mercredi 1 juillet 2020

Déconfinement # 8 : Mon imagier du confinement - Des Couverts au Crayon

Quelqu'un m'a raconté qu'au lendemain de l'annonce de la fin du confinement et du début du déconfinement, en région parisienne, dans la capitale, les gens hommes, femmes, familles, enfants s'étaient précipités dans les jardins, les berges de Seine et... aussi dans les magasins. Je n'ai pas su ce qu'il en était pour les gens en Province : se sont-ils eux aussi "rués" dans les rues, les jardins, les parcs... les centres commerciaux et leurs boutiques ?

Je ne peux cacher qu'à ce moment-là de l'Histoire de l'Humanité, j'ai été très déçue, cette humanité-là m'a beaucoup déçue ; je m'attendais à mieux d'elle. À quoi ? Rien de précis sur le coup ; c'est après que j'ai su : je m'attendais à plus de retenue, de pudeur, de mesure de responsabilisation. Peut-être avais-je imaginé, sans le préméditer, une humanité hébétée, hagarde, sortant de chez elle appartement, maison avec de la reconnaissance dans le cœur, l'esprit, le cerveau ; goûtant la saveur d'un corps encore en vie, d'être en vie, en vie plus que d'autres, plus qu'une connaissance qui ne répondra plus, plus qu'un voisin qu'on ne croisera plus, qu'un parent proche ou lointain, plus que tous ces anonymes "soufflés" dans leur lit ! (Avec des solutions, l'énergie, la résistance pour tout changer, poussant dans le creux de sa main ordinaire.)

Eh bien, non ! L'humanité à laquelle je suis liée par le territoire, la culture — le cœur, je l'admets —, s'est précipitée. Des queues devant les magasins ! Que pouvait-elle bien avoir à s'acheter, cette humanité, de si urgent qui légitime une attente (fébrile ?) devant les vitrines, me demandais-je, à chaque fois que des nouvelles de cette sorte-ci arrivaient à mes oreilles. Avec d'autres nouvelles plus préoccupantes. Le confinement aura eu raison de nombreux commerces de détail. Des fermetures annoncées, des dépôts de bilan, des restructurations à venir, des licenciements à la clé... Difficile de comprendre cette frénésie apparente de la dépense, cette boulimie de l'inessentiel, ce shopping-gavage, ce sus à la bonne affaire — jusqu'à 50% de soldes, rendez-vous compte ! (Et pendant que l'individu s'engraisse et s'enjolive, la laide "collectivité" dégraisse à tour de bras).

Le mot d'ordre n'est-il pas plutôt, chers/ chères amis/ es, à l'économie, au serrage de ceinture et des liens de sa  propre bourse ? Ne devrions-nous pas valoriser notre patrimoine personnel, fût-il modeste, dérisoire, démodé, différent et le faire fructifier  — autrement ?

Comment ! Les entreprises ne sont-elles pas obligées d'avoir des économies d'avance, n'ont-elles pas prévu depuis leur début d'activité l'amortissement des composants de leur activité, ne sont-elles pas obligées de développer une vue perspective large... anticiper ?!, m'écriai-je souvent, assise à mon bureau, les yeux sur l'écran d'ordinateur et dans les nouvelles du monde.

Ô naïve que je suis ! Ô combien me suis-je montrée critique, étroite d'esprit, tellement définitive, moi qui croyais tout comprendre, tout savoir, bien planquée derrière mon ordinateur et mon imagination débordante ! Ô confortable petit quant-à-moi ! Comme le confinement de mon esprit m'est apparu dans sa plus manifeste et débile forme d'expression et de fonctionnement ! 

Car, je suis allée à l'information brute : j'ai conversé avec un vendeur de vêtements, au Marché au Puces. Il m'a fait la leçon : ce n'est pas le Covid-19 et le confinement qui ont précipité la fin de son activité d'origine à lui, ni le resserrement de son champ d'activités de vente ainsi que son aménagement dans un autre lieu moins cher (et moins couru) ; la raison en est plus profonde ; elle est structurelle, en fait. La faute à une suite de "disettes", de mauvaises années truffées d'événements sociaux, bons sur le fond, majeurs dans leurs revendications, mais si catastrophiques pour le commerce : grèves, manifestations, du coup, baisse de la fréquentation... à des périodes-clés. Résultat : un chiffre d'affaires qui s'écroule les jours de fêtes... L'exceptionnel impossibilité de dégagement de bénéfices qui devient le quotidien... (Le Covid-19 a donné le coup de grâce et précisé l'incertitude).

