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lundi 19 décembre 2022

Ema Dée était à SoBD 2022 avec ses livres tout carrés et ses belles images !

Pour ne pas déroger à ma règle de conduite créative et réflexive personnelle, c'est-à-dire consigner ici les menues aventures qui embellissent ma vie d'artiste, je reviens en quelques lignes sur ma seconde participation au Salon SoBD, le Salon de la Bande dessinée à Paris, Halle des blancs Manteaux dans le 4ème arrondissement. 

Dans un autre post, je disais que ce sont les évènements tels que celui-là qui me permettent de me mettre réellement au travail, cela est toujours vrai aujourd'hui. Moi, ça me booste, les dates butoirs,  l'imminence d'avoir à rendre des œuvres livresques à la fois inédites et abouties, les relectures de dernières minutes, les vérifications sans fin des préparatifs, les nuits raccourcies, la surveillance à l'extrême des livraisons des colis Chronopost... — un état  de confusion et de fébrilité dans lequel se mêlent sans annonce poussées d'adrénaline et petites déprimes passagères.  

Néanmoins, la préparation de ce salon-ci aura mis plus de temps, elle fut plus intense et chronophage. La 11ème édition du salon a été riche d'enseignements pour moi ; ce sont eux qui m'ont aidée à me fixer une ligne de conduite à la fois dense et ambitieuse — je dirais même, plus professionnelle :

Plus de livres, en qualités comme en quantités, variées et suffisantes, surtout : la collection Horlart s'enrichit d'un nouveau titre, Un bestiaire Sage, et deux albums en noir et blanc viennent grossir le nombre de mes autoéditions hors collection : In The Black Trees (en avant-première) et Médaillons Pop.

Des reproductions et des dessins originaux de petit format, oui, mais présentés de manière à pouvoir être acquis sur le Salon : je privilégie l'exposition, dans des pochettes plastiques adaptées, d'une sélection d'œuvres graphiques liées à mes autoéditions. Ainsi, durant trois jours, du 2 au 4 décembre derniers, les visiteuses et les visiteurs du Salon auront pu regarder à loisir un choix d'illustrations et certains dessins sur papier reproduits dans mes livres.

Des modes de règlement différents, facilitant les transactions : l'adoption récente d'un statut d'artiste-autrice et donc l'obtention d'un n° SIRET mais "à l'essai" cependant me permet de faire l'acquisition quelques semaines avant le salon d'un petit terminal CB. Un objet qui s'avère très utile, j'ai pu l'observer en achetant moi-même des produits sur des salons d'art et d'artisanat. Acquisition pratique en étant toutefois contraignante : il est impossible d'utiliser ce genre d'appareils sans  la création au préalable d'un compte "entreprise".  

— Des constantes : l'offre en petits produits dérivés dits fétiches, badges et autocollants, aux couleurs et aux formes de ma production sortes de goodies  faits main à collectionner et la présentation, un peu à la sauvage, d'au moins, un article "hors cadre". Le salon et plus particulièrement l'Espace Underground où j'expose est le lieu bienvenu pour tester, recevoir en direct avis, conseils et remarques du public, tout ce qui me sera utile pour décider ensuite de développer ou pas certains  projets d'objets livres en textes-images, et de les mettre en avant ou pas au cours d'un prochain salon. Pour ce 12ème salon : mes boites à lire.

Cette année, il me semble qu'il y a eu plus de visiteuses et de visiteurs non francophones qui se sont arrêtés à mon stand et qui se sont baladés dans le salon. Les images originales de mes autoéditions que je décline sur différents supports et à différents prix proposent à chacune et à chacun, la possibilité d'un échange, selon son goût, son budget, son amour pour le trait, son rapport à la langue française ou tout simplement, aux mots et aux images imprimés. Les textes de mes livres jouent volontiers sur divers décalages, les sous-entendus, surfant sur des figures de style, métaphores, métonymies, euphémismes... que je peine à traduire ! D'où cette interrogation qui clôturera mon salon : "Dois-je développer une collection de livres bilingues ?"

Autre élément d'importance : les stocks de livres. Les délais de livraison soudain étirés aux mois d'octobre et en novembre ont compliqué le rassemblement des quantités espérées ; ils ont en outre précipité le bouclage d'un de mes projets qui s'est avéré défectueux à la veille de l'installation sur mon stand... car, pour gagner du temps, j'ai voulu rogner sur l'étape indispensable de vérification via le BAT ...  Ah empressement, quand tu me tiens ! Des solutions ? Acheter plus de quantités très en amont ? Arrêter la création de nouveaux livres plus tôt dans l'année ? Varier les fournisseurs et les modes d'impression ?... Mieux anticiper, quoi !

©ema dée

samedi 17 décembre 2022

Des textes et des images qui aiment les arbres dans un nouveau projet d'autoédition : In The Black Trees

La production d'objets livresques en textes-images se poursuit aussi grâce à la rédaction d'articles sur ce blog ; ils permettent de prendre du recul sur la création comme de présenter son évolution. Voici donc un nouveau post concernant une seconde création en autoédition en noir et blanc terminée à ce jour : In The Black Trees.

