vendredi 22 janvier 2021

Un anniversaire from future to past in the present day... attention : hommage !

 

Pour célébrer cet évènement qui a lieu une fois par an, invariablement à la même date, quasi à la même heure, un dessin anniversaire en forme d'hommage au cinéma pop-corn des années 1980-1990. Où l'on s'imaginait que dans le futur, en l'An 2000, on voyagerait à bord de voitures volantes. Où l'on s'imaginait que, dans le future, en l'An 2000 !, on aurait accès à des milliers de chaînes TV depuis un écran holographique. Où l'on s'imaginait un monde commandé par des d'I.A. , un monde où l'on consommerait des repas complets en tubes, en cubes, en paillettes à faire gonfler au micro-ondes. Où l'on s'imaginait... STOP ! 

J'oublie l'essentiel,  cher Thomas, aujourd'hui c'est ton anniversaire ! Il aura lieu dans le future à la même date et dans le passé à la même date mais pas du même point de vue : si ce n'est pas faire l'expérience from future to past into the present day ! *

(Et c'est là que réside toute la géniale puissance de l'imagination au service du dess(e)in, c'est-à-dire la capacité à donner corps à une forme d'immédiat impossible, à proposer des parcours alternatifs dans lesquels se projeter et à explorer le champ des possibles, je veux dire, repousser les limites que nous impose notre propre corps et que nous impose la réalité telle qu'elle nous est servie au quotidien, n'en déplaise à celles et ceux persuadées-és que faire de l'art et que voir l'Art sont deux choses inessentielles.)

* Et pour celles et ceux qui se demandent : mais à quoi est-il fait référence ici ? Je réponds : à la trilogie cinéma Back to the Future réalisée par Robert Zemeckis et sortie entre 1985 et 1990.

©ema dée

vendredi 15 janvier 2021

EmaTom vous prédit une année 2021 pleine d'excellente choses : régalez-vous !

Ema Dée + Thomas = EmaTom* enfile son costume à quatre pattes élégantes (si robustes !) et vous souhaite plein d'excellentes choses pour cette année 2021 qui commence (on croit très fort en sa capacité à s'améliorer de manière significative ! ) avec le premier signe : les Capricorne

"En 2021, Madame Capricorne voudra faire ce qu'il lui plaît enfin ! Aussi, elle osera prendre bien des risques et plus encore, pour se faire remarquer à tout prix, usera de mille charmes et de mille et un artifices pour réussir. Monsieur Capricorne, monument de générosité cette année, saura user et abuser de patience, de compréhension et de finesse d'esprit pour accompagner sa dulcinée dans ses trépidantes et artistiques aventures. On leur souhaite tout le bonheur, la joie et le rire possible !"

-------

*Un nouveau projet créatif à quatre mains

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynettes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands ! 

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

Et pour mémoire, voici un lien sur un autre exemple de collaboration, mais dans un style  très différent, le calendrier 2019 hommage (grinçant) aux fait divers   :

http://www.lehorlart.com/2019/01/fait-divers-EmaTom-2019.html

©ema dée ©Thomas ©EmaTom

jeudi 14 janvier 2021

Profeels.com, un livre aux 26 petits parcours de vie professionnelle et plus si...

Faisant suite à un premier article publié en juillet 2019, le texte qui suit entend revenir sur l'identité originale du livre autoédité profeels.com, en particulier au regard du parti-pris graphique de la couverture et des pages intérieures.

Ouvrir ce petit album d'une cinquantaine de pages, c'est faire des rencontres.

26 personnalités différentes 26 postulants, attendent d'être vues ; elles s'affichent avec brièveté, humour et poésie ; quelques mots suffisent pour les caractériser ; et l'on saura l'essentiel à propos de leur parcours professionnel, leurs goûts, leur devise dans la vie... La mise en scène du lien texte-image repose sur une suite de fiches descriptives associées, à chaque fois, à un portrait en couleurs sur un fond lui aussi en couleur. Avec brièveté certes, mais toujours de manière singulière afin de marquer les mémoires (des lectrices et des lecteurs) et se faire remarquer.

 Petit diaporama de personnages "hauts en couleur".

Hommes et femmes de profeels.com furent d'abord dessinés au feutre et au feutre pinceau sur des post-it dans le cadre d'un projet en work in progress dont j'ai déjà vastement parlé dans d'autres articles : le horlart à 1,99.  Je me permets d'écrire ici quelques lignes à son sujet pour rappeler de quoi il s'agit. Le but du projet était au préalable de privilégier ce qui je montrais peu jusque-là voire pas du tout, le dessin brut fait avec peu de moyens et surtout en un minimum de temps comme l'esquisse poussée d'une idée. Par minimum de temps, il faut entendre 5 à 15 minutes passées par dessin. Un temps court, sciemment cadré, m'obligeant ainsi à faire feu de tout bois c'est-à-dire de n'importe quoi se traçant sur ma feuille. Ce qui m'a rarement permis de présenter en ligne un rendu maîtrisé ou "abouti" et c'est tant mieux ! (Comme il est bon parfois de s'autoriser un dessin sans étude préparatoire.)

Abouti : adjectif souvent entendu prononcer dans mon parcours d'illustratrice par d'autres que moi pour qualifier mes œuvres ou mes projets graphiques, sans que je comprenne vraiment à quoi cela correspond concrètement dans la mesure où, selon moi, il n'y a que l'artiste qui peut penser en elle-même et estimer que son travail est abouti. "Abouti" a signifié dans ce projet-ci, par exemple, que le dessin tel qu'il était publié me paraissait incomplet, méritant que je procède, à un autre moment, plus tard, à une éventuelle transformation. C'est pourquoi, au fil de ce projet, a pointé le bout de son nez la nécessité d'une valorisation par le biais d'une création livresque protéiforme : livre d'artiste, livre objet, livre illustré, fanzine, carnet réflexif illustré...