Car je suis allée à l'information brute. Me voici, un jour, faisant la queue devant la vitrine d'une chaîne de vêtements féminins très à la mode, dans un grand centre commercial illuminé et très fréquenté. J'ai une bonne raison d'être là, attention ! : j'ai une rencontre à préparer, moi. Moi, je ne viens pas perdre mon temps ! Drapée dans cette conviction pleine de morgue, j'attends, sûre de ne pas courir en tous sens une fois entrée dans le magasin. Sûre d'être sous auto-contrôle et de ne pas céder à une précipitation caractérisée. Et pourtant ! J'ai ressenti une sorte de fébrilité à me balader dans la lumière claire des allées pleines de fringues impeccablement pliées, à effleurer les étoffes fleuries, soyeuses, délicates, les chemisiers romantiques — grands favoris cette été — pendus à leur cintre, les robes "Princesse" couleur ivoire déclinées en maintes matières textiles attendrissantes ; quelle joie indescriptible d'attendre dans la file des cabines d'essayage et de quitter le magasin avec un petit achat dans un grand sac ... Quelle joie de se (re)trouver quasi normale ?... Après-coup... Car sur le moment, seule l'idée de trouver la bonne tenue et ce rapidement — être 100% pratico-pratique — occupait mon esprit.

Installée dans un microcosme à échelle individuelle durant deux mois, j'ai appris à me suffire de l'essentiel. Comme la nature qui reprend ses droits quand l'homme fiche la paix à l'environnement, mon corps semblait s'être débarrassée du surplus, des "mauvaises habitudes", des réflexes conditionnés, de l'étiquette, de l'apparat — des semblances. Et pourtant, la joie, l'excitation du moment !

Pour autant, sont-ce des hordes échevelées et piaillantes de femmes et d'hommes que j'ai croisées ces jours-ci, sortant des boutiques, les bras encombrés, les babines écumantes, l'oeil fiévreux ? Non. Comme moi, chacun vaque tranquillement, avec à son bras, dans la main, un sac et sur le visage, un air simple, content d'être (encore) là (sans doute). Profitant benoîtement des soldes que des magasins proposent en avance sur les dates annoncées. Le déconfinement partout progresse, la vie grouillante reprend ses droits. Je pose la question néanmoins : "Faut-il s'en trouver pleinement satisfait/e ? "

--------
7 - La mélancolie des objets usuels (Des Couverts au Crayon)


Jour 14 (31/ 03/ 2020) : je cherche une manière de faire évoluer mon dessin en rapport avec le texte et dans sa capacité à dire de manière autonome. Pour l'instant, je profite du confinement pour penser à mon parcours artistique.
-------

Le projet d'écrire une sorte de journal en ligne, qui allierait réflexions sur mon déconfinement et publications (le mercredi, en général) de traces personnelles laissées dans un carnet de croquis durant mon confinement a commencé ICI.

© ema dée

mercredi 17 juin 2020

Déconfinement # 7 : Mon imagier de confinement - Une Paire de Lunettes au Feutre

La vie telle que je l'expérimentais jour après jour s'est mise sur pause. Comme dans un film, vues simultanées sur le monde, avant le confinement, avant le "grand endormissement"... Ubiquité imaginaire, bien sûr, j'imagine, bien sûr...


