dimanche 26 avril 2020

Confinement # 8 : J'avais envie de voyages et de dépaysement... et vous ?

C'était mon anniversaire ! Pour l'occasion, j'avais balayé mon salon, ajusté mon canapé, fermé les stores, chaussé mes pantoufles, installé de quoi grignoter et commandé des films pour partir en voyage une deux trois fois... à la rencontre d'autres cultures, d'autres paysages, d'autres histoires humaines, plus grandes que moi... J'ai été entendue :
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Cliquez sur l'image pour découvrir la sélection.

Aujourd'hui, c'était la première édition du CinEma FILM FESTIVAL qui avait pour thème "L'invitation au voyage".  Au programme , il y eut, pour mon plus grand plaisir, un court métrage d'ouverture (surprise) + 4 films/ 4 séances + un court métrage de fermeture (surprise). J'ai pensé : "Youpi !". J'ai dit : "En avant. J'embarque !"

Les visuels et la sélection du festival ©thomas cloué

L'anniversaire des publivores tombe le 26 (avril) !

Quand arrivent l'été et les vacances à la plage, vous ne jurez que par les maillots de bain une pièce jaune canari ? Les petites boîtes en métal vous émoustillent ? Vous n'avez de cesse d'agiter toutes les bouteilles qui vous passent entre les mains ? Pour vous, il n'y a que deux sortes d'insectes, les jaunes et les verts ? Vous avez tendance à voir des marmottes quand vous achetez des plaquettes de chocolat, et des oies quand vous mangez du jambon ? Même la fourrure synthétique vous horripile comme voir de la sauce se répandre sur le bout de vos chaussures blanches ? Si oui, ne cherchez plus. Comme moi, vous êtes un(e) publimaniaque, pire, un(e) PUBLIVORE* !


Qu'est-ce que c'est ? La ou le publivore est une personne sans âge précis qui ressent une inclinaison certaine, osons le dire, une passion, pour les publicités, en particulier les spots publicitaires diffusés à la télévision. Du fait de cet intérêt  immodéré pour l'image animée à but promotionnel, elle ou lui a tendance à développer un certain comportement erratique : manie de compulsions d'achats de lots identiques, recherche, enregistrement et montage de messages subliminaux, affection exagérée pour certaines tournures de phrases, couleurs, objets ou activités... tels le mauve, les chevaux saxophonistes ou la course à pied en talons aiguilles. Dans Banga, y'a des fruits... Oups, pardon ! 

Je (me) reprends. Les publivores se reconnaissent entre eux, entre elles, ou pas, car elles ou ils peuvent complètement assumer cette bizarrerie ou l'ignorer, superbement. Leur seul cri de reconnaissance et de ralliement est "CULTE !" — ou sa variante un peu snob : "cultissime". Le seul effet secondaire connu semble être le sentiment de N.F.R. dit de Nostalgie à Fréquence Régulière. Pour chasser ce sentiment cyclique et anti-productif, une seule solution, s'inoculer directement dans la rétine une petite dose de chouettes publicités, 26 pour être plus précise.

Cliquez sur l'image pour découvrir les 26 spots publicitaires
Voici donc une sélection spéciale de chouettes publicités — presque d'anthologie, puisque certaines datent des années 1980. Je la dédie, d'abord, à tous les publivores nés le 26 avril, puis aux publimaniaques nés le 26 de n'importe quel mois de l'année. Recommandation : À s'inoculer immédiatement !

* Le terme pPublivore" fait directement référence à La Nuit des Publivores, manifestation organisée chaque année par la Cinémathèque depuis 1981. Son but ? Le financement  de la restauration des archives et une veille sur la création publicitaire à travers le monde. Merci à l'Institut National de l'Audiovisuel (INA) pour son travail d'indexation et de diffusion, et à la communauté YouTube pour sa contribution à faciliter l'accès à ce patrimoine.

© ema dée

dimanche 19 avril 2020

Confinement # 7 : Je lis à voix haute le texte "Un peuple heureux" de Dino Buzzati... et vous ?

Cinquième et dernière plongée dans l'Oeuvre littéraire de Dino Buzzati (1906-1972) par tous mes moyens de création personnels actuels : le dessin d'illustration, l'écriture, la lecture à voix haute. Aujourd'hui, j'ai choisi le texte intitulé Un peuple heureux, extrait du recueil Nous sommes au regret de... publié dans Oeuvres, Tome 2 (éd. Robert Laffont, 2006).  