Ouvrir ce petit album commence donc par la couverture.

Pour elle, j'ai créé un motif carrelé duquel surgit une moitié de tête pour une couverture en pot-pourri, aux couleurs chatoyantes et combinées : bleu, orange, rouge, vert, jaune, violet et noir. Ce parti-pris graphique n'est pas une référence grossière à un album jeunesse à succès ni à de l'art abstrait naïvement reproduit. Il est tout simplement un rappel des couleurs utilisées pour la mise en page intérieure de mes petits portraits ; en outre, il renvoie à l'ambition du projet, présenter un panel de personnages différents et hauts en couleur.              

Ici, on se raconte ; ici, on se dévoile. Écoutez !

Trouver une couverture est une étape délicate et passionnante. Délicate d'abord, parce qu'elle doit avoir un rapport avec le contenu qui soit d'une évidence troublante. Dans la plupart des cas, même s'il est ténu, ce lien doit exister. De plus, rien ne prémunit l'artiste de se livrer à un pastiche involontaire, c'est-à-dire, reproduire sans le vouloir quelque chose qui a été vu auparavant, qui se serait imprimé en elle, dans sa mémoire, et qui est refait par elle, en étant persuadée d'avoir trouvé une solution originale et inédite. Délicate étape encore, car une mauvaise couverture dessert le livre soit en biaisant la juste perception de son contenu soit en créant une attente qui sera déçue ensuite, une fois le livre ouvert. 

Le dessinateur de bandes dessinées américain Charles Burns explique notamment qu'il met beaucoup de temps à concevoir ses couvertures ; pour lui, elles doivent refléter avec précision l'intérieur de sa bande dessinée, l'histoire et la manière dont il la raconte, montrant une prise en compte de la forme comme du fond. Pour ma part, je regrette toujours qu'une bande dessinée en noir et blanc soit publiée avec une couverture en couleurs, même si je sais que cela répond autant à une habitude visuelle qu'à une volonté commerciale et parfois même artistique (cas des comic books ou des mangas). Et très curieusement l'inverse ne se produit jamais.

Néanmoins, créer une couverture se révélera à chaque fois une étape passionnante. Cela parce qu'elle permet de tâtonner, d'explorer, d'expérimenter dans les vastes territoires que constituent le titre, la typographique et ses polices de caractères, la composition, les possibilités offertes par l'impression en matière de papiers comme de finitions (dorure, relief, saturation de couleurs, fenêtre, découpe, rabats)... Cela parce qu'au bout du compte, la couverture commence et termine le livre.

Ouvrir ce petit album continue avec son contenu.

Côté gauche. On remarque d'emblée le semblable redoublement de la lettre "e" dans la graphie titre et celle des prénoms. On remarque également les catégories choisies pour servir de support à une présentation à la fois homogène et néanmoins variée : "âge", "profession", "aime", "déteste", "son profeel favori", "son rêve", "sa devise". On remarque enfin le petit dessin en noir et blanc, avatar posé dans le bas de chaque fiche, qui la termine agréablement. Agréablement et judicieusement, car c'est à chaque fois un clin d’œil amusé à un postulant ou à une postulante. Côté droit. Un portrait épaule et frontal prend place dans un espace abstrait représenté par un fond mat et plein. Si l'on pense soudain à une photographie de classe ou à un photomaton fantaisie, on aura raison, c'était le but. La disproportion entre la taille des personnages et l'espace dans lequel chacun et chacune est mise en œuvre volontairement : écrasement par le cadre (de vie, du travail, de ses désirs...) ? Recherche d'un effet comique décalé ? Peut-être. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'ici tout le monde s'est donné le mot pour apparaître dans une grande simplicité (voire une forme de radicalité).

Ouvrir ce petit album invite à s'interroger.

Pourquoi ce double "e" ? Pourquoi recourir à des "fiches" plutôt qu'à un texte bref dont j'aime dire qu'il me convient parfaitement ? Et pourquoi ces métiers-ci ? Quelle est la véritable nature de cet album qui n'est clairement pas un guide à l'usage des conseillères d'orientation ? Profeels.com ne s'attache pas à caractériser des professions, en effet.  Il faut davantage voir cet album comme la concrétisation d'une idée personnelle liée à une lecture pleine d'auto-dérision de mon propre parcours professionnel* : 

—  Imaginer faire se rencontrer mon expérience pratique et théorique de certains métiers et des portraits d'hommes et de femmes imaginaires ;

Chercher par la magie de la mise en page, une manière qui fasse sens, c'est-à-dire que chacun et chacune prennent vie page après page, deviennent familiers et proches. 

 — Enfin,  vouloir qu'à la faveur de cette rencontre, se révèle un microcosme tel que peut le représenter un site de rencontres ou un réseau professionnel, où parfois, les pseudonymes remplacent les prénoms d'usage et surtout, où l'on cherche à (ap)paraître sous son meilleur profil. 

------- 

*Puisque j'ai été tour à tour, en rêve ou dans la vie réelle, équilibriste, animatrice de centre de vacances, téléactrice, caissière, modèle vivant, arracheuse de dents, art-thérapeute, vendeuse de reproductions d’œuvres d'art, chanteuse dans le métro, serveuse, cliente mystère, assistante de conservation en bibliothèques, artiste, avaleuse de couteaux, intervenante spécialisée en art, magasinière, baby-sitter, clown photographe reporter, meneuse de revue, chercheuse d'emploi, fleuriste, magicienne et journaliste-rédactrice iconographe pour la radio.