... la fourmilière dans les transports en commun, les badauds lèche-vitrines, cut, les grandes surfaces, les supérettes, les boutiques "Bonnes affaires & variétoche sur les ondes", cut, les terrasses bondées, fumoirs des bars branchés, le petit café PMU, les habitués clopes au bec, café serré autour de la table en formica, brèves de comptoir dès 7h matin : "le Quinté, c'est plus que c'était", cut, la boulangère dorée et bien polie, et pour la d'moiselle, c'sera quoi, c'matin ?, la caissière soucieuse, l'hôte d'accueil du CCAS, la factrice souriante, jaune et tintante, cut, plan raccord sur une colonne Morris : " La critique applaudit ! le spectacle de...", cut, le boulevard Rochechouart Paris 9ème ou 18ème arrondissement, le micro-square, les cars vides de touristes agglutinés, les boutiques bigarrées à touristes surexcités, les snacks à touristes affamés et ravis, la supplique gutturale des pigeons, les sauts des moineaux autour, cut, les marches de L'Élysée Montmartre rutilant, les grilles de La Cigale, la moquette flambant rouge vermillon du Cinéma Pathé Gaumont, cut, une église cubique, cut, L'heure de tous d'Arman, les trottoirs haussmanniens, cut, la file d'attente étudiante à la BPI Centre Georges Pompidou, les portes vitrées roses du Forum des Images, cut, le tapis roulant métro Invalides direction la ligne C du RER, cut, la Tour Montparnasse, cut, un jardin avec trois vieux papis assis sur un banc, et un parapluie — le temps se couvre.

Puis le silence. Plan fixe sur l'immeuble en vis-à-vis.

Puis, par bribes. Des nouvelles. De ma planète. Ça tombe bien ; en regardant mon frigo tapissé de billets de réservation pour des spectacles variés comme divers, je me demandais justement si ou quand : ..."le concert de... est annulé, la représentation de... est suspendue jusqu'à..., le musée est actuellement fermé pour..., avis de fermeture de la galerie pour cause de... , en raison de la pandémie de Coronavirus, votre vie culturelle et artistique est suspendue pour une durée indéterminée. Saurez-vous retenir votre respiration dans l'intervalle ?"... Heureusement, j'accède à tout plein de (nouvelles) ressources à exploiter, de quoi me préparer à une belle orgie culturelle et artistique à distance ; je me bâfre ; je me surexpose : documentaires d'Arte, archives de la Cinémathèque française, visites virtuelles des galeries d'Art, newsletters des agitateurs poétiques, zoom sur la création graphique contemporaine, ouverture d'ateliers d'écriture en ligne, salon du livre en ligne, concerts unplugged en ligne, ateliers d'arts plastiques en ligne... je réponds à des sollicitations, écrits brefs et photos à partager, coloriages à partager, lectures à voix haute à la maison... de quoi attendre la réouverture des théâtres, des salles de concert, des centres culturels municipaux... sans trop souffrir d'asphyxie. Et éviter la bouderie dans mon alcôve.

Au bout de deux semaines cependant, c'est l'overdose... Diagnostic : "rétinite aigüe de l’œil droit et abattement neuronal généralisé consécutif à une surexcitation émotionnelle ". En plus clair : "strabisme aggravé de la sensibilité par ingestion compulsive de plaisirs numériques hétéroclites". Va falloir se discipliner. (Faut te secouer, ma fille !) Posologie fortement recommandée pour les semaines à venir : une seule découverte/ jour ou une activité récréative/ jour ou une prise de participation à/ jour et se remettre au boulot. Sérieusement.

Avec le déconfinement entamé depuis la mi-mai, ici, le réveil des lieux de tous les plaisirs se fait par paliers. Moi, le confinement m'a comme désarticulé la curiosité, et puis, l'enthousiasme, la fébrilité aussi et l'impatience. Je les retiens, tous, je me retiens et j'attends... 

-------
6 - Vue intérieure (Une paire de Lunettes au Feutre)



Jour 1 (17/03/ 2020) : Migraine matinale qui dure évidemment toute la journée sinon c'est pas drôle. Je suis barbouillée. Ma vision s'est troublée après une sieste prolongée dans la chambre. J'ai bu l'eau du robinet : dégueu ! 

-------
Chaque mercredi (autant que possible), mes nouvelles du dedans, accompagnées d'un extrait de mon carnet de gribouillis entamé en mars 2020, et publiées depuis ICI.

© ema dée

mercredi 10 juin 2020

Déconfinement # 6 : Mon imagier du confinement - Une Chaussure au Crayon et au Feutre

Depuis plusieurs semaines, je livre ici quelques pensées. Je les accompagne d'un dessin issu d'un carnet de croquis, un journal de bord fait à partir de gribouillis tracés au fil des jours — deux mois ! Quelles pensées ? D'abord des bribes de celles qui m'ont traversée durant le confinement, ensuite, celles que m'évoque au quotidien la reprise, le déconfinement, chacun reprenant à sa manière et à son rythme autant que possible, autant que souhaité, autant que commandé, le chemin de sa reprise, de ses bonnes ou inconfortables habitudes. 