Souvenez-vous, il y a plusieurs années, je parlais, en créant ma page Objets livres, de projets non aboutis, interrompus. In The Black Trees fait partie de ces "projets" qui ont connu bien des vicissitudes, avant de trouver une forme concrète satisfaisante, je veux dire, bien après que l'envie de faire quelque chose ne se soit manifestée. Cela aura pris plus de 5 ans pour parvenir à mettre en avant au moins trois objets livres qui présentent assez fidèlement la relation que j'entretiens depuis mon enfance avec la Nature, et en particulier avec les Arbres. 

Ce n'est pas un intérêt de botaniste ou de poète, de nouvelliste ou d'illustratrice, de photographe — exclusivement. C'est sans doute ici que résidait la principale difficulté à surmonter : parvenir à trouver une manière littéraire, graphique et artistique d'embrasser naturellement toutes les facettes de cet intérêt personnel. Car pour moi, évoquer les arbres, c'est évoquer, par exemple, les lieux que j'ai traversés, les personnes que j'ai rencontrées, dont les visages se sont parfois effacés avec le temps, d'elles — il me reste néanmoins le souvenir d'une présence. C'est aussi évoquer des actions, des aventures à échelle humaine — une pensée enfantine, adolescente puis adulte. C'est évoquer enfin, l'arbre en lui-même, son anatomie, sa "physionomie" changeante. 

Comment rendre compte de tout cela ? De ce mouvement dans les arbres et dans la mémoire ? De ce regard qui mêle, lie et relie plusieurs époques ?

Le temps — la réflexion, l'étude, la recherche — m'aura permis de m'autoriser à me perdre et à me retrouver, à travers diverses expérimentations, explorations et combinaisons. Afin d'aboutir non pas à une forme mais à DES formes compatibles entre elles. In The Black Trees représente un des essais réussis qui émergent de ce parcours d'expériences créatives et réflexives.

Formes, vous avez dit formes ? Et oui, le projet prit la "forme" d'un abécédaire, réalisé en 2015, pour valider mon parcours universitaire en Création littéraire contemporaine. Il faut s'imaginer un recueil regroupant des textes autobiographiques, autofictionnels ou complètement fictionnels. Et parce que selon l'expérience à partager ou le souvenir à exprimer, je choisis de recourir à l'écriture ou au dessin, des textes brefs et des images de diverses natures ont ainsi été produits : côté textes, des poèmes ou des récits en prose, des réflexions et des récits brefs, côté images, des photographies documentaires d'arbres prises dans des jardins, dans la rue, des dessins en noir et blanc et en couleurs — ce sont des vues personnelles d'arbres, une sorte d'inventaire imaginaire, ou des scènes bucoliques inspirées d'artistes ou d’œuvres picturales. 

(Je sors épuisée. Par mes efforts pour articuler une recherche en Création littéraire de niveau universitaire ayant pour objet notamment la réalisation d'un projet de livre inédit qui devra être abouti en deux ans, et le besoin quasi physique de mettre à plat un travail mémoriel agité, agitant dont l'étude de l'arbre se présente comme un catalyseur.)

Puis, d'autres tentatives ont suivi, comme des mini-livres faits à partir de photocopies de dessins sur papier machine et l'impression de textes réécrits pour l'occasion, produits dans un contexte d'atelier en Arts appliqués. De nouvelles maquettes de l'abécédaire ont été inventées, qui s'attaquaient plus spécifiquement à l'organisation initiale entre les récits de souvenirs, les textes en prose et les illustrations. Au cours de cette phase d'explorations, il s'est agi également de trouver des solutions concrètes en matière de fabrication de livres à la main — de reliure artisanale à faible coût.

Le projet créatif sur les arbres entra en sommeil pendant 5 ans avant de ressurgir sous la forme d'abord de paysages imaginaires dessinés sur grand format carré avec du papier carbone. Dans ce nouveau contexte, un parcours universitaire en Arts plastiques (articulé autour d'un mémoire de recherche-création en Art et Anthropologie sur l'Oeuvre de l'artiste italien Giuseppe Penone), je crois que tout m'était permis. Tout devait pouvoir se faire, être exploré ou ré-exploré à nouveau, pour sortir de l'impasse. 

Mon intérêt pour les arbres gagna de la force grâce à un contexte artistique et culturel général encourageant : les arbres sont montrés dans des expositions comme étant un véritable sujet de création et le lieu de questionnements tant plastiques, qu'éthiques ou scientifiques — écologiques, en somme. Je cite par exemple, deux manifestations : en 2019, à la Fondation Cartier pour l'Art contemporain, Nous les Arbres, et en 2022, au Palais des beaux-Arts de Lille, La forêt magique, Je prends à ce moment-là la mesure de l'importance que revêt non pas mon engouement personnel à cet endroit, mais plutôt l'importance d'aller au bout de mon intention, de mon envie, dussé-je avoir l'air de suivre la vague, la mode. J'ai envie de dire : "Oui... et alors ?"