Sinon, pour accéder au tout premier article sur ce projet publié sur le Horlart sous le titre Caractères et bons mots dans un second album carré : suite de mes autoéditions, c'est ci-après :

http://www.lehorlart.com/2019/07/autoedition-ema-dee-portraits-2019.html 

Enfin, assumant d'être à nouveau hors-sujet, et pour celles et ceux que cela intéresse, je signale un article passionnant de Jean-Paul Gabilliet sur l'esthétique de l'auteur Charles Burns ; il est accessible ici :  

 https://journals.openedition.org/sillagescritiques/9579

©ema dée

dimanche 10 janvier 2021

Encours 2 : Présenter l'arbre-fragment d'expériences de recherches, d'introspections et de contacts

Recherches arboricoles graphiques textuelles gestuelles plastiques sonores littéraires artistiques enfantines et adolescentes, j'ouvre un carnet de recherches sur l'arbre. À entrées multiples et multipliées. Accumulation de gestes de la pensée verrouillée au corps, ouvrant l'accès à mon arbre, l'idée fixe se réveille à la surface de la conscience, me poursuit ; je poursuis mon idée fixe : tendre vers une cartographie de l'arbre qui vit dans ma mémoire.  Pas le choix alors, je reprends et poursuis donc un projet ébauché en amont de mon Master en Création littéraire et commencé durant cette formation universitaire.

-------

Le sujet, l'Arbre, qui en 2014 balbutiait ses intentions et ses formes, cherchant son plus bel ambassadeur parmi ses troupes,  fut moqué ; on se moqua de la volonté de l'Arbre de sortir d'un confinement mental posé par la pudeur, l'oubli ou la peur de mal faire ; diverses essences, d'âges variables, poussant dans des territoires distincts de ma mémoire et qui montraient las d'être encagés et muselés le bout de leurs branches, furent raillés ; on leur demanda de justifier leur présence ; on mit en doute l'idée qu'ils intéressent quelqu'un quelque part à un moment donné ; on leur demanda de briller de l'éclat des choses faciles à lire, faciles à comprendre, rapidement oubliables ; on demanda à mon Arbre d'étinceler de fadeur, telle une chose ordinaire recouverte d'une fine couche de lieux communs ; on le pressa d'être d'emblée constitué, on le priva de ce qu'on accorde tout naturellement aux autres : du temps, de la patience et de l'attention, de la confiance. L'Arbre de ma mémoire devait prendre le temps qu'il fallait pour se constituer en sujet fort, costaud, emblématique, merveilleux, d'abord pour lui-même, ensuite pour les autres.

Multiples tentatives de cerner la question (2014 - 2020)

Aussi l'Arbre eut-il du mal à se faire comprendre. Aussi eut-il du mal à se prendre au sérieux lui-même alors qu'il sentait dans sa sève son bon droit, son droit au chapitre, son droit à la parole et à l'écoute. Il sentait sa fragilité, il pressentait néanmoins sa pertinence, sans pouvoir expliquer pourquoi. Aussi eut-il du mal à se définir correctement. À se projeter de manière dynamique. Il résista à une monstration spectaculaire, simplement par timidité. Mais devait-il se définir aussi vite ? Non. Devait-il si rapidement se présenter comme définitif ? Non ! Ce qu'il convenait d'abord de faire, c'était de le laisser s'exprimer, sans détour, sans lui poser aucune entrave. De le laisser s'accomplir dans une exploration, quitte à se perdre un peu dans ses propres méandres. Consciente de ce qu'engageait la réflexion entreprise dans le compagnonnage d'un autre  individu de mon espèce (mais pas de la même nature), je savais que cette exploration était bornée par le format du suivi de recherche. Il devait y avoir exploration, oui, il devait aussi y avoir prise d'indépendance, rébellion. De manière contingente, il y aurait ensuite le temps du retour vers l'autre. C'est ce qui ne fut pas compris. Cette nécessaire et temporaire promenade hors du cadre ne fut pas comprise dans ses finalités pratiques.


 

La forme circulaire du développement de l'Arbre résonnait avec la forme circulaire de ses interrogations identitaires. On lui demanda de quelle essence particulière il était, il ne le savait pas au juste. Il savait qu'il était, il savait qu'il voulait, il savait qu'il adviendrait. Mais concernant sa véritable nature, son habitat de référence, rien. Et alors ! Il élabora sous couvert d'être simplement une lubie, de ressembler à une quête sans but ni faim ni honneur, un projet d'auto-dévoilement intéressant des facettes plurielles. Ces facettes se dévoilèrent à lui, en effet, au fil d'une recherche elle aussi plurielle : l'écriture créative, le dessin d'étude et d'invention, la lecture documentaire et poétique. Le temps, surtout la logique de la formation en Master lui donna raison ; en Master 1, l'étudiante, au gré d'explorations multiples — et de contacts multipliés avec des horizons hétéroclites —  à la faveur d'un grand nombre de cours ou d'ateliers pratiques, se définit en sujet chercheuse et définit son objet de recherche. 
 
Recherches arboricoles graphiques textuelles gestuelles plastiques sonores littéraires artistiques enfantines et adolescentes. L'ouverture d'un carnet de recherches, d'un dossier d'hypothèses. Dans un chaos savamment orchestré, trouver un mode d'organisation, atteindre le cœur du projet, élaguer, désépaissir, croître au mieux et... embellir. Bref, trouver une matrice préalable.
 

