sur l'image ci-dessous :
https://soundcloud.com/user-492317834/trois-textes-brefs-de-dino-buzzati
Notice descriptive :
Titres des textes : La vie ; Expertise judiciaire ; La maison idéale
Auteur : Dino Buzzati
Thème(s) : quotidien ; langage  
Genre(s):  écrit bref ; fiction réaliste
Durée de la lecture : 14 minutes
Public (supposé) : adultes

© ema dée

dimanche 22 mars 2020

Confinement créatif # 2 : Je lis à voix haute... et vous ?

Mon projet de lectures – à voix haute et enregistrées – de textes brefs ou plus longs à teneur poétique ou réflexive, narrative ou sans genre précisable se poursuit. Pour la beauté et le bien-être que représente et procure l'acte de lire pour soi-même et pour les autres, les internautes de passage. Effets et sensations dont je parle en autres choses dans un précédent article intitulé À propos de lecture à voix haute...

Ces lectures sont le plus souvent brutes, c'est-à-dire sans accompagnement musical ou presque (parfois, j'ajoute un élément "bruit") ; seules sont mises en avant, dans ce projet-ci, les caractéristique sonores de ma/ la voix et les particularités d'un son capté en intérieur ou en extérieur, à l'aide d'un enregistreur portatif ou d'un magnétophone à cassette.

 

Dans le cadre de ce projet en cours de lectures à écouter à distance, je lis préférablement des textes de ma création (poèmes, récits en prose et réflexions critiques), plus faciles, à mon sens, à mettre en voix selon des modalités personnelles et variées. Je les propose en écoute libre depuis un espace exploratoire créé il y a plusieurs mois sur Soundcloud. Retrouvez-les ainsi que d'autres créations (dont une lecture musicale) sur  Lis-moi Tes Mots.
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Il m'arrive cependant de tenter d'autres expériences, des lectures que j'aime appeler "de circonstances". 

Pour la circonstance, ma diction tend à se discipliner (discrètement !), je veux dire à suivre plus fidèlement les rythmes et les "motivations" du texte. Ainsi, aujourd'hui, j'ai choisi de lire à voix haute un écrit littéraire qui n'est pas de mon cru puisqu'il s'agit d'une courte pièce de théâtre en un acte de Dino Buzzati (1906-1972), écrivain, peintre et journaliste italien, rédigée en 1961*. Le contenu de ce texte me semble très à-propos ; je le trouve aussi intéressant à lire et à partager car c'est un dialogue entre deux personnages qui se déroule dans un lieu clos. Un morceau de circonstance ! (À chacun(e) d'y voir ou d'y entendre une résonance avec l'actualité).  

Cette lecture interprétative pour le coup est motivée également par le fait qu'elle me conduit à lire une histoire dans une autre langue, dense et complexe : la langue de la traduction et les ressorts du dialogue se mêlent à la langue plus contextuelle, d'une époque (certaines tournures de phrases paraîtront certainement "démodées"), d'un discours et d'un message particuliers. Comment faire entendre la voix de deux personnages alors qu'on est seule à lire depuis sa chambre ? Comment faire entendre les enjeux de ce face-à-face ? Comment donner une épaisseur aux personnages qui suscite l'intérêt et l'envie d'écouter jusqu'au dénouement ? Sans appuyer, sans déformer le texte ni son propos par une caricature vocale. Un défi.

Enfin, Il y a, de mon point de vue encore, chez D. Buzzati une capacité à donner au quotidien une dimension fantastique d'une inquiétante familiarité qui gagne à être (re)découverte :

"Quand il sut que son jeune collègue Bossi, le dernier arrivé, gagnait vingt mille lires de plus que lui par mois, Giovanni Battistella fut pris d'une épouvantable rage. Et il osa faire une chose qui dans des conditions normales lui aurait paru une folie : se faire recevoir par le Directeur général et lui dire son fait..."

Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder à la lecture :
https://soundcloud.com/user-492317834/laugmentation-de-dino-buzzati
Notice descriptive :
Titre : L'augmentation
Auteur : Dino Buzzati
Genre : pièce de théâtre en un acte/ nouvelle (?)
Thème : travail, relation hiérarchique
Durée de la lecture : 13 minutes environ
Public envisagé : grands adolescents et adultes 

*Précisions à postériori : Contrairement à ce qui a été annoncé initialement, dans l'enthousiasme du partage de mes lectures coups de coeur, le texte L'augmentation semble être moins une nouvelle qu'une pièce de théâtre en un acte. Son cheminement narratif pousse à penser, cependant qu'il partage des points communs avec le genre, d'où ma confusion. Ce dialogue a connu plusieurs publications, la dernière étant dans l'ouvrage Oeuvres, Tome 2, aux éditions Robert Laffont, dans la collection Bouquins. Enfin, il appartient à un ensemble d'écrits brefs de l'auteur dont le genre précis n'est pas vraiment déterminé et/ ou déterminable.