Entre 2021 et aujourd'hui, le projet sur les arbres se présente par conséquent sous trois formes

— Une œuvre polyptyque composé de livres uniques et de cahiers d'artiste, faits main, valorisant autant les images que les textes variés — l'ensemble d'une recherche thématique et transversale archivée dans une grande boîte noire et qui a accompagné la soutenance de mon mémoire présentée sous les prénom et nom Ema Dufour en juin 2020 dernier ;

Une boîte à images de petit format faite à la main intitulée "Arboraissances": elle regroupe pour sa part, dans un objet fait dans du papier aquarelle 300g/ m2 des images uniques ; un texte créatif plongeant ses racines dans mon intérêt pour la Géographie des écosystèmes forestiers accompagne cette petite série de souvenirs en images carrées. Elle compose un ensemble de fragments de représentations d'arbres qui auront profité de mes expérimentations menées au sein de l'Atelier Édition de l'École nationale des Beaux-Arts de Paris en 2020. Je m'amuse ainsi à proposer aux lectrices.eurs de petites expériences tactiles et visuelles et j'espère, émotionnelles.

— et un livre carré d'une soixantaine de pages intitulé In The Black Trees, tout récemment mis en forme et s'appuyant sur l'expérience acquise dans la conception de livres en texte-images et en auto-édition, grâce à la collection Horlart. Le livre est un recueil qui puise volontiers dans plusieurs époques d'écritures et de créations graphiques. Il ne s'embarrasse plus d'ordre de présentation ; il donne à lire et à voir, assez simplement et successivement, des visages changeants d'arbres à l'image de mon rapport complexe avec mon environnement proche et à ma mémoire. J'assume la part d'invention qu'elle s'autorise, les textes de création se nourrissent librement à la source de mon réel. J'assume aussi plus fortement le fait de présenter des images réalisées avec plusieurs techniques ou outils : linogravure, papier carbone, stylo, feutre et feutre pinceau, lavis d'encre de Chine, plume... car elles s'articulent autour de la prégnance de la couleur noire. Et dans ce livre, grâce à des changements de points de vue et d'angles de vue, je m'attache à produire ce mouvement physique et émotionnel tant recherché. 

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Titre des images, dans l'ordre d'apparition :

Un arbre mort in In the Black Trees, Hors collection, 2022 

Fontainebleau, in In the Black Trees, Hors collection, 2022 

L'arbre figuré, Projet de Recherche-Création en Art et Anthropologie, 2020

Arboraissances, Livre d'artiste, 2021 

© ema dufour © ema dée 

mercredi 23 novembre 2022

Des animaux fantaisistes aux figures au noir de ma Pop culture : reprise et achèvement en 2022 de deux nouveaux titres

Des animaux fantaisistes aux figures au noir de ma Culture Pop, l'année 2022 m'aura inspiré la reprise.  

Reprise de deux projets commencés deux années auparavant, que j'ai heureusement terminés dans la perspective de SoBD 2022. Reprise de mes collections avec cependant l'envie d'aller plus loin en termes d'images illustratives et de maquettes finales : en effet, pour l'un des de mes deux récents projets est conservée l'idée initiale, le principe sur lequel repose le jeu entre les images et les textes, complémentarité, opposition ou décalage. Mais j'intensifie celle de fabriquer des images à partir d'un corpus préexistant, Le horlart 1,99.  Et de produire de petits ouvrages intermédiaires — inclassables ? pourquoi pas, plutôt, le cul entre deux chaises, comme je les aime.

Avec Un bestiaire sage, je fais un double clin d’œil, d'abord aux livres pour enfants, ensuite aux bréviaires de sagesse populaire. Ainsi le trait qui dessine, tout en rondeur et en simplicité, le contour des animaux. À cela s'ajoute un choix de couleurs volontiers fantaisistes, appliquées à la manière d'un coloriage — à plat.

Un remplissage de formes fermées par un trait au feutre noir épais, répondant cependant à la contrainte de créer des images vivantes et gaies avec une palette de couleurs réduite. Les textes dont la brièveté et le ton, décalé, humoristique, rappellent deux autres albums autoédités dans la même collection en 2020, Vert de Rouge et Du couple moderne, sont écrits comme on façonnerait des idiotismes, des expressions imagées pour réfléchir à la vie ici-bas et infléchir l'existence. En lire un peu plus sur ce projet-là, c'est ici.

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Avec Médaillons Pop, j'innove. De la maquette initiale, bien transformée, il restera néanmoins la présentation des portraits de stars dessinés au feutre pinceau dans des cercles — mes médaillons — ainsi que les textes poétiques, chantants, et parfois surréalistes. Tout comme sera conservée la forme irréductible de ce projet un peu particulier, car c'est une suite d'hommages. Oserais-je parler ici d'une sorte de panthéon singulier et personnel ? Au fil de mes expérimentations de mises en page, la couleur choisie au départ laissera peu à peu sa place aux contrastes de noir et de blanc, à la matière "noire".

C'est que je me suis permise ici de me livrer à des sortes de cadavres exquis au moment de l'écriture ainsi que dans le dessin d'illustration : puisant dans ma mémoire, soutenue par quelques recherches documentaires effectuées sur Internet, les portraits littéraires brefs mettent bout-à-bout titres d’œuvres, détails "intimes" et impressions personnelles que me laissent les multiples rencontres avec les stars et leur héritage artistique et culturel. Les dessins au feutre — fin, cette fois-ci — et au crayon Mars Lumograph Black une technique graphique tout juste découverte procède de la même "logique". En lire un peu plus sur ce projet-ci, c'est

© ema dée

lundi 10 octobre 2022

Une septième autoédition en cours : la collection "Horlart" s'agrandit...