 
 
L'ambition du projet était triple : 1°) S'écrire ; 2°) Écrire sur un sujet choisi ; 3°) Se documenter dans une perspective à la fois créative et scientifique. La forme de l'objet fut dès le début posée non pas comme une proposition à discuter aimablement autour d'un café ou dans un train filant à travers la campagne plate et gelée, mais comme une fin non négociable à chaque instant : l'abécédaire.  Le mot lâché fait toujours sourire car il est associé par habitude à l'enfance et à sa vocation, celle de faire découvrir le Monde (ou un monde) à un enfant à travers des images et des mots. Longtemps, les images et les mots y furent stéréotypés, répondant à la fois à une volonté pédagogique, à des modes dans la représentation des objets, des animaux, des êtres humains ou de la nature et à des cadres de lecture et de partage, un public particulier. 
Le genre, car c'en est un selon moi l'Abécédaire est devenu un genre sera le lieu d'explorations riches au fil des époques : artistes et écrivains, poètes ou théoriciens, documentalistes, enseignants (peut-être en tout premier lieu), trouvent dans cette manière de présenter l'information ou une information (et de la représenter) un outil efficace et un objet de créations graphiques ou plastiques gestuelles textuelles ou sonores, d'un usage facile et d'une réception immédiate. L'immédiateté dans la saisie de mon objet n'a jamais signifié simplicité du sujet représenté. L'abécédaire, parce qu'il inventorie des réalités dans lesquelles il opère des choix, ne peut tendre ontologiquement vers une exhaustivité. Il est une forme rassemblant d'autres formes les plus significatives, sélectionnées parmi d'autres, aussi, mon Arbre exposé dans ce cadre ne pourra être simple ni sa représentation tomber dans une vulgaire simplicité.
 
L'Arbre que j'entends exposer et (re)présenter par les mots, les images, apparaît dans sa "diversitude", déjà en 2014. Puis, après une sorte de boulimie qui, je le pense aujourd'hui était la conséquence intestine et mentale directe à une trop grande frustration intellectuelle, une sorte de réaction compensatrice douloureuse à travers laquelle je multiplie les contacts avec mon arbre, j'entre, dans une sorte de morte saison. 
 
Chercher à répondre ou déjouer l'injonction posée qu'il faut intéresser d'abord les autres avant soi, me paraît plus qu'inaccessible, non essentielle, pire, hors sujet. 
 
Comment rallumer sa propre flamme ? Comment réactiver un projet qui dès qu'il est approché ouvre soudain d'anciennes blessures narcissiques ? Les idées ne sont rien si aucune envie, motivation  ni feu ne les (trans)portent, de cela je suis convaincue. Ce feu qui permet que se consument les obstacles de tous ordres jetés sur le chemin et jalonnant un parcours de réalisations. Imposer une idée demande de la force ; l'Arbre qui cherchait à tout prix la forme d'expression et de vie attendue exigea une dépense d'énergie importante pour réussir ; j'eus besoin d'une grande concentration pour y mal parvenir ; il ne restait par conséquent plus rien pour le défendre ou attendre qu'advienne une forme satisfaisante. (La précipitation bloqua la saine entreprise de recherche amorcée.)
Il me fallut rencontrer ailleurs un enthousiasme et une passion semblables à la mienne, en outre, le désir "simple", je veux dire évident, manifeste, de célébrer son intérêt pour les arbres, de quelque nature que soit cet intérêt. Il me fallut approcher la réalité de l'arbre chez d'autres, dans le cadre d'expositions surtout, pour que renaisse en moi la nécessité de revenir à ma "lubie". Parcourir la campagne ensoleillée et ses forêts odorantes y fut aussi pour beaucoup dans ce regain d'intérêt. C'est ainsi que je me suis remise au travail, bien décidée à liquider mes atermoiements comme à panser les vieilles blessures et à les penser comme signe et non plus comme symptôme, c'est-à-dire, troquer une image négative   l'échec contre l'image plus engageante et stimulante d'une première tentative nécessitant des approfondissements ultérieurs. 
 
Mon arbre du souvenirc'est sa nature ! renvoie à des quantités d'arbres tous différents dont les contours échappent à la détermination stable, facile, permanente, à la composition maîtrisée, au dessein net et au dessin précis aisément reconnaissable. Il est l'arbre de mon enfance, grelottant derrière une fenêtre nue, il est l'arbre de mes années de collège bagarreuses et amoureuses et de mes années de lycée... Il est comme un mantra ramenant la paix dans mon désordre intérieur... Il est objet de toutes beautés. Méritant de prendre formes différemment et dans des modalités autres, je poursuis mon projet avec des nouveaux guides et l'esprit neuf, autant se faire que peut.

-------

Encours : Projet qui sans cadre(s) ni objectif(s) définis clairement au départ avance comme un projet véritable. Le choix d'un format, d'un support ou d'une technique, les deux ou les trois, aide grandement, cependant, à faciliter la marche en avant du projet qui n'a pas l'air d'en être un. Du moins au début (je me répète). 

Contact : Je parle de "contacts" au pluriel car il s'agit de parler d'une expérience qui se nourrit de gestes nombreux mais non équivalents. Entrer en "contact", c'est selon mon point de vue, se mettre dans une disposition d'esprit pour accueillir ce qui vient lorsque je me mets à songer à un arbre, à ses feuilles, à son tronc peut-être ou au vent soufflant sur sa cime... Être en "contact" peut signifier également se trouver dans la proximité de au point de pouvoir toucher, cela devient un acte physique volontaire. C'est enfin suggérer une sorte de lien changeant avec l'objet que représente l'arbre, objet de création, de recherche et de souvenirs.

Exemple 1 : Une première (et nouvelle) forme de restitution du sujet ? Dans le cadre d'un cabaret littéraire en ligne, une lecture à voix haute d'un texte appartenant un triptyque traitant du jeu et du potentiel ludique des arbres

http://www.lehorlart.com/2020/11/l-arbre-du-souvenir-une-experience-enfantine.htm.html

©ema dée

lundi 21 décembre 2020

À propos de "vert de rouge", un album autoédité et riche en libres associations colorées

tout commence en vert et en rouge un soir, dans une banlieue parisienne, à la fin de l'automne 2016, avec une envie de m'amuser sur la thématique de noël qui n'est pourtant pas, je dois le dire, ma fête favorite. Tout finira en rouge et en vert un après-midi quatre ans après, à l'automne.


