lundi 24 septembre 2018

Dans la nuit du 18/ 09/ 2018 : je rêve d'une vieille femme borgne...

Cette nuit-là, je rêve que :

" Je demande à une amie de m’héberger chez elle pour quelques heures –   j’arrive dans un lieu qui n'est pas un appartement, qui est, en fait, une maison – nous sommes deux, trois, puis quatre, puis cinq, puis d'autres qui arrivons, régulièrement –  ce sont des bandes de jeunes qui se connaissent bien, qui rigolent entre elles   nous sommes attablés, à présent – un monsieur distingué se tient à ma gauche il a le visage de cire d'une vieille figurine de chez Mme Tussauds - lisse et tiré et blanc-jaune –  la table s'allonge les convives se multiplient, démesurément (...)

C’est une folie monstrueuse de piscine que je découvre dehors – des maillots se baignent dans le bassin bleu – ils ont les bras levés – des sandales et des tennis les regardent faire – ils les regardent se balancer de l’eau bleue et crier d'une joie jaune – le soleil est puissant – le vert de la pelouse fraîchement tonduele miroitement de quelques brins d'herbe oubliés – peut-être qu’il a plu ? – je me promène, seule – je marche à travers des groupes posés comme dans un jeu de quilles – à un moment, je me tourne et je vois un homme assis et brun, en train de peindre – j’entends sa pensée alors qu'il regarde au loin – il se dit qu’il est venu s’isoler, ici, pour peindre le paysage et qu’il doit faire avec... la civilisation ! – je m'approche – il est concentré il ne voit pas que je le regarde depuis un moment en train de peindre et de réfléchir à ce qu'il peint des visages il vient de barbouiller son dessin d’eau colorée – je me dis : "il rature à l’aquarelle son dessin à l’aquarelle" il s’énerve – il se décourage – je lui dit : "non, il ne faut pas" – je montre de l’intérêt pour une de ses productions – un autoportrait c’est l'autoportrait d'un homme coiffé de crânes, peints en couleurs, superposés,  tous de profils ce sont des casques humains (...)


Maintenant, tout le monde est réuni autour du peintre, comme sur une photo de groupe - tout le monde veut voir l’autoportrait aux casques de chairs colorées en rose, vert et pourpre aqueux – un complet veston endimanché aux mains contrefaites parle d'un manque de ressemblance photographique – je parle du moiré réaliste de la chair peinte – une toute petite dame est près de moi – elle a une robe noire, des cheveux blancs qui contrastent, une figure rose "porcelin" et des bajoues  elle porte un cache-œil de pirate qui se soulève quand elle me sourit à la manière d'un "truc" – la vieille femme borgne me confie que je vais m’amuser – et toc ! tout le monde sera baba si je joue avec les mots, comme avec un élastique –  et la voilà qui s’éloigne de moi – d'une démarche bizarre – elle va tout doucement comme si elle avait mal – peut-être a-t-elle peur de se briser comme une branche sèche sous le souffle d'un vent violent ? – il n'y a pas de vent, nous sommes dans le salon – elle claudique en rythme elle roule des mécaniques, selon un tempo qui lui est propre – c'est un vieille automate qui avance droit devant lui, en musique (...)
  
Réveil ma main est refermée sur ma paire de lunettes un des verres s'est brisé. Qui est l'homme au complet veston endimanché ?

Que penser des rêves qui nous réveillent au beau milieu de la nuit, nous laissant abasourdis, partagés-ées entre l'impression que nous avons eu notre comptant de sommeil ou que quelque chose d'important doit être absolument décodé ? Combien de ces nuits nous tiennent éveillés-ées, les yeux grands ouverts à regarder le plafond, et aveugles sur la signification des images qui apparaissent en succession illogique, enchevêtrées, durant notre sommeil comme dans un court-métrage mal monté

Le neurologue autrichien Sigmund Freud (1886-1939), pour ne pas le nommer, a aussi étudié la mécanique des rêves : ils sont, selon lui, le contenu mêlé de conflits d'un soi face à lui-même - non résolus, le résultat d'agrégats d'images qui ont impressionné le(la) dormeur(euse) et la résultante de réflexions quotidiennes menées à leur terme ou laissées en suspens, une trace soudain vivace.

Mais il faut aussi faire avec le caractère "retors" du conscient et les stratégies multiples de l'inconscient qui excellent l'un et l'autre dans l'art du déguisement, du travestissement, de l'inversion, de l'encodage et de la préservation de l'équilibre psychique et émotionnel qui s'opère naturellement chez l'individu. Et que dire du rêve comme laboratoire pour l'étude, je cite : "des troubles psychologiques de toutes sortes que l'on [peut observer] dans l'état de veille" ?* 

Aussi, cher-è-s internautes, voyez plutôt, dans ces quelques lignes qui introduisent mon interrogation sur la nature du rêve, une sorte d'exercice de style un effort de mémoire et d'écriture – au lieu d'une invitation à mener une analyse collective. 

*Pour les curieuses, pour les curieux, qui ont le temps : Freud. S. , Le rêve et son interprétation.

À vos grands stylos, à vos petits claviers, à vos profonds oreillers !