Entre portrait, "texte-programme" et utopie, cet écrit bref propose de "voyager" dans un pays où tout est organisé pour que les différentes couches sociales qui composent son peuple soient satisfaites, et ce, dans tous les domaines, armée, transports, logements... On y apprend, par exemple, le sens particulier que prend le concept de bonheur et à quoi peut tenir le sentiment de satisfaction plein et entier de toute une population, des manœuvres aux ministres et aux grands capitalistes...

À présent, la lecture ! Pour l'écouter, cliquez sur l'image ci-dessous :



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Le texte ci-dessus décrit donc une société idéale fondée sur une justice sociale qui se fixe comme objectif unique : la satisfaction des uns et des autres, toutes classes sociales confondues. Ainsi, aux plus riches, les honneurs et les biens les plus convoités, aux humbles et aux plus démunis, la richesse, la longévité, les beaux habits… un bonheur qui se réalise partout et pour tous selon un mécanisme de partages équilibré. 

Peut-être des questions se précipitent-elles ?... Je vous livre ma réflexion. À quoi tient le bonheur, vous savez, ce sentiment de plénitude, de contentement — l’accès à un degré suffisant de réalisation(s) ? Au matériel, au spirituel ? À l'autosatisfaction ou au bien-être ressenti par une collectivité d’individus ? Et, qu’est-ce que le bonheur ? Une donnée matérielle modulable selon les individus, un concept universel situé en arrière-plan des théories, systèmes et réalisations politiques, une vérité immuable ou au contraire, un état fragile dont il faut sans cesse interroger les fondements et en garantir la sauvegarde ? Enfin, est-ce une valeur contemporaine, je veux dire, un horizon réalisable concrètement pour les uns comme pour les autres ?  Ou une utopie permettant d'examiner — et d'évaluer périodiquement — le fonctionnement des sociétés successives ?

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Difficile d’y répondre. Ne faut-il pas tenir compte, en premier lieu, des contextes socio-culturels singuliers, et dans le détail, des âges, des désirs et des lieux de vie de chacun(e), comme des possibilités et caractéristiques particulières aux pays, des relations qu’ils entretiennent avec leurs voisins et avec leur histoire — la Civilisation… ? Du moins, je le suppose puisque je n’ai pas la maîtrise des concepts relevant de la Philosophie ou de l’Histoire politique, de l'Éthique ou encore, de l’Administration publique.

C’est pourquoi Un peuple heureux m’a séduite. Grâce à  l’écriture fictionnelle de D. Buzzati, je peux supputer sans violence,  réfléchir sans entrave et jouir, sans risque, de perspectives sociales utopiques. Dans la situation que nous vivons aujourd’hui — le confinement — les livres, la Littérature, comme les Arts — l’expression artistique —, me semblent essentiels. C’est pouvoir envisager des univers parallèles, notamment, par le biais de l’imaginaire, contrée sans limite — à condition d’en connaître un peu la langue particulière — dans le vaste pays que représente la Création. Dans la situation posée par le texte, c’est offrir à la pensée une échappée belle, par le biais de l’écriture fantastique.

À mon sens, enfin, il ne s’agit pas, ici, dans ce « texte-programme » d’apporter une réponse définitive à la question de comment proposer un système fondé sur une justice sociale égalitaire viable. Il est davantage question, pourquoi pas ?, d’ouvrir un instant de réflexion, — une méditation poétique —, sur la réalité d'un bonheur unanimement partagé et durable.

Un évènement sonore généreusement relayé par Mots dits Mots lus à la maison. 

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Encore un peu de temps ? Écoutez donc mes lectures des semaines précédentes accessibles ci-dessous ; je les destine plutôt à un public adulte. Mieux encore : découvrez l'ensemble de mes "explorations sonores" (réflexions, poèmes, textes brefs...) disponibles en écoute libre sur mon espace  Lis-Moi Tes Mots.

- Lecture du 12 avril : J'enrage ; Des vieillards terribles - 21 minutes 08

 

- Lectures du dimanche 5 avril : Le rat ; Le rossignol ; Le plus beau du monde - 8 minutes 21


-Lecture du dimanche 30 mars : La vie ; Expertise judiciaire ; La maison idéale - 14 minutes



- Lecture du dimanche 23 mars : L'augmentation - 13 minutes



© ema dée

dimanche 12 avril 2020

Confinement # 6 : Je lis à voix haute quelques considérations sur la Jeunesse et le Grand âge ... et vous ?