Il se peut que chaque article aborde un ou plusieurs thèmes. Leur fil conducteur ? Faire trace d'une expérience sensible qui émerge depuis l'intérieur. 

Il paraît que des renards, des biches et d'autres animaux sauvages habitués à rester confinés dans les forêts et les bois ont poussé loin leur promenade, jusque sur le pas de la porte des maisons individuelles. Qu'ils se sont aventurés ! Libres, curieux. Dans d'autres domaines que le leur. Repoussée la frontière entre les rues, les chemins et la forêt, le sous-bois, les clairières, les prairies ; repoussée la crainte. Comme j’envie celles et ceux qui, au petit matin, se sont retrouvés face à une boule de poils roux, à la queue touffue et pointue, face à une tête haute et fine aux grands yeux calmes... Ô nature matinale et rieuse !


Roucoulades et prunelle à l'affût en banlieue parisienne : j'ai eu, pour seuls visiteurs, des pigeons ; les gros volatiles ont fait des haltes prolongées et régulières sur le bord de ma fenêtre. Une fois, les voyant en groupe de quatre à cinq individus posés benoitement — conquérants tranquilles d'un nouveau territoire —, je me suis demandé s'ils avaient la moindre conscience, à l'instar des renards et des biches, la forêt, le sous-bois, qu'on vivait sur Terre quelque chose d'inédit et d'une vaste ampleur.

Hier, j'ai rencontré un petit vieux tout rose et tout tordu ; il m'a dit : "La pollution revient comme avant ; tout revient comme avant."

J'ai pris les transports en commun aujourd'hui ; après une appréhension toute légitime, j'ai goûté un moment la saveur de déplacements où chacun, chacune, moi, dispose d'un espace nécessaire pour respirer, élargi. J'ai rêvé que j'arpentais le quai de mon RER avec les bras tendus, sur ma gauche et ma droite. Je rencontrais nul obstacle ! À un moment, car les distances ne sont pas partout respectées — possiblement respectables — , les passagers repris dans leur quotidien reprennent leurs habitudes, l'espace urbain se rétrécit — mécaniquement ou involontairement. La peur du vide entre,  la moiteur réconfortante de la promiscuité, la pulsion irrépressible des sardines à l'huile ou le reconditionnement de la Machine ?

-------
6 - Observation pédestre (Une chaussure au Crayon et au feutre)


Jour 5 (21/ 03/ 2020)  : "Le confinement est devenu naturel ; je regarde par moments dehors ; il y a toujours des imprudents - tes qui déambulent dans le boulevard (sans masque), je me demande ce qu'ils fabriquent à la fin !"
------

Le projet de pensées-dessins brutes qui revient rituellement chaque mercredi a commencé ICI.

© ema dée 

mercredi 3 juin 2020

Déconfinement # 5 : Mon imagier du confinement - Un Micro au Crayon

Hier, j'écrivais à une amie : "Comme sortir me manque ! Comme me retrouver avec ma moitié à la terrasse d'un pub et converser d'un évènement auquel nous venons tout juste de participer me manquent ?" Je demande à mon amie : "Et toi, comment fais-tu pour vivre, toi qui racontes, dans les bibliothèques, les centres culturels, toi qui lis à voix haute pour d'autres lieux encore ?"

 

J'ai ressenti durement l'annulation successive des concerts de musique rock prévus depuis longtemps ; j'ai ressenti durement l'annulation des représentations théâtrales réservées de longue date et dont la perspective me réjouissait profondément ; j'ai ressenti durement l'impossibilité de me rendre dans les musées, petits et grands alors qu'ils affichaient depuis la fin de l'année dernière une merveilleuse programmation, bien plus attractive que celles des années précédentes ; j’ai ressenti vivement le manque de fictions sur grand écran, de salles obscures... Ah ! le son méga dolby surround qui me rend apathique et sourde, momentanément — les trompettes retentissantes de la fiction ! 