© ema dée 

dimanche 23 septembre 2018

À que voilà de charmants poncifs...

Ô toi, lectrice, lecteur, qui déguste la saveur des mots cuits à point, qui aime les faire longuement mijoter à feu doux pour qu'ils ramollissent, qui les accomode avec mille épices et les mastique sans fin, en compagnie de pairs qui partagent ta gourmandise et tes sens délicats, cet article et ceux qui suivront sont pour toi. Très influencés par la lecture des aphorismes  de Gustave Flaubert*, tout en manifestant et revendiquant leur libre expression, ceux-là celui qui suit et ceux qui suivront sont écrits depuis l'observatoire de la vie.

Poncifs : dans le jardin des banalités sans limite et des lieux communs en friche prolifèrent au gré des conversations banales et tristes entre gens de pensées bien cultivées, les bulbes poncifs aux attraits faciles.  Ni mordants ni piquants, les poncifs en fleur auréolent le crâne chevelu de celles et ceux, qui faute d'intelligence de cœur ou d'esprit industrieux, s'appliquent à nourrir le vide de leurs observations molles et fielleuses, avec du compost d'idées prédigérées. Ici, les voyelles rabougries se mêlent aux consonnes atrophiées et composent des parterres de phrases rachitiques. Les poncifs affectionnent surtout le sol aride des cerveaux sans imagination. Pour ralentir sinon éviter la pousse incontrôlée des échanges infertiles, il est donc fortement recommandé de très régulièrement se bêcher. 

* Le dictionnaire des idées reçues ou Catalogue des opinions chics (1850-1913)

Merci de votre attention.

© Pour un petit lexique de la vie ordinaire/ ema dée

samedi 8 septembre 2018

C'est la rentrée... Cultivez votre paix intérieure...

Chers-ères internautes,

Voici qu'arrivent en grandes pompes - et instruments à cordes - la traditionnelle rentrée et sa non moins traditionnelle cohorte de crises de têtes administratives, de résolutions professionnelles précipitées au front têtu, de courriers postaux obèses et indélicats, de transports en commun, blindés et moites, fleurant tout à la fois le dentifrice, l'eau de Cologne, le croissant au beurre et le café trempé dans la nicotine.

Je dis : que nenni ! 
Le marasme gris ne passera pas ! Diantre non, il n'est pas écrit que je souffrirai - encore - d'un bourgeonnement rosâtre du faciès post-matinal aux yeux cernés, bouffis d'un sommeil interrompu, d'un ramollissement disharmonieux généralisé de la physionomie laborieuse, d'un burn out prématuré ou d'une déprime de fin de saison. Non !

... La fourmilière s'étire avec un bruit de machine ; toute la ville sort de sa stase ; septembre déplie ses membres roux et feuillus ; le ciel est en émoi... 

Pour certaines, certains, c'est cependant le début des vacances. 

Heureuses, heureux ! les originales, les décalés,  les excentriques, les pragmatiques, les dernières de la classe, les bonnets d'âne, les démodées, les risque-tout, celles et ceux qui - judicieusement - auront posé, su, préféré, accepté de prendre leurs congés après tout le monde, faisant fi du ricanement repu des hyènes en col blanc, planquées derrière leur semainier de moleskine bordeaux, format A4. Aventuriers tranquilles - le calme cintrant leurs tempes - visiteurs béats gainés de tempérance, ils sont les explorateurs d'une dimension oblique*, d'espaces parallèles à la géographie insoupçonnée où s'expose, impudique,  la virginité des plages devant de mâles hôtels au repos. 

Pour les autres, celles et ceux qui discourent avec leur radio-réveil, le regard embué d'envies de massacres et de projets de solutions létales, que reste-t-il à part la belle imagination ? 

Vous êtes bien. Tout votre corps se détend*, alors que l'après-midi rose devient votre seul horizon : le pépiement des écoliers s'est arrêté, des automobiles entament leur lente transhumance vers les gris pâturages d'une banlieue lointaine, d'autres paissent benoîtement sur le bitume de proximité... Parfois, le bourdonnement d'un motocycliste, parfois, le bêlement d'un camion benne, parfois, le vagissement outragé de Mme S... gravissant les escaliers de votre immeuble. C'est pénible, cet ascenseur perpétuellement en panne !   

Vous êtes bien. Tout votre corps se détache. Il vagabonde... Tout votre esprit se délasse... Vous parcourez les plaines scintillantes de votre tranquillité intérieure. Des lacs émeraudes devant vos yeux... Un zéphyr chargé de fragrances sucrées caressant votre chevelure... À portée de main, le velours poilu de prairies fleuries... Sous vos pieds... une jungle lilliputienne... Plongée paradoxale... baignée d'un blanc moussu. Tout un écosystème... au corps perlé de métal brillant... Le goutte-à-goutte... du lâcher-prise fœtal 

Le grand véhicule accoste, avec vous en son sein... Bienvenue dans votre sommeil intra-utérin... Vous êtes arrivé-e.

Belle rentrée à vous.

© ema dée pour le dessin et le texte et *clins d’yeux aux textes lus de Christine Jeanney, écrivaine plasticienne, et de Luc Dell'Armellina, enseignant et auteur expérimentateur de formes.