© ema dée

jeudi 19 mars 2020

Confinement créatif # 1 : J'attends le Printemps... et vous ?

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Le jour de l’annonce par l’État français d’un "confinement obligatoire" de toute la population présente sur le territoire, suite à l’épidémie du Coronavirus venu de Chine, j’ai installé dans la chambre de notre appartement, un atelier de fortune. 

Dans cet « atelier de fortune »,  une planche de bois découpée pour une seule artiste au travail repose sur deux tréteaux — un peu fatigués, je dois le reconnaître — ; à leurs pieds, des livres d’Art tels que le catalogue de la récente exposition parisienne du photographe africain Seydou Keïta, une monographie de la peintre américaine Georgia O’Keefe, une présentation complète des oeuvres livresques du designer et sculpteur italien Bruno Munari et un livre d’occasion sur l'artiste allemand Richard Lindner For adults only —,  à leurs pieds encore, du papier blanc tous formats lisse ou granuleux dépassant d'un carton à dessin ; sur la planche, ma petite trousse noire à franges, remplie de crayons que je n’utiliserai pas mais dont la présence me rassure ; deux carnets de croquis, sur l’un — le plus petit —, j’ai écrit « Monstres, poupées et objets » dans la perspective d’avoir à dessiner durant mes balades muséales des monstres, des poupées et des objets, sur l’autre qui est deux fois plus grand, il n’y a rien d’écrit sur la couverture — ce dernier n’a plus de pages totalement vierges, pas grave, je dessinerai derrière — ; un paquet de mouchoirs mentholés ouvert de ce matin ; un carnet de dessin Moleskine que j’adore pour le soyeux crème de ses soixante pages rectangulaires à détacher selon les pointillés ; quelques textes à retravailler ; mon téléphone mobile, des écouteurs et mon pc portable avec sur la clé USB que j’ai introduite dans l'orifice prévu à cet effet, les saisons 1 et 2 de la série polar américaine Bones. Sur ce point-ci uniquement, j’ai honte (un peu). 

Installée à mon atelier, j’attends que le printemps sonne, j’attends que les oiseaux chantent gaiement — forcément —, que les arbres verdissent, que l’air s’allège un peu, se colore, qu’il s’éveille à la lumière d’un soleil ragaillardi, tout comme les tenues des passants, des passantes, j’attends que retentisse la fin de l’hivernage de ma ville. 


En attendant, mes pensées remuent à l’intérieur, mon inspiration grandit en rameaux, en bourgeons, et là, je me souviens d’une balade muséale. Mercredi 12 février 2020. Musée Maillol - Fondation Dina Vierny, Paris 7ème. (Du 11 septembre 2019 au 23 février 2020, la fondation proposera une exposition de peintres naïfs français.) Ce jour-là, je découvre Dominique Peyronnet, je redécouvre les toiles colorées de Camille Bombois, qui, à la manière d’un Courbet — truculent et farceur — célèbre avec bonhommie et fraîcheur les courbes de la femme du quotidien occupée à ses tâches domestiques et récréatives, je redécouvre les grandes toiles de Séraphine de Senlis*, seule peintre féminine du groupe d’artistes connus et reconnus de l’époque — nous sommes au tournant du 20ème siècle, déjà, les premières avant-gardes que constituent l’Impressionnisme, le Symbolisme, les Nabis, ou ailleurs, la Sécession viennoise, ont bien grignoté les fondations esthétiques de l’Art « classique » ; Séraphine donne naissance, sur grand format, à des compositions florales hypnotiques, sensuelles et irréelles. Je suis médusée ; je m'imagine pouvoir un jour à mon tour mais à ma manière, créer des bouquets de fleurs et de feuilles grimpantes et fantastiques.

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Aujourd’hui, confinée dans mon appartement — dans ma chambre - atelier donnant, grâce à une fenêtre latérale, sur une cour intérieure où picorent cinq poules grasses et voraces —, j’attends que pépie le printemps.

À un moment, le soleil est entré carrément dans ma maison, par la fenêtre de la cuisine ; toutes les portes sont restées ouvertes
dans ce contexte particulier la porte séparant le couloir de l'entrée comme la porte de la chambre et la porte de la cuisine. Aucune barrière ne vient gêner ma vue. 

Aujourd'hui, depuis mon fief temporaire jusqu'au bout de ma cuisine projetant son ombre jaune, je regarde s'approcher le printemps sur ses pattes bleu lustré ; j'ai sorti ma plume tout récemment acquise dans un magasin d'arts graphiques et son flacon d'encre de Chine noire ; j'ai tracé sur une feuille de papier A3 les contours de mon désir : dompter l'impatience... à coups de motifs floraux imaginaires.