Les mois filent, les contingences professionnelles interagissent avec les envies personnelles se heurtant elles-mêmes à des préoccupations intellectuelles concernant nos modes de vie actuels. Et longtemps — trop longtemps de mon point de vue, les projets d'illustrations, de dessins et de livres en textes-images s'interrompent, végètent, bloquent.

L'imminence d'un salon du Livre, d'un petit marché d'artisans, d'une exposition d'Arts visuels... me met à chaque fois le pied à l'étrier. C'est comme me passer une commande. Dans les plus brefs délais, je dois réfléchir, produire et concrétiser les envies, les projets. 

Dans la perspective de ma seconde participation au Salon SOBD, le salon parisien de la Bande Dessinée qui se tiendra les 2, 3 et 4 décembre prochains à la Halle des blancs Manteaux, dans le 4ème arrondissement, j'ai mis le pied à l'étrier. Enfin !

En cours d'achèvement, un nouveau projet d'album intitulé Un bestiaire Sage :


Pour lire un complément d'information sur ce septième album en autoédition, c'est ici.

©ema dée

vendredi 7 octobre 2022

Situation plastique n°5 : Un abécédaire en plein désordre

Parmi mes petites obsessions en matière de création, je veux dire, mes motifs ou sujet de prédilection et/ ou de recherche artistique (et littéraire), il y a l'abécédaire. Je crois d'ailleurs qu'avec le dessin de personnages et la mise en images de récits, l'abécédaire constitue chez moi un sujet à part entière — obsédant et véritablement passionnant !

Dans mon cheminement créatif et mes réalisations, il a pris et continue de prendre des formes variées. Avec le recul que permet l'écriture, je réalise que toutes ces formes représentent plus que des étapes vers MON grand abécédaire. Elles sont déjà une manière de questionner ce qui est à la fois un genre de livre, une manière ordonnée et normée de présenter l'information quelle qu'elle soit et un objet plastique. 

J'ai ainsi fabriqué de multiples objets, à la faveur de carnets de croquis — détournés ou d'une thématique qui s'est présentée, par exemple, pendant mes études et que j'ai pu développer en parallèle. Créés dans des délais très courts, ils sont des sortes d'avant-projets, des notes d'intention qui se matérialisent concrètement. Un jour, en pleine introspection, je crée, à partir de taches d'encre noire et de réseaux de lignes entrelacées dessinées au stylo violet, un abécédaire mélancolique ; un autre jour, je propose une présentation alphabétique mais désordonnée de l'Oeuvre de Kveta Pacovskà. (L'artiste tchèque réalise notamment des abécédaires qu'elle nomme ces petits "livres-architectures".) Là, dans un épais carnet reconverti en objet artistique et pédagogique, se mêlent au fil des pages, collages, écritures, dessins, découpages et jeux graphiques autour des lettres.

Aujourd'hui, je reviens sur une création plastique récente conçue à partir d'un sujet qui m'a été imposé au cours de mes études universitaires en Art plastiques : À l'envers. Le sujet était accompagné de plusieurs documents iconographiques dont une reproduction d'une œuvre picturale du peintre hollandais Jan Steen, intitulée Upside Down (Le Monde à l'envers) et datant de 1663 (ci-dessus). Ça a été une découverte. Déjà, la modernité du titre ! Ensuite, l'atmosphère délicieusement grivoise voire carrément provocatrice et irrévérencieuse de cette scène de genre, dans laquelle tout nous est livré de manière frontale. (Rappelons qu'à la même époque et dans le même pays, Johannes Vermeer peint de petites femmes d'intérieur potelées, seules, occupées et muettes, de profil ou tête humblement baissée, dans des scènes silencieuses et des espaces profonds aux portes entrouvertes.) 

Chez Steen, le monde n'est pas silencieux. Au contraire, diverses choses ont eu lieu et se déroulent encore autour de cette maitresse de maison au visage félin et au sourire diablement coquin. Et cette attitude plus qu'engageante ! Et la mise des uns et des autres ! Une joyeuse beuverie ? Un lendemain de fête ? La scène mêle généreusement confusion et ordre, morale religieuse et mœurs légères, exubérance et contrition.

Ma production reprend certains des éléments plastiques et iconographiques qui composent ce tableau. Plus particulièrement, je me suis intéressée aux corps, aux objets et aux animaux représentés ainsi qu'à la palette chromatique utilisée par l'artiste, allant du jaune d'or au brun terre de sienne en passant par le rouge grenat ou le blanc. Je n'ai cependant pas été insensible à la relation entre permission et interdit sociaux qui me semble aussi être en jeu dans ce tableau. Pour penser plastiquement "À l'envers", ,j'ai eu recours à un procédé consistant à déconstruire les images en fragments et à les reconstituer en partie, un peu à la manière d'une artiste surréaliste, par associations et glissements : objets et corps se décomposent ici et se recomposent ailleurs grâce à des rencontres fortuites. En utilisant du calque et un feutre pinceau, les membres des uns rejoignent les parties des autres. 

Mon idée ? Obtenir une galerie de figures imaginaires hybrides. Un parti-pris qui vient résonner avec un questionnement sur l'identité, sa nature et ses métamorphoses. Il s'est agi de me fabriquer une sorte de cabinet de curiosités. La toile de J. Steen offre en effet une multitude de rencontres possibles tant la toile abonde de représentations et présentations d'objets, d'animaux, d'êtres humains et d'une vie remuante — et dissolue !