flashback : je suis à ma table de travail et je me demande comment commencer mon nouveau cycle en texte-image. C'est que depuis le mois d'avril de l'année d'avant, en 2015, je me suis lancée un défi graphique — et un peu littéraire aussi —, à la fois pour me pousser à dessiner-écrire régulièrement, au moins quelques minutes, et pour accumuler des images de toutes sortes qui me serviront de répertoire de formes et d'idées ; après avoir trouvé par hasard dans un magasin un bloc contenant environ 700 feuilles blanches et de format carré, je décide de publier sur un compte Tumblr un dessin avec du texte — mais pas systématiquement. Pour pimenter le défi, j'ajoute deux difficultés deux contraintes supplémentaires. Le projet se résume finalement à une simple équation :  un mois = un sujet = une technique ou un outil graphique différent = un dessin/ jour. Parce qu'en décembre, c'est LE moment d'offrir des cadeaux, je choisis très simplement, en cette fin d'automne, de dessiner, dans un style naïf, une suite d'objets en deux couleurs, rouge et vert.
 
(flashforward : j'assiste à une séance de lecture à plusieurs où l'album vert de rouge sert d'impulsion, d'incitation à (se) raconter à partir de l'évocation successive de mots choisis.)
 
le projet de livre vert de rouge publié en novembre 2020 procède de la réunion de plusieurs images produites en vert, en rouge, en rouge et en vert, dans le cadre de ce projet de dessins à contraintes qui a duré plus de deux ans. Puis, pour avoir un nombre suffisant d'images qui justifie une reliure en dos carré-collé chez mon prestataire, j'ai élargi  ma sélection à des dessins en noir et blanc que j'ai soit rehaussés, soit coloriés ou colorisés en vert, en rouge ou en rouge et en vert

au-delà du critère de couleurs et la recherche d'une harmonie du trait, une question de fond s'est posée naturellement tout le long de ma sélection : comment trouver un ou des points communs entre une fleur, un chaperon rouge, une paire de pantoufles, un long profil de femme, un arbre, un autre arbre, des jumelles, des amies, un oiseau, un visage au large sourire, une coupe afro, le portrait d'une chanteuse pop, une femme prise dans une bouteille,  une chaise, une monstresse, une montre, un manteau, une lectrice la chevelure pleine de fleurs, un ensemble gant-écharpe-bonnet, une mangeuse de pain, une hyène, une robe à motifs, une autre lectrice, un amoureux hydrocéphale et une femme à grosses lunettes qui se pose des questions ?


je veux dire, qu'est-ce qui relie entre eux, un Nœud, une Attention, une Folie, un Interrogatoire, une Saison, un Calcul, un Meuble, un Bijou, un Style, des Récipients, une Capitule, une Évasion, une Répétition, une Figure, une Panoplie, une Étude, un Présent, un Cabas, une Rencontre,  un Poème... ?  La mise en page. Le texte. Les mots associés.

dans ma pratique artistique, lire à voix haute un texte tout juste écrit pour vérifier sa musicalité et son sens ou disposer mes dessins au sol à la manière d'une installation pour mesurer l'effet de l'ensemble depuis la hauteur d'une chaise est assez courant. Une mise à distance doit s'opérer : je deviens lectrice ou spectatrice de mon propre travail. C'est ce que je fis pour le projet vert de rouge : des vis-à-vis commencèrent ainsi à s'organiser, des échos à se faire entendre d'une image à l'autre, des correspondances intérieures à s'écrire. Une direction opposée, un motif récurrent, une sorte de complétude de l'une avec l'autre image ou une savante opposition entre elles : lentement se tissaient des liens visuels, ce qui est le plus difficile quand on travaille le matériau image seul. 
 
C'est pourquoi au bout d'un moment il y eut la nécessité du verbe : au bout d'un moment, des mots ont été prononcés, notés, accompagnant ces correspondances et/ ou les facilitant, formant un premier ensemble mot-image. Puis des phrases ont émergé. Comme dans une sorte de jeu de devinettes conduit par le mot et l'image associés. Dans l'après-coup, je veux dire, une fois l'ensemble terminé le projet relié permettant le feuilletage de l'ensemble et la lecture posée de la double-page —, c'est à ce moment-là que j'ai perçu clairement une sorte de logique de correspondances et que j'y ai vu comme l'exposé involontaire d'un inventaire de phrases brèves modulées par des tons changeants
 
la définition, l'aphorisme, l'historiette, le poème, la pensée, l'extrait d'une histoire, le résumé d'un conte détourné, l'écriture mathématique détournée... 

Quelques pages du bouquin approximativement terminé (ou BAT)
 
la méthode s'annonçait hasardeuse au début. Dans ces moments de recherche à tâtons, où je me place à l'écoute de ce que me disent les images et de comment les associations vibrent entre elles résonnent en moi d'une façon juste ou disharmonique , je repense à ma rencontre au CPLJ-93, avec l'autrice-illustratrice de livres pour enfants et artiste plasticienne tchèque Kvéta Pakovska. À sa manière très libre et finalement très intime de concevoir ses superbes imagiers-architectures, véritables petits musées portatifs offerts à la curiosité et à la sensibilité tactile et visuelle des plus jeunes. Elle dit accorder une très grande importance à ce moment de fabrication artisanale, moment où elle monte les pages les unes avec les autres et les unes à la suite des autres, selon des correspondances personnelles.

la mise en page du projet vert de rouge, des éléments textuels et iconiques qui le constituent, est la véritable cheffe d'orchestre ; de mon point de vue, c'est elle, en effet, qui commande, ajuste, recadre, rectifie, insuffle et termine la pensée en en précisant l'intention. C'est tout naturellement que la maquette fut réalisée en quadrichromie : vert, rouge, noir, blanc. C'est tout naturellement que les mots et les phrases furent installés de part et d'autre de chaque dessin. Obéissant à une hiérarchie mystérieuse et systématisée.
 