Bouchée l'excitante perspective de découvertes en galeries d'art ou en librairies spécialisées...

Ce qui semblait acquis la Culture et l'Art à portée de regard, après quelques stations de métro s'est comme fragilisé, teinté d'incertitudes ; le quotidien riche de surprises, de rencontres artistiques, d'émotions renouvelées et d'expériences esthétiques toujours différentes, mémorables, mis entre parenthèses ; comme l'écolière privée de récréation à cause d'une météo capricieuse, je me retrouve désorientée, entravée, en colère.

(Par contre, je n’ai ressenti aucun regret à marcher dans le désert des rues silencieuses et propres, lorsque j’avais à sortir pour faire mes courses hebdomadaires, durant les deux mois de confinement ; la systématique oppression de la foule, l’oppressante présence de la machine humaine, la vrillante atmosphère poussiéreuse de travaux urbains, les jacasseries puantes des automobiles, elles, elles ne m'ont pas manqué. Les trottoirs, les rues, les boulevards, les quartiers familiers se sont éclaircis, allégés d'immondices et de circulations.)

J'attends le 22 juin avec impatience : on annonce la réouverture des salles de cinéma ; j'irai à vélo ! 

-------
5 À l'écoute (Un micro au Crayon)


Jour 24 (31/ 04/ 2020) : Le confinement ne me convient pas car je me rends compte de la précarité de ma situation. J'ai ma création pour attendre ; j'espère être capable de me "déconfiner" correctement.
-------

Pour appréhender le projet de récit de soi depuis le début, ce sera en cliquant sur ici.

© ema dée

dimanche 31 mai 2020

Confinement # 10 : Je lis à voix haute un texte d'Alphonse Daudet, de Dino Buzzati et d'Hélène Bessette... et vous ?

Je poursuis mes lectures à voix haute de textes littéraires depuis mon micro - home studio de création et d'enregistrement. Cette fois-ci, pour cette cinquième proposition sonore, je propose une variation sur le thème de la richesse, à travers le choix de trois textes d'auteurs différents : richesse et intelligence de cœur d'abord, avec L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet ; richesse et puissance politique avec La leçon de 1980 de Dino Buzzati ; enfin, richesse matérielle avec Le poème de la Porte d'Hélène Bessette.

Une variation soufflée par l'air du temps ? Peut-être, mais pas certain. L'envie de continuer une nouvelle aventure à laquelle je m'associe, celle de faire entendre dans la distance et à distance les mots d'auteurs qui me touchent, et ce, avec mes propres forces la voix et l'enthousiasme pour les histoires en tous genres  ? Assurément !

1) Richesse et intelligence de cœur chez Alphonse Daudet :

L'homme à la cervelle d'or est un récit que je découvre dans une petite anthologie datant de 1996 et intitulée La dimension fantastique, 13 nouvelles d'Hoffmann à Claude Signolle. Elle est présentée par Barbara Sadoul dans la petite collection de poche Librio. L'étrange nouvelle d'Alphonse Daudet (1840-1897), écrivain et dramaturge français, est le récit peu ordinaire que fait un homme de son destin : il naît avec une particularité dont on n'apprendra vite si c'est une heureuse chose ou un mauvais coup de Dame fortune. L'histoire qui se révèle dramatique m'apparaît comme une métaphore des vicissitudes de la vie d'artiste...



2) Richesse et puissance politique chez Dino Buzzati :

Fidèle à son écriture qui décortique le réel pour mieux en montrer la mécanique, triste, absurde, poétique ou drôle, l'écrivain, critique et journaliste italien Dino Buzzati (1906-1972) propose dans sa nouvelle fantastique La leçon de 1980, une solution pour mettre fin au conflit opposant deux super puissances convoitant le cratère de Copernic, sur la Lune. Et si leurs plus puissants représentants, touchés par une sorte de "punition divine", venaient à mourir brutalement, que se passerait-il ? Un monde renversé, entre délectation, frisson et inquiétude... Le récit est extrait du recueil Le K paru initialement 1966, puis réédité notamment dans Oeuvres, Tome 2 aux éditions Robert Laffont en 2006...