Mais, à ce stade, le projet n'est pas pensé comme un abécédaire. Je suis surtout préoccupée par l'aspect final et sa mise en scène : les figures étranges et hilares, tracées en noir sur papier calque puis découpées, sont simplement collées sur des feuilles de papier carrées Montval. Cela compose cependant déjà un joyeux bazar de formes. Une de ces formes me fait penser soudain à une lettre : la petite obsession remonte à la surface...

Un Grand Désordre. Collages, papier calque, matériaux divers, fil de fer recuit 

et papier aquarelle Montval. Tous formats

Les lettres de ce nouvel abécédaire sont fabriquées dans différents matériaux. Je les ai choisis pour leurs caractéristiques plastiques chromatiques — en résonance, bien sûr, avec celles du tableau. Souvent, j'ai suivi la "voix" de ce matériau : j'ai trouvé des formes suggestives dans ses aspérités, sa texture, sa couleur. Avec un peu d'imagination, je vois un L qui s'est formé dans un petit bout de plâtre, un V apparaît alors que j'enlève un anneau de colle séchée sur le bord d'un pot en plastique, un T se dévoile dans les déchirures d'un bout de skaï... À d'autres moments, je ne peux fonctionner par interprétation, par projection, comme on verrait des formes dans un nuage ou une tache d'encre. Je décide donc que dans un matériau précis, je ferai une forme précise : dans des cheveux noués entourant du fil de fer, un S ; un D dans les franges d'un ruban de bolduc, ou un M dans des restes de peinture acrylique maculant un morceau de scotch. 

Et que dire de la composition ? Qu'elle obéit à des lois d'équilibre personnelles. Pour l'assemblage-montage final, je suis préoccupée par la redondance que je traque, par le mouvement que je souhaite clairement visible, et par le ton de la proposition plastique qui doit apparaître de cet ensemble tel un poème visuel. Le projet initial consistant à suspendre les carrés illustrés à la manière des installations d'Annette Messager ne prend pas, ouvre sur des difficultés. Je solutionne le problème en assumant franchement l'abécédaire en désordre qui sourd de ce projet de galerie. Toutes les lettres-images seront réunies entres elles par des fils de fer. Et je me fabrique une œuvre ludique et singulière : certaines lettres manquent, d'autres sont répétées et je joue avec la tension entre le plein et le vide.

©ema dée

mercredi 7 septembre 2022

En route pour un premier bestiaire en autoédition : nouveau sujet nouvelle méthode de création ?

Les vacances ont du bon. Après moultes péripéties professionnelles, je reprends le chemin de la création avec un premier projet de bestiaire qui viendra enrichir Horlart, un ensemble de livres en autoédition en cours depuis 2018. 

Pour respecter la "ligne éditoriale" de la collection, ce livre en images-textes sera de format carré de 15 cm x 15 cm, imprimé en couleurs ; il aura cependant une identité propre. En effet, tout l'intérêt de cette publication en impression à la demande est de me permettre de mettre en avant un goût certain pour l'exploration permanente et la recherche à contraintes, tant dans le traitement graphique des images que dans le choix du style d'écriture de référence.

Une autre caractéristique de Horlart est qu'elle prend appui sur un premier travail créatif en work in progress qui m'a permis, durant mes études en Écriture créative, en Art contemporain et en Arts appliqués, de produire un peu tous les jours, avec des outils graphiques divers. 

Un bestiaire sage — c'est le titre de ce 8ème album ne déroge pas à une règle qui a prouvé sa valeur à l'intérieur de ma démarche d'autrice-illustratrice. Il débute par la reprise des dessins d'animaux faits au feutre de couleur, sur papier blanc de petit format carré. Au cours de cette étape incontournable du projet, de nouvelles images sont créées, débarrassées de certains détails de l'image d'origine ; parfois, il s'agira de complètement l'actualiser. Je décide lesquelles de ces images figureront dans le projet final en cours de route, selon que la reprise est réussie ou peu satisfaisante.

Qui dit nouveau projet dit nouvelle méthode de travail ? En effet. Pour moi, cela signifie à la fois remise en question et dans le même mouvement solidification d'une position choisie depuis mon tout premier livre autoédité dans la collection, La femme polymorphique. Autrement dit, c'est rechercher une forme d'expression nouvelle ou la variante d'un parti-pris déjà expérimenté, à l'intérieur toutefois d'un cadre établi et assuré — invariant, donc. Les moments de panique forcément rencontrés  — et j'en ai rencontrés ! — sont tout à la fois source de doute et de création.   

Des images d'origine, je conserve ce qui me semble bien se tenir, même avec la distance du temps qui permet la prise de recul et donne au regard, je l'espère, une forme d'expérience et d'acuité juste ; je reprends et précise les propositions graphiques faibles. Je crée aussi des dessins d'animaux inexistants dans le travail d'origine parce que le projet qui se développe me semble le commander, alors. 

L'option "tout en couleurs" au feutre d'hier est abandonnée au profit d'une palette chromatique resserrée : sept couleurs numériques sont retenues. Cette réduction accentue positivement tout en l'organisant l'interprétation fantaisiste des animaux composant le bestiaire de départ. 