Quelques heures avant minuit. Chacun s'est affairé toute sa (sainte) journée. S'affaire encore ; des salons, des cuisines, des chambres  sont encore debout. Jusqu'à épuisement ? Le printemps qui brille par moments d'un bleu-jaune taché de blanc allège notre atmosphère d'attente quotidienne.  Par la fenêtre de mon salon, je vois un homme sortir sur son balcon fleuri. Il fume, il est 10h. Ce soir, il fumera aussi, posté derrière ses pots de fleurs roses. Ça se passera durant quelques minutes et il sera sans doute 18h45. Et demain comme hier, rendez-vous même heure, même endroit. À 18h50, retentira un cri, celui d''une femme. Des têtes, inconnues hier mais de plus en plus familières avec le temps, apparaîtront aux fenêtres de l'immeuble d'en face. On applaudira, on frappera contre des casseroles, on jappera si le cœur est partant : on sera reconnaissants. Un téléviseur grand écran restera allumé toute la nuit. Insomnies collectives ?
Le matin, dans la cage d'escalier, un voisin s'exprima haut et fort, le couloir vide fit porte-voix, sa voix, envahissante,  semblant vouloir faire la conversation à tous les étages, résonna en borborygmes. 
À un moment, un petit vieux a trotté sur le trottoir d'en face, une joggeuse est passée avec son chien, l'équipe de nettoyage municipale les a regardés avec des airs de commères, dans sa tenue fluo et ses mains sur les hanches. À demain ?

La 4ème semaine de confinement imposée à toutes et à tous, suite à la pandémie de Covid-19, s'achève bientôt.

Depuis ma fenêtre de derrière, je rencontre à distance d'autres inconnus. Figurants tronqués — bustes ou pieds mobiles —, ils vaquent à des occupations ordinaires, étendre le linge, profiter de son balcon arrangé pour l'occasion, promener quatre poules, marcher avec non loin, les enfants qui jouent, sous bonne garde... L'ennui s'installe partout en toute tranquillité, dessinant les contours mous d'une micro-société en stase. Ici, les fenêtres s'ouvrent plus largement pour faire entrer le soleil ; en observatrice voyeuse, j'assiste à une agitation urbaine en plans séquences brefs dans un cinéma de plein air quotidien. 

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Dans les intervalles. Le fil de mon histoire avance : mes lectures à voix haute. L'exploration des mécanismes de l'âme, sous la plume de Dino Buzzati (1906-1972), écrivain, dessinateur et journaliste italien, continue de me séduire et de m'inspirer des envies d'écritures et de partages.  Je continue donc mon voyage dans son Œuvre écrit.

Le choix des textes et l'entraînement à leur lecture pour en proposer une réception engageante, d'abord conduits sans réflexion, se sont transformés plus vite que prévu, en rendez-vous hebdomadaires et rigoureusement organisés. 
Dans cette intimité inédite qui se tisse au fil de nos retrouvailles régulières, j'apprends à (re)connaître une pensée derrière son auteur. Je remarque des formulations récurrentes d'un texte à l'autre ; j'entrevois une manière dont se conduit une réflexion, dont se poursuivent des idées et s'expriment des obsessions, à travers les multiples doubles créés par l'écrivain. 

Et dans cette intimité inédite où je m'exerce à distraire un public virtuel, je cherche à habiter une voix. Non pas la mienne, ni celle du journaliste, mais une troisième — hybride : celle de la lecture - divertissement à destination de. Pour ce faire, je développe des stratégies, des formes : tons, rythmes, diction, silences, matières sonores... Tout un registre personnel au service de sujets littéraires renouvelés. 

Les deux textes retenus, accessibles en cliquant sur la seconde image ci-dessous,  peuvent être entendus —  et vus ! , comme des portraits, écrits sur un mode "narrato-réflexif" (un néologisme personnel).  On  y aborde et on interroge, en particulier, la relation intergénérationnelle, ou si l'on préfère, les conditions d'un "dialogue" (ou de son absence) entre la Jeunesse et le Grand âge. Au fur et à mesure de l'observation et de l'inventaire des faits, on y dresse aussi la typologie singulière de jeunes gens et de gens "âgées". Dans J'enrage, un quinquagénaire cherche à comprendre la Jeunesse en colère contre les vieilles générations. Dans Des vieillards terribles, on a affaire à un étrange phénomène baptisé "vieillesse brûlée".

https://soundcloud.com/user-492317834/trois-textes-brefs-de-dino-buzzati

Indications concernant les textes lus :
Titres des textes  : J'enrage suivi de Des vieillards terribles, extraits de Nous sommes au regret de... 
Thème(s) : relation intergénérationnelle ; personnages âgées ; jeunesse : utopie
Durée de la lecture : 21 minutes environ
Public (supposé) : grands adolescents/ adultes 

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Encore un peu de temps ? Écoutez donc mes lectures des semaines précédentes accessibles ci-dessous. Mieux, découvrez l'ensemble de mes "explorations sonores" (réflexions, poèmes, textes brefs) disponibles en écoute libre sur mon espace  Lis-Moi Tes Mots.