-------
 
Le livre en texte-image vert de rouge appartient à une collection baptisée Horlart. À découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous :

 
Une collection imprimée et toute carrée qui réserve une surprise sonore à chaque fois. Pour découvrir la surprise sonore de cet album-ci, c'est en cliquant ci-dessous :

 
©ema dée

dimanche 20 décembre 2020

Encours 1 : Dessiner des portraits d'hommes en noir et blanc à partir de photographies

Entre mes projets éditoriaux et l'expérimentation d'une communication autour de ces créations livresques se glissent des envies de récréation. Des récréations graphiques, ludiques, inspirées, qui me saisissent de plus en plus quand le soir tombe, et que la nuit jette sur nos têtes lasses et nos membres fourbus son manteau d'étoiles nimbé d'un silence progressif. 

-------

Encours : projet qui sans cadre(s) ni objectif(s) définis clairement au départ avance comme un projet véritable. Le choix d'un format, d'un support ou d'une technique, les deux ou les trois, aide grandement, cependant, à faciliter la marche en avant du projet qui n'a pas l'air d'en être un. Du moins au début (je me répète). 

 (Les portraits imaginaires représentent un territoire exploratoire.)

Projet : à ce stade de la marche, il est difficile de dire de quoi il s'agit, en fait. D'un livre, d'une composition graphique en série, d'un préalable à la création d'un produit imprimé (jeu, vêtement, affiche)... Il est néanmoins possible au vu des premières réalisations de convenir qu'il s'agit très certainement, un, de dessiner des portraits d'hommes, deux, sur un format 24 cm x 24 cm, trois, en plan épaules ou en buste, quatre, majoritairement au feutre pinceau. À la question indiscrète "Et quelle est la motivation de ce projet ? " ou à l'interrogation inappropriée "Pourquoi des hommes ?", il est possible de répondre pour se débarrasser de toute forme de justification : "Parce que !" Il est aussi possible de répondre tout autrement, portée par un élan de générosité et de partage : "Parce que j'en ai envie !" ou "L'idée se trouvait là toute pleurnicharde installée en déséquilibre dans un coin de mon atelier entre le carton à dessin et le mur je ne pouvais décemment pas la laisser dans cet état ! " De telles réponses ne sont guère possibles dans le cas qui nous préoccupe. Malheureusement.

Car, tout d'abord, je n'ai nullement envie de dessiner des hommes, j'en ai besoin. Ensuite, il n'y a pas d'idée, je veux dire, de concept préexistant à mon geste que le dessin viendrait expliciter ou démontrer, non, il s'agit d'une remontée dans le temps. L'idée arrive ensuite, se révèle petit à petit, trait après trait.

 (Ils offrent des possibilités de modalités de création infinies.)

Dans des temps révolus, j'avais des rêves, un en particulier : devenir styliste pour hommes. Je rencontrai à un carrefour des métiers un petit bonhomme mal fichu qui sentait l'alcool à boire. Tout dodelinant, il m'expliqua qu'au début, je devrai dessiner des pots yaourts. (Le carrefour des métiers avait l'air sérieux, le petit monsieur tremblotant itou, je n'ai rien dit — j'ai fait confiance — mais je suis rentrée chez moi abasourdie.) Quand même ! : des pots yaourts Mamie Nova à la veste de cocktail pour hommes en skaï jaune scintillant, il y avait un large fleuve tourmenté. Mon rêve d'une gloire à venir cousue main en prenait un sacré coup.

Rêve : sens 1. Fiction cérébrale se déroulant souvent en huit-clos pour un(e) unique spectateur(trice) et pouvant comporter ou pas plusieurs épisodes montés à la serpe, sans désir de clarté ni de divertissement. Sens 2. Désir préconçu de devenir autre chose que ce qu'on est amené(e) à devenir mais sans en avoir la moindre idée ou le moindre indice. Nada. Du coup, on expérimente, on explore tout sa vie. Sens 3. Flots d'espérances charriant des billevesées ineptes. Sens 4. Métal précieux recouvrant et protégeant la volonté enfantine pugnace.

Résumons autant que possible : en 2015*, je découvre qu'il existe une sorte de pendant à la Journée internationale de la Femme, la Journée internationale de l'Homme qui a lieu le 19 décembre, depuis 1999. Dans un mouvement un peu provocateur, je commence à dessiner des personnages masculins, d'abord des têtes seulement, puis des portraits en buste sur du papier, à partir de photographies issues de coupures de magazines de mode urbaine, vintage et de luxe que j'archive dans un classeur bleu. Le rêve de dessiner des pots yaourts en costume jaune remonte à la surface du support blanc, lisse ou grenu, se mue en action. À la faveur d'une publication de dessins sur un compte Instagram tout récemment créé, l'action cherche à présent sa direction, un horizon à atteindre.

Horizon : forme abstraite d'une envie concrète, celle de produire un OVCI (ou Objet Visuel Carrément Inédit).  

 (Jusqu'à ce qu'on réalise qu'on a dessiné son voisin ou un pote de fac.)  

Une hypothèse de création : exposer un style qui s'est affiné au fil des projets hétéroclites à la faveur d'un sujet véritablement personnel, mon rapport à la masculinité. À propos de "style", de manière de faire, je me souviens de quelqu'un, un homme, je me souviens surtout d'un de ses conseils "avisés" que je n'ai jamais franchement compris : "Prends-toi pour modèle quand tu veux dessiner". Résultat bien des années plus tard : tout ce que je dessine, arbre, personnage, objet du quotidien, paysage, tout me semble inexorablement féminin... 