3) Richesse matérielle comme signe social distinctif chez Hélène Bessette :

Dans Le poème de la porte extrait du texte autofictionnel Suite suisse (Léo Scheer, 2008), la romancière et dramaturge française Hélène Bessette (1918-2000) évoque une sorte de ras-le-bol de l'écrivain et le piquant de ses vacances sont-elles bien réelles ? dans la très riche ville de Lausanne. Le poème jouant en autres sur la répétition de l'adjectif "riche", tendrait selon moi, à présenter au bout du compte et de l'histoire, loin d'une perspective de vie enchanteresse et l'attrait pour un ailleurs "exotique", une forme caustique de caricature sociale. En creux, le portrait tragique de l'autrice ?



------- 

 Deux remarques concernant le choix des textes lus :

1 – À propos du genre fantastique : je suis toujours étonnée et séduite par ses ressorts et sa polymorphie. À propos de lui, Pierre-Georges Castex évoque "une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle".  Selon Charles Nodier : "le lecteur est placé devant un tissu de réel et d'irréel dont il cherche à retrouver le fil d'Ariane". Et Barbara Sadoul d'ajouter : "La question du surnaturel crée alors une complicité entre lui et l'auteur, et c'est sur l'instant d'hésitation du lecteur (illusion des sens ou réalité du phénomène) que Tzvetan Todorov fonde sa définition du fantastique"... Ainsi, donc, le fantastique aura fait irruption dans mon quotidien... 

2 – À propos du récit d'Alphonse Daudet : si le texte lu date de 1860, c'est une autre version de l'histoire que l'auteur fera paraître dans son recueil de contes Lettres de mon moulin en 1873 et qui demeure en définitive la plus connue. Détail fort passionnant concernant ce récit : il existe des différences notables dans la portée réflexive, le message ainsi que le style littéraire de l'auteur entre la nouvelle fantastique de 1860 et le conte mélancolique de 1873. Pour s'en rendre rendre compte,  ci-dessous, les premières pages de la légende...

https://nsm09.casimages.com/img/2020/05/27//20052703541225192016813698.jpg

Qu'il existe deux versions aussi dissemblables du même texte de L'homme à la cervelle d'or me pousse à doucement m'interroger sur l'intention de l’œuvre littéraire comme celle de son auteur : pourquoi a-t-il ressenti le besoin de changer à ce point sa première histoire ? S'agissait-il de répondre à une intention éditoriale, tisser entre les textes un fil conducteur, créer un sentiment de cohérence d'ensemble ? Ou bien, a-t-il été question pour A. Daudet de s'assurer une réception plus large de son texte ? Ou d'une "autocensure" ?... Ou encore, n'est-il pas arrivé ce qui passe parfois durant la "formalisation" d'un conte, une édulcoration de la parole et de l'intention initiales ? 

En tous cas, ce qui est significatif dans mon propre parcours, c'est que j'avais déjà lu la légende dans Lettres de mon moulin ; je ne l'avait par retenue ; elle ne m'avait rien inspiré de plus que celle qu'elle paraissait être, une histoire "merveilleuse" à laquelle l'auteur a donné, grâce à certains artifices de style connus, des accents de vérité. D'où l'intérêt, j'en suis convaincue, d'avoir aussi accès à un écrit plus ancien. Car, finalement, c'est cet écart qui me semble être le plus intéressant à souligner.

© ema dée

mercredi 27 mai 2020

Déconfinement # 4 : Mon imagier du confinement - Une Fée au Crayon et au Feutre

Mon journal de confinement se livre page après page, dans le désordre... en même temps que les réflexions que me suggère la période étrange que nous vivons depuis quelques mois, celle du confinement-déconfinement.


Une des difficultés posée par le confinement a été, en particulier, d'organiser le maintien d'une activité professionnelle minimale. Si certaines activités, dans certains secteurs, se sont très bien débrouillées à distance ou ont pu mettre leur quotidien entre parenthèse sans risquer la faillite, il n'en a pas été de même pour tous ; toutes les activités professionnelles ne sont malheureusement pas envisageables en télétravail, surtout lorsque celui-ci n'a pas été pensé bien en amont avant, ou si la raison d'être et de fonctionner des activités en question réside dans leurs (inter)relations avec les publics, quels qu'ils soient. 