Que dire des textes ? Ils prennent appui sur les phrases verbales accompagnant les premiers portraits d'animaux. Ils se déploient, se modulent, résonnent avec les images qui se montent autour d'une nouvelle envie : composer des décors ! Des images qui se montent, oui, car les scènes animales successives naissent de la manipulation et du collage d'éléments entre eux, dessinés à part, les uns à la suite des autres. Le montage — numérique — répond au montage réalisé en papier.

Modèles * hommes, 3ème livre autoédité, propose des portraits masculins imaginaires tragi-comiques, mon 5ème album On veut de l'amour propose quant à lui des historiettes amoureuses en prose. Ce projet-ci, pour sa part, articule images et mots autour de l'idée d'une sagesse populaire revisitée. Ainsi, le livre égrène des formules proches et changeantes : sentence, conseil, message, ruse, sagesse, solution, morale, loi, confidence, promesse, devise, sermon, etc...

Ce 8ème projet d'album, à destination des lecteurs·trices de 0 à 77 ans voire 99 ans, ouvre sur un champ des possibles en matière de pistes de créations à venir : le collage, l'animation... le diorama !  

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Pour m'aider à trouver à quelles formes je ne voulais pas que mon bestiaire ressemble et me renseigner sur le traitement de ce thème dans l'Art, j'ai lu, consulté, feuilleté — dénichés dans ma médiathèque municipale, les ouvrages suivants :

Bestiaire indien, éd. Actes Sud Junior 2007  ;

Été, calendrier poétique japonais, textes d'Alain Kerven et illustrations d'Ana Chechile, éd. Grandir, 1982

Petit bestiaire, textes de Guillaume Apollinaire et illustrations de Béatrice Alemagna, éd. Gallimard Jeunesse, 2000

Popov et Samothrase, le bestiaire de Janik Coat, éd. Mémo 2005

Les désirs des animaux, poèmes de Chiara Carminati et illustrations de Pia Valentinis, éd. Grandir, 2009

Bestiaire, l'Animal dans l'Art, de Hubert Comte, éd. La Renaissance du Livre, 2001

© ema dée

jeudi 26 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 1 : ARBORAISSANCES

Je présente aujourd’hui une exploration en texte-image sous une nouvelle forme. Elle tire parti d'un de mes supports de prédilection, le papier, elle a recours à l’image imprimée et consiste en la fabrication d’objets à collectionner. Cette nouvelle forme vient répondre après-coup à un questionnement déjà soulevé par une de mes autoéditions et qui est la suivante : "Comment offrir des lectures individuelles privées, qui puissent ouvrir en même temps sur des possibilités de développements de lectures et d’échanges collectifs, à partir d’une même proposition concrète ?"

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 Exploration n° 1 : ARBORAISSANCES, un arbre, des arbres

Il s'agit d'exposer une variation personnelle sur la thématique de l'arbre, à partir de fragments d'expériences antérieures (graphiques, physiques et émotionnelles). Ils mettent en valeur des modes d'impression différents, et ce, sur des supports tels que le papier calque épais, le papier kraft brun non ligné, le papier dessin C à grain fin ou le papier aquarelle grenu. Ont donc été utilisés le laser, le traceur (ou impression grand format en jet d'encre) et la risographie (procédé actualisant l'usage du duplicopieur à des fins exploratoires et artistiques).


À chacun·e, en regardant les images, en les touchant selon son envie et/ ou en lisant le texte qui leur est associé, d'explorer, d'interroger, d'imaginer sa propre relation à l'arbre, la nature, l'environnement : est-elle poétique, humoristique, viscérale, distante, nostalgique, utilitaire, ludique... ou tout à la fois ?

 ©ema dée

mercredi 25 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 2 : ALORS, ON DANSE ?

Ces premiers imagiers en boîte prennent vie à la faveur d’un choix d’images autour de thèmes centraux ou transversaux récurrents. Successivement, l’Arbre (pluriel), (le corps de) la Danse, les Choses (chères) et l’Animal (ici, les poissons). Les boîtes sont créées selon un modèle simple et sobre, garantissant à son contenu un accès le plus direct et permettant quelques fantaisies le visuel de « couverture » s'adapte à chacun des thèmes.

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Exploration n°2 : ALORS, ON DANSE ?   

Procédant par métonymies et/ ou jeux d'associations, c'est ici un ensemble d'images qui s'amuse à évoquer le corps de la danse : par la pratique (seule ou en groupe), par son genre (sportive ou favorisant plus la grâce), par ce qui la caractérise, comme sa rigueur ou au contraire, le grain de folie qu'elle requiert ou favorise. Et, un texte à vif, livré comme une confidence, qui plonge ses racines dans un souvenir d'enfance dont le contenu résonne encore dans le présent, ravivant le goût doux-amer de/ pour la danse.

Peut-être ai-je été influencée par le fait d'avoir vu récemment des longs métrages sur ce sujet. Par exemple : En Corps de Cédric Klapisch (2022) traitant de réparation et proposant un regard croisé "Danse contemporaine versus Danse classique", ou Allons enfants, un documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai (2022), tourné dans un lycée parisien qui s'est lancé un défi : celui de mettre en œuvre une spécialité Danse Hip-Hop en  y intégrant des élèves issus·es d'établissements scolaires difficiles ou non "favorisés".