- Lectures du dimanche 5 avril : Le rat ; Le rossignol ; Le plus beau du monde



-Lecture du dimanche 30 mars : La vie ; Expertise judiciaire ; La maison idéale


- Lecture du dimanche 23 mars : L'augmentation



© ema dée

mardi 7 avril 2020

Confinement # 5 : J'expérimente une lecture poétique (dans un cerceau) du texte "Les carcasses" de R. Federman... et vous ?

Interstissage #2 : dans ce second projet artistique, je m'insterstisse0 à un texte littéraire, avec pour mot d'ordre, produire une oeuvre inédite composite à partir de ce texte, et pour directive, faire appel à tous les moyens d'expressions éprouvés, connus, pertinents. À l'issue d'un parcours réflexif et d'une lente gestation, une histoire, je propose une lecture à voix haute (performative poétique) faisant intervenir, à la fois, le corps (fragment), la voix (off), l'image (composée), le bruit (artisanal) et l'objet.

Tout d'abord, il y eut une rencontre...

Il était une fois un texte littéraire qui avait été photocopié sur quatre feuilles blanches A4, puis agrafé une seule fois, afin d’être diffusé et découvert de la manière la plus accessible parmi et par une communauté de jeunes esprits réunis. 

Imprimé à l’encre noire au recto comme au verso des feuilles blanches susmentionnées, le texte était et est toujours un extrait, c’est-à-dire un fragment honorable d’une œuvre littéraire d’importance. Par honorable, il faut comprendre judicieux ; le fragment, sans renfermer la quintessence absolue de l’œuvre littéraire d’importance qui l’englobe, donne une image assez représentative et parlante — mais pas bavarde — de ce que l’œuvre d’importance peut être et est au bout du compte, dans son entièreté : un morceau expérimental, un objet littéraire non identifié (ou OLNI), une singularité textuelle post-moderne traitant avec un humour mâtiné d’ironie de la mort comme traversée et, paradoxalement, comme expérience de vie.


La portion pertinente mais non limitative de la singularité post-moderne imprimée en noir sur le blanc légèrement ombré de bleu des quatre feuilles fut notamment mise entre les mains pleines d’esprit d’une étudiante temporaire à l’Université du Havre. L’étudiante en pèlerinage créatif et aux mains pleines de livres aimait les migrations et les expéditions en tous genres, surtout celles susceptibles de raffermir ses compétences dans la Maîtrise ancestrale des mots-images. La fille s’intéressait, en effet, au plus élevé des points
— et des degrés —, à la création dans ses us et coutumes les plus diverses, comprenons, protéiformes, surprenantes, engagées, critiques — artistiques, quoi ! 

Elle fut donc raffermie.  L’évènement se déroula il y a de cela un certain temps.

L’étudiante en est là, assise sur sa chaise havraise, dans un tête-à-tête circonspect avec un OLNI : une liste des transmutations subies par des carcasses de personnalités et de personnages célèbres et présentées les unes à la suite des autres, comme entassées dans la lecture. Malgré son esprit alerte et respectueux que n’entame en rien son identité d’emprunt, la dite pèlerine ne saisit pas exactement ni précisément
— encore moins avec acuité —, en quoi la liste distribuée parmi ses congénères et elle-même peut être le fragment d’une singularité digne d’être rencontrée durant le siècle en cours. Aussi, une fois son pèlerinage terminé, la fille bien spirituelle et bien patiente range pieusement le texte, l’encre imprimée, l’agrafe et le message, dans un lutin de format A4 à couverture noire et ses 120 vues en plastique transparent, qui se froissent bien trop facilement (cela est tout à fait hors sujet mais devait quand même être signalé). 

Le texte est ensuite comme qui dirait... archivé, à la suite d’autres choses écrites et imprimées au contenu non moins sibyllin... dans l’attente de.