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* Pour en savoir + sur Séraphine de Senlis :

— le long-métrage Séraphine de Martin Provost avec, dans le rôle principal, Yolande Moreau : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=126513.html 

le dossier de presse  de l'exposition du Douanier Rousseau à Séraphine de Senlis au Musée Maillol : https://www.museemaillol.com/sites/mai/files/editeur/groupes/maillol_naifs_dossier_groupes.pdf  

une visite virtuelle de l'exposition temporaire : https://www.museemaillol.com/fr/douanier-rousseau-seraphine

© ema dée

samedi 14 mars 2020

Avis de publication d'un nouveau titre de la collection Horlart : MODÈLES * hommes



La collection Horlart ? : "Des albums carrés pour présenter des récits brefs, des portraits imaginaires, des poèmes ou des textes en prose, accompagnés de séries d'images publiées initialement sur le blog Le horlart."

Précision : les images choisies proviennent d'un fond d'archives iconographiques personnelles réalisées et collectionnées durant plusieurs années, qui sont ensuite, au gré des projets, actualisées (redessinées, colorisées ou augmentées).  


Chaque album de la collection a sa propre identité visuelle et thématique dans un projet de création sur papier plus global qui s'intéresse à la relation du texte et de l'image et à ses variations de mises en scène et de mises en pages signifiantes. Terrains d'expériences graphiques, narratives et sonores, ces autoéditions se placent volontiers entre l'esprit du fanzine et la motivation du livre d'artiste.


Chaque objet-livre s'attache à l'évocation d'un sujet particulier, dans un genre d'écriture, une maquette intérieure et une couverture "uniques". Chaque édition présente cependant une facette singulière de préoccupations personnelles récurrentes, en particulier, la norme et l'identité. Ainsi, La femme polymorphique, poème-liste, donne sa définition de l'être-femme, Profeels.com, inventaire en fiches de caractères, s'amuse de certains codes de (re)présentations...


Pour sa part, le livre Modèles * hommes est né de mon envie d'écrire sur "l'autre moitié du genre humain", qui prend corps, ici, dans une suite de figures masculines "imaginaires". Ajoutez à cela, un texte bref, un brin poétique et humoristique, parfois grinçant (mais sans méchanceté !), construit à partir d'un magma  de souvenirs. Le binôme "portrait + description" constitue une personnalité, un motif... un modèle-type.

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En arrière-fond de ce nouveau projet de la collection, deux éléments : l'idée (à discuter) qu'un individu n'est que le fruit de projection(s) croisée(s), d'associations (justes ou trompeuses) et le jeu, manie ou tendance, consistant à imaginer l'autre uniquement à partir de son apparence vestimentaire, comportementale et/ ou physique. 

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Pour avoir un aperçu de cette troisième publication, c'est ici.
Pour (re) découvrir la collection en cours, c'est par là
Enfin, pour se (re)plonger dans ma création livresque, c'est par ici.

© ema dée 

vendredi 6 mars 2020

(Reporté) Un samedi-cabaret à Fresnes : réjouissances engagées et inspirantes...

Cabaret : nom commun collectif festif

Sens 1 : ensemble de réjouissances engagées, musicales, poétiques, intrigantes, festives, ludiques, gourmandes... organisé par les 7 de table.

Terme associé : espace - temps rendant possible la(les) présentation(s) d'interprétations artistiques personnelles. Ex : À cette occasion, je propose une interprétation de mon long poème-liste La femme polymorphique.


Pour des raisons de sécurité sanitaire et comme bien d'autres structures culturelles dans un contexte actuel de crise exigeant la prudence, le lieu du cabaret a fermé vendredi 13 mars pour une durée non précisée ; le cabaret est donc reporté.

Merci pour votre curiosité et pour votre patience.

À bientôt.

mercredi 4 mars 2020

Une écriture poétique et narrative inspirée par l'Amour... en bref.

Fidèle à mon esprit créatif, respectueux du calendrier des fêtes, je me suis lancée, durant deux semaines en février, dans l'écriture en prose sur le thème populaire de l'Amour.

15 histoires courtes qui sont autant de fragments de vies fictives ou réelles se découvrent par le texte, l'image et le son, au fil des publications. 

Sont-elles inspirées par des chansons populaires, des fictions romanesques ou cinématographiques, par des œuvres graphiques, plastiques, ou tout simplement, par la vie de tous les jours ?

