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vendredi 7 janvier 2022

Situation 1 : Peindre sur papier un paysage imaginaire en noir et blanc

Depuis le mois de septembre 2021, je participe à un atelier de pratique plastique. Ceci dans le but avoué d'envisager à nouveau la peinture et le grand format comme un médium et un support d'expressions artistiques.

Parmi les demandes et les recommandations de l'atelier, celle de prendre en compte des documents iconographiques et/ou une consigne comme point(s) de départ à l'invention et la recherche, celle d'investir un support mesurant 75 x 106 cm (du carton gris ou une feuille de papier aquarelle Montval, par exemple), celle d'utiliser des outils graphiques et/ ou plastiques, enfin, celle de recourir à tous les procédés ou techniques à condition que leur usage procède d'une réflexion sur sa propre pratique et sur ses envies de déploiement à venir. 

Pour mettre en perspective ce travail, sorte de voyage introspectif à la faveur notamment de la matière picturale et du geste graphique, je décide de publier ici les résultats variés de mes explorations. Ainsi, me suis-je donné comme premier travail pour l'année 2022,  celui de préciser mes attentes et le parti-pris que j'ai choisi de défendre dans chacune de ces œuvres personnelles. Le sujet est  imposé la plupart du temps. Ces publications successives (recherches, esquisses, productions réussies ou manquées) seront accompagnées d'une note d'intention. C'est là le véritable objectif de mes  prochains articles : être en mesure de "justifier mes choix, les modalités et références mises en œuvre dans mes réalisations". Il s'agit, en une trentaine de lignes environ, de faciliter l'explicitation de ma démarche pour une lectrice-spectatrice ou un regardeur. Attentive à la forme comme au fond, j'envisagerai la note comme un exercice d'écriture créative.

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Situation 1 : Un paysage imaginaire

Pour que se constitue un seul paysage planté d'arbres dans lequel le souvenir d'un marcheur  solitaire peut se perdre en le parcourant, se munir d'un médium sombre mais non mate, des outils à poils secs mais non durs et d'un support couleur crème et de format carré. Se munir également de diverses chutes de papier dans l'hypothèse de procéder à quelques collages.

Ma question de départ a été : Comment tirer parti d'une première production qui ré-exploite certaines de ses caractéristiques ? Produit avec du papier carbone et imaginé sur des feuilles de papier de format carré et de couleur crème, le travail originel représentait une série de paysages arboricoles sans profondeur marquée et tout en nuances de gris. Il exploitait sans hiérarchie la gestualité, la matière de l'outil, la texture du trait, la répétition et la variation. Le second travail se concentre pour sa part sur la matière et la planéité, principalement.

Pour ce faire, tremper au préalable sa brosse plate dans de la peinture acrylique non diluée. Poser l'outil contre le support, frotter le support avec l 'outil : progresser dans la hauteur du  support avec un geste mécanique. Il faut entendre ici, un mouvement de la main et du poignet quasi identiques. Re-couvrir le support s'apparente alors à une épreuve physique, car le geste est répété sur toute la surface et le geste est répété successivement sur neuf supports distincts. Non dilué le medium s'applique en couches épaisses, qui en séchant, forme une sorte de peau, dont les aspérités irrégulières malgré le geste mécanique répété le plus uniformément n'échappent pas à un toucher sensible du doigt... Non diluée la quantité de médium vient à manquer, non mouillé l'outil peine – à dessein – à se décharger de la matière picturale. C'est qu'il s'agit oui de peindre, mais aussi de marquer, de laisser des traces, d'indiquer un mouvement volontaire dont émergeront des mouvement involontaires, des marques noires irrégulières, comme un chemin dessiné par les poils d'un même pinceau : le parcours du geste.

Puis les neuf supports seront assemblés. Alors que la peinture sèche, sur des chutes de papier, chercher à produire des effets de matières différents des premiers, l'acrylique sera enrichie d'un peu de colle vinylique, ce qui rend le médium plus "visqueux" et propice à la formation d'empattements. La matière sera aussi obtenue en recourant à un procédé déjà expérimenté, le monotype, ou fait de presser contre un support recouvert d'une peinture un peu grasse, une feuille de papier et de laisser faire le hasard de la rencontre entre les deux.

Dans l'informe, un sol herbeux. Depuis la superposition de couches peintes, des formes arboricoles découpées aux ciseaux. Et près d'un arbre, une figure.

Une référence artistique se présente à-postériori : les  Paysages mentaux ou les Matériologies de l'artiste plasticien, peintre, dessinateur et sculpteur français, Jean Dubuffet (1901-1985). Je dis à-postériori car lorsque je produis l'oeuvre, c'est rarement en pensant à un-e artiste en particulier ; c'est dans la recherche ou à sa toute fin que des analogies se font jour. Une analogie significative : je m'intéresse en effet, à ma façon, à la production spontanée, à une certaine enfance de l'art, enfin, à une création qui donnerait forme sans censure à une intériorité brute et peut-être brutale à travers la mise en dialogue des matières entre elles.


 ©ema dée ©ema dufour