------- 

*L'origine du "projet" ? Trois premières tentatives personnelles d'écriture et de dessin  :

— En 2015, les hommes de ma mémoire : http://www.lehorlart.com/2015/11/un-jour-particulier-pour-tous-les-hommes.html 

En 2016, très court essai de physiognomonie : http://www.lehorlart.com/2016/11/fete-des-hommes-portraits-2016.html 

En 2018, la beauté du héros ordinaire : http://www.lehorlart.com/2018/11/journee-internationale-homme-2018.html

Pour s'intéresser, se documenter ailleurs, on peut lire, par exemple, l'article de Mymy Haegel, rédactrice en chef du site mademoiZelle : https://www.madmoizelle.com/journee-de-l-homme-1066912

 ©ema dée

vendredi 4 décembre 2020

Petite histoire de la création du livre "Du couple moderne" : parcours d'auto-édition

Dans cet article, je souhaite revenir sur la création de mon projet de livre auto-édité intitulé Du couple moderne. Comme à mon habitude, quand j'écris après l'achèvement d'une création livresque, je noterai ici des considérations diverses et emmêlées, traces d'une recherche-création : intention(s) de départ, cheminements de la pensée, interrogations et expositions, si besoin est, de références culturelles. 

Ce recueil d'une cinquantaine de pages se présente comme un petit guide de "recommandations pour vivre sa vie à deux avec humour et poésie", fondé sur une mise en regard de portraits dessinés au trait et de textes brefs et chapitrés. Il est le premier titre d'un triptyque d'albums valorisant le style graphique en noir et blanc et puisant plus directement dans des expériences personnelles. Avant de devenir cela, le projet d'édition aura dû parcourir plusieurs étapes et changer plusieurs fois de formes.

On peut d'ores et déjà le découvrir et feuilleter quelques pages sur mon espace Auteur ; l'album est disponible sur commande, en impression à la demande. (Cliquer sur l'image ou sur le mot Auteur ci-dessus pour y accéder.)

1 ) Les images : intention du projet et références involontaires

Du raffinement (2013)

Tout d'abord, il convient d'évoquer les images. Une première scène représentant un couple, serré dans un espace réduit voit le jour en mai 2013. Suite à un malentendu né d'une situation qui me met mal à l'aise, je sors de mes gonds ; je décide d'exprimer ma colère et ma déception à l'intéressé à travers le dessin, plutôt qu'en paroles ouvertes, qui s'avèrent vaines et sans effet immédiat. De mon point de vue. En effet, je m'épuise à fournir des explications et des éclaircissements qui manquent leur but, ce qui me chagrine. Je réalise avec regret que tout long discours sur les sentiments et les émotions se heurte à un niveau de compréhension individuel, personnel, spécifique et inégal. Sur le moment.

Le besoin d'être comprise sur le moment associé à celui de me débarrasser rapidement d'un souvenir inconfortable se transforme, sans annonce, en défi, puis en jeu, en exercice, enfin, en performance créative ! Le désir d'expression personnel et, à travers la recherche d'un dialogue, la focalisation sur le désir de réparation, prend les allures d'une quête d'un autre langage, un langage qui permettrait l'extériorisation des sentiments, la création d'un espace symbolique propice à une compréhension mutuelle — la restauration du lien. 

Par le détour d'un langage autre, résolument symbolique, c'était pour moi chercher, sans en avoir l'air, je le crois à présent, à transformer une expérience individuelle en un témoignage touchant au collectif. En bref, je ne voulais pas être la seule dans mon cas. Je ne voulais pas non plus taire ni étouffer un cri, quand bien même il paraîtrait aux yeux de l'autre, aux yeux d'autrui, négligeable ou risible. 

J'avais envie de récits ; j'avais besoin de catharsis.

Peut-être, en toile de fond de cette quête armée de feutres fins, d'un feutre pinceau et d'un marqueur, d'autres récits : connaissez-vous Didier Tronchet et sa bande dessinée Les aventures de Toi et Moi,  connaissez-vous les dessins humoristiques d'Albert Dubout, connaissez-vous les scènes colorées délicieusement sulfureuses du peintre naïf Camille Bombois ? Connaissez-vous la toile Les Amants de René Magritte ? Connaissez-vous les films Un crime au paradis de Jean Becker ?, La guerre des Rose de Danny De Vito et Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman... Tout cela chacun à sa manière chante les liens affectifs, l'amour (ou le désamour) et l'admiration (ou la haine) pour l'autre.

2) À propos du format choisi : une juste distance

De la proximité (2014)
 
J'ouvre une parenthèse sur la question du  choix du format. Sur ma lancée, je me mets à dessiner une trentaine de portraits de couples sur un support de format réduit : des feuilles de papier blanc de dimensions 15 cm x 15 cm. Pourquoi carré et pourquoi si petit ? Le format réduit associé à la technique au trait, façon gravure parfois, oblige à une forme de proximité. Il s'agissait de dessiner sur un sujet intime, proche, de présenter une "étude" de caractères comme unique centre d'observation. 

Au sujet du format, quelqu'une rencontrée durant l'exposition Mes imagiers (Rougier & Plé Filles du Calvaire, Paris 3ème, 2014) au cours de laquelle j'ai présenté une partie de ce projet en cours, m'a fait remarquer que devant mes petits portraits carrés, elle ressentait une sorte... d'étouffement. Que le format choisit était pour elle comme la représentation... d'un espace-piège qui oblige à se confronter et à être confronté(e) à l'autre... à vivre l'un(e) dans l'autre, sans échappatoire... Intéressant, non ?

Moi je dis : il faut s'imaginer des portraits dans un cadrage serré, comme si au fil des pages du livre en cours d'élaboration, on avait affaire à des arrêts sur images issues de micro-histoires successives, regardées à 30 cm de son poste de télévision. Il se peut que ce choix ait à voir avec le souvenir d'une rencontre au CPLJ-93 avec l'autrice et illustratrice belge Kitty Crowther : elle dessine au crayon de couleur, doux et calme, pour amener l'autre (l'enfant, le parent) à nouer avec l'histoire racontée une relation intime, pareille à celle qu'elle a développée avec les images des livres depuis son enfance. Peut-être ai-je eu envie que mes lectrices, mes lecteurs, nouent une relation particulière avec mes couples ?