Ou s'agit-il simplement de partager avec chacun·e l'amour du mouvement en rythmes et gestes harmonieux et/ou désorganisés ? Le besoin d'expression qui passe par le corps ?... Alors, on danse ?

©ema dée

mardi 24 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 3 : BIEN DES CHOSES

L’idée est de proposer des sortes de surprises au format de poche, dont le contenu et l' invitation à s'exploiter varierait selon le thème traité. Car, chaque imagier répond à une manière d’explorer le sujet que sont le corps, le souvenir ou la biodiversité. Celui-ci est chaque fois vu sous trois angles : celui du récit - un texte bref et personnel, celui de l’image qui se déploie en une série de 12 à 15 vues, et celui du lien qui se tisse entre l’image ou les images ensemble et le texte bref, selon des modalités non formulées directement. 

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Exploration n°3 : BIEN DES CHOSES

Les objets, les êtres, les actions, sont des choses qui vivent en moi et chez moi une existence et un destin singuliers, hors normes... c'est ainsi que je propose d'entrer dans cette collection d'images-ci issues de la reproduction de dessins appartenant à des époques distinctes, tous imprimées sur un papier très blanc et dans des nuances bleutées.

 
Le choix de l'impression est une question qui fait partie intégrante de ma réflexion. J'apprendrai tout au long de ce projet d'imagiers en boîte à jouer, par exemple, avec les hasards de la reproduction sur papier photo brillant ou à composer avec des différences de colorimétrie. Ce fut particulièrement le cas pour Bien des choses.
 
 
Les nuances bleutées rappelant la couleur du stylo Bic ou des encres utilisées pour écrire au stylo à plume répondent parfaitement à la tonalité de cet imagier : une forme de nostalgie qui sourd à travers le trait dessiné et les mots écrits, composés et réunis autour d'un sentiment ambivalent de perte et de ravissement.

 
Comme une manière de s'autoriser, seul·e ou à plusieurs, à faire l'inventaire des choses précieuses. Ces choses à la fois proches et lointaines. Courantes et rares...

©ema dée

lundi 23 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 4 : AQUARIUS

Ainsi, les séries d’images des imagiers en boite sont  imprimées en noir et blanc ou en couleurs, si possible, sur différents supports pour proposer une expérience visuelle comme esthétique, à chaque fois renouvelée. Des images, c’est-à-dire, on l'aura compris, la reproduction en petit format carré de dessins originaux + un récit bref, relevant souvent de l’autofiction = une invitation littéraire, graphique, plastique et ludique = une expérience de lectures sensibles.

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Exploration n°4 : AQUARIUS 

L'objet de l'imagier créé n'est pas déterminé à l'avance, certes, néanmoins, les choix thématiques, les orientations esthétiques et parti-pris littéraires travaillent des questions qui touchent à ma démarche de création plus globalement et guident en quelque sorte l'intention. Je m'intéresse notamment à ce qui a trait à la Nature, à l'Environnement.  Bien sûr pour des raisons écologiques évidentes. Je qualifie d'"écologique", ma préoccupation pour la manière dont je vis avec et dans mon environnement, en particulier domestique, urbain, professionnel -  en définitive, culturel. Une autre raison explique que je me passionne pour la représentation graphique des animaux, ici les poissons. J'y vois une forme d'expression de l'identité, sa richesse et sa variabilité selon l'angle où l'on se place ou celui qu'on choisit de valoriser. En accord ou en désaccord.


 
Ce faisant, Aquarius, c'est d'abord, s'amuser avec les formes naturellement diverses et diversifiées" qu'offre et produit la Nature que je me suis plu à représenter en utilisant plusieurs outils : pinceau, plume, encre aquarelle, carte à gratter, marqueur, stylo à bille... C'est ensuite se lancer le défi de chercher à en proposer des formes "naturellement composites". Et, pourquoi pas ?, explorer sa propre relation aux formes plurielles en s'adonnant à une lecture tactile de ce méli-mélo

©ema dée

mercredi 27 avril 2022

Situation plastique 4 : Composer un portrait à partir d'images publicitaires

Plus besoin de préciser comme j'ai pris l'habitude de dessiner des figures féminines. Souvent imaginaires, les physionomies présentées empruntent néanmoins à la vie quotidienne. Cette vie quotidienne qui me permet en particulier de faire des rencontres, véritable vivier d'images jamais à sec. Sous bien des formes : formes muséales, je m'imprègne des modèles choisies par les peintres, les sculptrices et les sculpteurs, les artistes photographes ; plus rarement, formes cinématographiques, je saisis alors à grands traits, dans mon carnet d'esquisses et mue par une envie soudaine, les contours, le contre-jour, le clair-obscur, devenant parfois familiers de quelques héroïnes de dramédies ; plus souvent, formes stéréotypées prélevées dans des magazines. À la manière d'une Marlène Dumas d'une certaine époque, je recycle les corps, les visages, je transforme, je combine ou j'extraie, je digère.