Les poèmes plus ou moins brefs ont été écrits d'un seul trait, pour la plupart ; si la répétition de certains mots (nom commun ou adjectif) peut opérer des liens entre les récits, elle témoigne surtout d'une mise en évidence d'obsessions, de "tics" d'un langage personnel renvoyant peut-être à ... une mythologie. Ainsi de haut, d'ennui, de cendre, de miroir, de canapé, de serpentine...

Les images, créées à partir de traces au crayon, encres aquarelle, feutre et de collages de papiers maculés et découpés, proviennent, quant à elles, d'archives personnelles. Chaque cœur introduisant un poème est un clin d’œil — lointain, libre, personnel — à certaines peintures et sculptures de l'artiste "pop - expressionniste"  américain Jim Dine. (Une sélection de textes poétiques et de pièces en volume représentatifs de son univers a été récemment exposée au Centre Georges Pompidou, à l'occasion d'un don de l'artiste.) 

Enfin, les sons (lectures de textes et chuintements environnants) proviennent d'enregistrements faits sur un lecteur-enregistreur de cassette audio.

Pour accéder plus directement à ces écrits en prose lus à voix haute, comme à d'autres créations  sonores, c'est sur ma plateforme d'écoute exploratoire baptisée Lis-Moi Tes Mots.
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Pour voir, lire, écouter les textes publiés au cours de ce cycle d'écriture poétique, cliquez tranquillement sur les images ci-dessous :

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-prose-histoire-ema-dee-202027.htmlQuand ils montaient sur scène... 
 
http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-histoire-prose-ema-dee-202027.html D'elle/ Des aspérités irrégulières à la surface...

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-histoire-prose-ema-dee-202025.htmlCrissements rires et tintements...

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-prose-histoire-ema-dee-202024.html Pour que cette histoire se déroule au mieux...

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-histoire-prose-ema-dee-202023.html De mémoire de Cupidon/ On ne put faire... 

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-prose-histoire-ema-dee-20202424.html Le corbeau c'est ainsi qu'elle on l'appelait...

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-prose-histoire-ema-dee-202021.html Une cité lumineuse dans une banlieue lointaine... 

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-histoire-prose-ema-dee-2020.htmlComment lui faire comprendre...

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-prose-histoire-ema-dee-2020.html Avis de collision entre une péninsule/  Et un continent...


Dans un lycée d'une contrée aujourd'hui/ Archivée...

http://www.lehorlart.com/2020/02/amour-prose-ema-dee-2020.htmlIl était une fois une demoiselle/ Petite joufflue...


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© ema dée

jeudi 27 février 2020

De l'Amour/ 15

D'elle
Des aspérités irrégulières à la surface
Si on y regarde de très près
La peau de lin tantôt rugueuse tantôt lisse
De loin s'agitent des formes coloriées 
Résonances disharmoniques
Le carré froid le triangle autoritaire et
La pulsation rouge du cercle flou
Sur son étendue mate et marine

Récit des origines 
Une figure noire tête minuscule corps
Massif traverse un espace nu
Cherchant à rejoindre quelques maisons 
Naïves closes et penchées 
Réunies telles des corneilles bavardes 
Au-dessus d'une ligne d'horizon ténue
Elles forment un minuscule village 
Ici, des arbres taillés pointus — des ifs ?
Là, des lacs suspendus avec audace
À moins que ce ne soit des nuages
Plats  

À chaque fois le même coup 
Au cœur la Toile ouvrant sa fenêtre
Conteuse 
Le même éclat feu dans son œil 
Les mots gonflant sa gorge s'arrêtant à mi-chemin
Imparfaits — incapables
Tout son être pris d'assaut — saisi 
Le sublime en plein sa face
Amoureuse de la Russie

 

Note : ici, on lit De l'amour/ 14  etc...

©ema dée

De l'Amour/ 14


Quand ils montaient sur scène

Elle chantait lui composait
De sa voix haut perchée puissante
Ventrale
Digne rivale des orgues des cathédrales
Il était l'écho vibrant grave et effrayant

Quand ils étaient sur scène

Lui arrangeait elle harmonisait
De sa présence quasi-électrique
Projetant alentour une lumière
Blanchâtre presque divine
Elle était l'aura aveuglante

Quand tout se taisait autour de la scène

Ils racontaient leurs peines de couple
Bicolore
Elle rondelette brune et tout à fait
Garçonne
Lui musculeux étiré un vrai fil de fer
Nerveux 
Gardant le troupeau de leurs rêves 
De gloires certaines

Ensemble sur scène 

Une mélopée pour graver
Dans les cœurs les contours majeurs 
D'une nouvelle ère : l'harmonie 
En si bémol do ré fa 
Entend apprend comprend qui voudra

 

Note : ici, on découvre d'autres histoires d'amour.

©ema dée