Le fragment honorable fut longtemps regardé, avec une attention certes très scrupuleuse, cependant telle une chose curieuse dont on s’attend à résoudre l’énigme sur son lit de mort. Pour sa part, le fragment restait confiant, certain d’être au moins l'une des portions la plus intéressante de la singularité post-moderne évoquée 31 lignes plus haut. Et à ce titre, il serait un jour ou l’autre à la fois lu ET compris ET manipulé avec l’attention scrupuleuse qu’il sied à sa nature si particulière.

Puis, vint une question : comment incarner dans l'objet la lecture d'une liste traitant d'une manière originale de "métamorphoses" ?...

La clarté lumineuse du message contenu dans l'extrait, son intention et le parti-pris d'écriture, mit néanmoins un certain temps à parvenir à l'esprit de l'ex-pèlerine. Malgré la grande assurance en qualité de texte singulier que possédait le texte singulier, il résistait à la manipulation de l'experte en la matière verbale. Ce moment-là, c’est-à-dire le jour où son contenu, son message, sa musicalité, son auteur, Raymond Federman1, peut-être, même simplement, la sensation sous les doigts des quatre feuilles sur lesquelles le texte fut imprimé accédèrent à la reconnaissance et la compréhension méritées, arriva à un moment donné.

C’est que tout occupée à relier les choses entre elles par des liens (et des ficelles fantastiques et dans des dispositifs aux protocoles secrets), l’étudiante qui ne l’est que sur le papier à présent, quoique parfois, entre minuit et cinq heures du matin, des bribes de sa vie estudiantine lui reviennent en bouche comme un âcre sursaut de nostalgie, donc l’écrivaine herbue cherchait l’idée. Et cherchant l’idée, elle amassait d’autres expériences visuelles — et muséales , le plus souvent. Et cherchant l’idée, elle attendait que le lien entre les choses qu’elle aimait et les choses qu’elle voulait dire se fasse. Que les ficelles se tressent en un ouvrage fantastique, remarquable motivant. Qu'un dispositif arrive avec son protocole secret. Et que l’Idée avec un grand I pour Intuition Imagination et Invention, émerge.

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C’est que confinée dans l’atonie paralysante de l’esprit qu’induit le roulis du quotidien, l’idée dans le corps végétal végétait. Elle advint un jour — sans éclat, mais enfantine et grave , derrière les aspects changeants de la Lecture2 à voix haute et ceux ludiques du cerceau3 (= hula hop). Deux activités que la femme affectionne beaucoup. La première parce qu'elle est aussi le véhicule d'une pensée étrangère à interpréter ; la seconde pour son potentiel (ré)créatif, performatif et symbolique.

C'est maintenant que des précisions sur la création inédite accessible en cliquant sur l'image ci-dessus s'imposent...

Précision n°0 : Ce qu'est l'interstissage ? Une démarche de création personnelle développée au cours de mes études universitaires en Création littéraire et visant à l'interprétation d'un univers artistique (plastique, graphique, littéraire...) à travers les ressources de ma propre pratique. Le but ? Proposer un troisième univers autosuffisant : une œuvre inédite.

Précision n°1 : Raymond Federman (1928-2009), romancier et poète franco-américain, auteur de Les Carcasses (éd. Léo Scheer, 2009), a également écrit le "racontar" autofictionnel La fourrure de ma tante Rachel : roman improvisé en (triste) fourire. Cette oeuvre-ci a connu plusieurs publications, notamment aux éditions Circé (1996) ou chez Al Dante, dans diverses collections (2002 et 2009). Dans le premier, selon moi, R. Federman propose avec humour de déjouer la mort comme fin de tout (et de toute chose) ; le second met en scène à la fois le souvenir traumatique d'une expérience précoce de la mort et une analyse des stratégies de l'écriture littéraire de l'intime. Aux adultes, j'en recommande la découverte.
 
Précision n°2 : Cette lecture performance poétique est le résultat d’un entraînement de compétition autant à la lecture qu’au maniement gracieux du cerceau et de la frappe en rythmes et d’une main d’un pichet en métal peint en blanc et rouillé par endroits. Ce que j'ai fait : figurer trois fois le temps. Comme succession délirante d'évènements, par l'articulation rythmée d'une liste ; comme expérience humaine, par l'intégration de mon corps dans le cerceau-cycle quasi ininterrompu : comme objet esthétique, par la mise en scène.