Il se peut aussi que ce soit un heureux hasard : mon goût pour la conservation explique que je possède dans un carton à dessin des chutes de papier blanc en grandes quantités. J'aime puiser dedans. Peut-être qu'il y avait parmi elles un grand nombre de supports carrés de même taille et que cela m'a suggéré l'idée de "série". Qui sait ?

3) Piétinements : les égarements de la forme finale

 
Du soutien (2015)

Avançons, car le projet progresse au fil des ans. Si les portraits sont réalisés principalement entre 2013 et 2016, au fil de mes propres aventures, l'idée de la forme sautille d'une envie à l'autre, sans parvenir à se décider vraiment. À un moment, celle de collaborer avec un graphiste pour tout mettre en couleurs — plus vendeur que le dessin en noir et blanc —, puis avec un écrivain pour commenter plus longuement les images pour lesquelles je n'avais écrit jusque-là que des aphorismes ou quelques mots poétiques. À un autre, celle de redessiner tous les portraits jugés, avec le recul, maladroits... si maladroits !

Et puis, un jour, l'abandon. Le projet s'endort. L'énergie de la recherche de la forme, appropriée, de la narration appropriée et/ ou de publication éditoriale se tarit. Durant presque quatre ans.

Cependant, quelques images viennent illustrer une fête dans le calendrier ; cependant l'un des portraits évolue en motif décoratif pour un masque de cérémonie en 2020... Pour qu'enfin, le projet s'autonomise de tout ce qui l'a précédé et prenne la forme d'un livre en auto-édition. Il aura profité d'un regain de confiance que m'ont apporté mes expériences de publication précédentes. Mais il prend corps également grâce, d'une manière plus globale, à un contexte plus favorable concernant le dessin en noir et blanc. Celui-ci commence à mon sens à trouver sa place artistique et trouve un accueil plus ouvert dans le paysage éditorial : à côté de la bande dessinée et du roman graphique où il est assez courant, on le voit se balader dans l'album pour enfants, le livre d'artiste, le recueil de poèmes.

4) Les textes : une voix pour quel message ?

De la volonté (2020)

Et les textes, me demanderez-vous ? Qu'en est-il de l'écriture des textes ?  Comme je l'ai dit plus haut, j'ai longtemps tourné autour de mes petits portraits sans savoir quoi en faire ensuite. Et cela a affecté le choix des textes, de la forme, du ton définitif : de l'intention. D'autant qu'avec le recul des années, je ne savais plus vraiment quel avait été le contexte précis de la naissance de chacune de mes scénettes. Cela me semblait important de conserver l'impulsion originelle.

Les textes devaient renvoyer à ces contextes pour toucher à ma vérité. En même temps, puisqu'il s'agissait d'une certaine manière de prendre du recul, d'aller de l'individuel au collectif, pourquoi ne pas s'amuser avec les mots, pourquoi ne pas se réinventer à travers eux ? Enfin, dans le rapport texte-image que j'explore depuis quelques années, je m'efforce de proposer deux parcours de lecture, celui de l'image d'un côté et celui du texte, de l'autre. 

Alors, avais-je envie d'éduquer, de faire rire... de faire réfléchir ? Convenait-il d'écrire des histoires, avec des personnages, leur trouver des noms, des prénoms ? La forme brève, de type aphorisme, n'était-elle pas plus appropriée d'autant que les images étaient elles déjà explicites et leur compréhension claire ? 

Je crois que ce qui a permis de trancher entre plusieurs possibilités qui s'entrechoquaient et qui paralysaient l'avancement du projet sur ce point-ci, ce fut la réflexion sur la double-page. Et sur cette habitude que j'ai prise de chercher à organiser de manière harmonieuse, dans cet espace-là, plusieurs éléments récurrents : 1 image, 1 titre, 1 élément graphique, 1 texte. Dans ce cadre créatif simple, de nombreuses combinaisons sont possibles, avec l'envie de proposer des compositions "équilibrées" comme garde-fou.

Je crois également que le texte a surgi dans ce projet-ci, à la faveur d'un espace existant entre ce qui est représenté des hommes et des femmes imaginaires vivant des situations "réalistes" , et ce que cela représente une réflexion sur la vie à deux.

5) Perspectives : Du couple moderne - 2 ? 

(Plutôt que de se répéter, oser plutôt les produits dérivés, par exemple, les badges customisés, qui prolongent l'expérience. Pour les découvrir, cliquer sur l'image.)

Certaines scènes ont été écartées du projet final, volontairement, parce qu'elles ne présentaient pas au moment de leur conception une situation intéressante ou suffisamment maîtrisée graphiquement. Ou, parce qu'à un moment donné, il y eut comme un trop plein, un trop plein de précisions... plus assez de place pour le jeu et l'invention.

Le projet éditorial Du couple moderne me laisse ainsi sur un agréable sentiment d'achèvement. Bien sûr, les histoires de couples continuent dans ma vie réelle (je pourrai en dessiner d'autres, au fil de la vie quotidienne et de mes rencontres). Dans ma vie symbolique, je pense qu'elles ont trouvé un espace de vie propre qui leur appartient. Un espace qui se réactivera et s'enrichira, je l'espère, à chaque fois qu'un album sera ouvert et lu. Libre à chacun, à chacune, de poursuivre cet inventaire pour lui-même, pour elle-même.

Oui, il me semble avoir trouvé le bon format pour cette expérience-ci : une "bulle" autosuffisante. L'envie du moment ? Développer de petits objets - souvenirs de cette aventure.

-------

D'autres projets de livres en auto-édition sont à découvrir en visitant la page "Objets livres": http://www.lehorlart.com/p/blog-page_21.html 

©ema dée