La question se posa différemment selon son type de contrat... Par exemple, grand fut le désappointement pour celles et ceux qui devaient justement commencer un nouveau travail pour lequel une formation longue et en présentiel était d'abord requise. Itou pour celles et ceux qui avaient postulé à un emploi et qui se sont retrouvés empêchés d'aller plus avant dans leur projet, le risque d'une nouvelle vague épidémique n'ayant pas été complètement écarté, ou simplement, l'assurance d'un risque proche de zéro à reprendre le cours d'une vie normale n'ayant pas été garantie. 

Pour ma part, la situation de confinement a précipité ma réflexion sur le format professionnel le plus apte à compenser un manque éventuel ou un dysfonctionnement et à répondre à une situation d'empêchement mobile durable ou exceptionnel. Mon déconfinement se préoccupe toujours activement de cette question.

-------
4 - De la grâce (Une Fée au Crayon et au Feutre)

Jour 8 (24/ 03/ 2020) : il y a des matins où je me lève avec plein d'idées et de bonne humeur ; curieusement, ça ne dure pas. Très vite, je suis de mauvaise humeur ; le moindre truc qui cloche m'attriste et m'énerve. Comme je suis têtue, j'insiste. Résultat : c'est pire !

© clémentine de chabaneix (modèle de fée)  © ema dée

mercredi 20 mai 2020

Déconfinement # 3 : Mon imagier du confinement - Une Figurine de Dessin animé au crayon gras

La publication du journal de mes "gribouillis introspectifs" se poursuit... Ils se composent d'un petit dessin d'étude accompagné d'une pensée souvent sans rapport et parfois, d'un commentaire sur l'objet représenté (ou ressenti) ; ensemble, ils  constituent, page après page, ce que j'appelle simplement "mon imagier du confinement".

Pendant ce confinement des mois de mars et d'avril derniers, j'ai plus que jamais opéré une partition rigoureuse de mon lieu de vie vu qu'il est devenu, par la force des choses, aussi mon unique espace de travail, de loisirs, de méditation et de rencontre ; il a fallu très vite s'organiser, pour éviter la superposition des territoires de chacun ou leur entrechoquement. Que de déplacements quotidiens entre les différentes pièces ! Tout un parcours pédestre domestique le long de voies de circulation nouvelles : boulevard entre la cuisine et la chambre, carrefour au milieu du couloir, stationnement prolongé dans la bibliothèque et embouteillages entre la salle de bain et les toilettes aux heures de pointe, le réveil familial. 

Dans cette configuratexte (mot-valise personnel mêlant les termes "configuration" et "contexte"), le bureau est devenu un îlot privilégié, d'accès surveillé et riche de trésors restés inaperçus jusque-là. L'épais voile de la routine abrutissante se soulevant, chaque vieil objet devient alors le sympathique protagoniste d'une histoire inédite qui se raconte sans effort, les yeux grands ouverts.

Finalement, le déconfinement semble se passer aussi progressivement qu'envisagé  ;  un muscle resté longtemps au repos doit reprendre sa course tranquillement et bien préparé ; ainsi, je le crois de l'imagination et de la créativité qui se déploient en parallèle de la routine. En soupape. Ainsi de la spontanéité qui pousse à réagir au quart de tour, à se saisir de toutes les opportunités qui arrivent à sa portée. Et à réfléchir ensuite à leur pertinence. De mon côté,  je mets en place, jour après jour, un déconfinement de mon quotidien confiné ; j'opère un démarrage en petites foulées ; je réfrène ma tendance bien identifiée à me saisir du tout-venant ; je cherche des voies de conciliation, entre un pendant et un après ; je m'efforce de conserver un peu de cette étrange situation de dédoublement du temps et des lieux de vie que j'ai expérimentée, jusqu'au début du mois de mai... 

-------
3 - Conversation silencieuse (Une Figurine de Dessin animé au crayon gras)


Jour 13 (30/ 03/ 2020): "J'ai décidé de prendre le temps de faire les choses nécessaires pour améliorer mes performances et mes compétences, et atteindre mes objectifs. Parmi ces choses nécessaires, dessiner d'après modèle, écrire d'après ma vie..."

Je livre aussi d'autres pages de mon journal en cliquant sur ici.

© ema dée