Précision n°3 : Aucun cerceau rose ni pichet blanc ni jupe à pois n'ont été maltraités durant l'enregistrement de cette première expérience de lecture performance poétique filmée et réalisée dans une chambre close, dans une certaine contrée. 

© ema dée

dimanche 5 avril 2020

Confinement # 4 : Je lis à voix haute des textes "réalistes" sur les animaux... et vous ?

Dans mon article précédent, j'expliquais un peu mon engouement pour les écrits de l'auteur italien Dino Buzzati (1906-1972) qui motive, par exemple, la création et le partage de plusieurs lectures à voix haute personnelles pendant le confinement. J'ai évoqué entre autres choses, en parlant de ses écrits personnels, des "ressorts de l'écriture fictionnelle réaliste". Dans l'intervalle, c'est-à-dire entre dimanche dernier et ce dimanche-ci, je me suis demandé ce que j'avais bien voulu dire par-là.

En fait, s'agissant de la fiction réaliste, troublant oxymore, on peut raisonnablement (se) poser les questions suivantes : qu'est-ce qui distingue une fiction réaliste de la réalité ? Quel(s) intérêt(s) d'écrire une histoire semblant être le décalque fidèle de la vie réelle ? Vaste question !, me direz-vous, déjà largement traitée dans la Littérature, le Cinéma, la Bande dessinée..., ajouterez-vous. Certes. Il ne s'agit donc pas de rapporter, en bref et maladroitement, un propos de spécialiste. 

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De mon point de vue et au regard de ma lecture de D. Buzzati, la fiction réaliste emprunte ses motifs à la vie concrète d'où son caractère éminemment familier, mais pose sur celle-ci un regard ô combien scrutateur, et propose de démêler l'inextricable écheveau que constitue l'existence. On ne s'abîme par la rétine dans le reflet déformé de la table lisse tâchée d'encre sur le bras en métal de la lampe de bureau, on regarde à travers ;  plus ou moins furtivement, on remarque un quelque chose... qui sera stocké dans sa mémoire comme une expérience fugitive. Et c'est tout ou presque. 

J'ose aller plus loin : cette écriture-ci aurait la capacité de rendre palpable, cohérente, significative, une existence que l'on ne fait que traverser, par l'attention portée à ses menues choses qui, sous la plume (le stylo, le feutre ou le clavier) de l'écrivain-e, révèlent leur nature "polymorphe". Et par diverses stratégies, l'écriture fictionnelle réaliste remodèle le temps en proposant sa propre chronologie des faits.

S'agissant des écrits plus "intimes", elle réorganise et objective les faits disparates et en cela, je pense, elle permet un pas de côté, mieux, une transformation, une métamorphose, une réécriture de soi. Comme précisé plus haut, aucune révélation dans ces quelques phrases, rien qui viendra influer sur le cours de votre destin ou l'appréciation des lectures qui vont suivre, juste un point de vue personnel livré à l'occasion.
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Aujourd'hui, j'ai fait un choix d'écrits brefs qui, je l'espère, s'adresseront de manière privilégiée, en premier lieu, aux dignes propriétaires d'animaux domestiques ; en second lieu, à tous les autres, celles et ceux qui notamment s'intéressent à la condition animale, qui se questionnent et se documentent à son propos, et qui sans doute, à leur tour, écrivent ou écriront de la poésie enthousiaste (ou mélancolique) ou encore, des fictions réalistes teintées de fantastique (ou de bizarre) sur le sujet et ses thèmes associés. Peut-être ne s'agit-il finalement que d'une seule et même espèce de gens ?

Ainsi, grâce à une sélection de trois textes pris dans les recueils Au moment de... et Nous sommes au regret de (in Oeuvres, T.2, éd. R. Laffont, 2006), on apprendra, par exemple, comment se passe la cohabitation entre un pauvre petit vieux et un gros rat ; on ira s'assoir dans un jardin pour assister à un concert privé ; enfin, on découvrira qui est le plus beau du monde et surtout, pourquoi.  

https://soundcloud.com/user-492317834/trois-textes-brefs-de-dino-buzzati
Indications concernant les textes lus :
Titres des textes  : Le rat ; Le rossignol ; Le plus beau du monde
Thèmes : animaux ; passé ; vie 
Durée de la lecture : 8 minutes 21
Public (supposé) : adolescents/ adultes



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Découvrez mes autres lectures — disponibles aussi  sur Lis-Moi Tes Mots :

- du dimanche 30 mars : La vie ; Expertise judiciaire ; La maison idéale 



- du dimanche 23 mars : L'augmentation



© ema dée