Retour donc à l'atelier baptisé "Situation plastique" dans lequel j'ai déjà réalisé trois productions inédites associant, dessin, peinture et collage (s) : un paysage arboricole grand format ainsi que deux groupes de personnages féminins symboliques, sur papier et/ ou carton. (C'est là une forme d'hygiène : je fais ici un pas de côté ; cet atelier est tel un chemin de traverse qui me permet de prendre du recul vis-à-vis de ma production plus "courante".) Cette fois-ci, l'exercice, tout en articulant la même problématique, celle que pose la ressemblance et l'écart, part de plusieurs images en couleurs préexistantes. Je les conserve depuis des années dans un classeur muni d'intercalaires thématiques : ainsi, "Mises en scène", "Accessoires - Mode", "Déco Intérieure - Extérieure", "Portraits", "Motifs" ou encore, "Enfance(s), "Freaks - Fantaisistes" et "Visages du Monde". Ce sont là des archives personnelles fabriquées et entretenues sur le conseil lointain d'une autrice - illustratrice, toujours d'actualité (le conseil comme l'autrice !) Elles viennent répondre à un besoin de m'appuyer sur une image immédiatement disponible et qui en quelque sorte m'appartient. Quand le besoin n'est pas satisfait, je vais chercher plus loin ; elles représentent, par conséquent, mon premier niveau de références "non artistiques".

La consigne de l'exercice ? Produire une réalisation qui mette en œuvre une tension. Plus simplement : si je m'intéresse, comme l'artiste peintre français Eugène Leroy  à la figure et à la matière picturale chargée, voire très chargée, peut-être qu'il s'agit pour moi de faire dialoguer le couple disparition - émergence de la figure ou la dialectique effacement - surgissement du sujet ? Nulle recherche, pour l'instant,  d'une telle tension chez moi, bien qu'elle soit très intéressante à réfléchir maintenant que j'y songe. Non, chez moi, il est davantage question d'explorer mille et une façons ou presque de produire un écart signifiant vis-à-vis d'un référent, mille et une façons de créer une image qui vienne y puiser  et s'y ressourcer, sans la copier. (Et sur les ruines des images modèles malmenées par le regard, hisser son propre style, assumer et imposer de facto son propos.) 

J'extraie de mes archives papier des photographies qui ont composé, dans la presse de l'Underwear branché, une des premières campagnes publicitaires de la marque de vêtements japonaise Uniqlo©. Il s'agit d'une pub pour une gamme de leurs T-shirts très pop culture, dans laquelle une vingtaine de jeunes gens, hommes et femmes, posent "naturellement" devant l'objectif sur fond blanc. À l'issue de rapides études au cours desquelles je redessine quelques visages masculins et féminins, j'en choisirai finalement trois, qui me semblent pouvoir composer, à l'issue de tâtonnements dont je ne peux faire l'économie, un ensemble harmonieux.

Première transformation : trois photos de femmes distinctes, seules dans leur espace de présentation, formera un portrait composé de trois figures. Le support est important : j'utilise un carton gris fin qui ne gondole pas au contact de la peinture acrylique. Je décide de travailler à l'aide d'une seule largeur de pinceau, une brosse plate. (Peut-être ai-je été un peu influencée par ma redécouverte des portraits de femmes peints par l'artiste impressionniste Berthe Morisot, j'explore par endroits le non peint/ non fini). Seconde transformation : la traduction d'un sujet dans un autre médium avec des caractéristiques précises. À moi de les respecter ou au contraire, de leur imposer ma "volonté". Troisième transformation : le sujet advient à partir de la combinaison d'un choix pour une composition centrée, frontale, et d'un travail particulier, plus ou moins collaboratif,  avec un médium ; ils participent tous deux de l'écart d'avec l'image-modèle. 

Une première version advient. Je remarque la ressemblance qui s'est tissée entre les trois figures ; elle n'était pas préméditée. Cela tient, sans doute, à ma manière de peindre le fond et les figures  l'exécution est en effet assez homogène. C'est qu'il s'agissait avant tout de construire une composition équilibrée à partir de sujets photographiques pris sous des angles différents. Il a été aussi question de les organiser à des fins artistiques. L'idée poursuivie ? Que l'image définitive, fruit d'un savoir-faire et d'un parti-pris technique, devienne une image à part entière, c'est-à-dire porteuse de sens. À l'intention du spectateur. Du coup, je reprends mon intention de départ, à son point d'origine, en portant une attention plus grande à la façon dont je manipule la matière picturale. Je travaille cette fois-ci sur un format plus petit. Ceci, pour éviter que la création se confonde avec une recherche visant à remplir vaille que vaille le support et s'oriente plutôt vers une action dynamique visant à montrer un regard singulier porté sur ce trio de jeunes femmes de caractère.

Cette seconde version valorise manifestement le personnage central ; ce qui était moins le cas, il me semble, dans ma production précédente. Une valorisation qui confine à une sorte de hiérarchisation voire à un décalage dans le temps, là, où, auparavant, les trois femmes semblaient représentées dans une temporalités et un lieu uniques. Pour ma seconde réalisation, l'application de la peinture se fait plus vive, rapide, plus visible dans ses mouvements, le geste n'hésite pas à s'interrompre. Enfin, je tente d'autres approches "stylistiques" dans le but de renforcer la singularité de chacun de mes trois modèles. Différenciation importante qui avait été gommée. Elle s'appuie, me semble-t-il, sur des combinaisons gestes - médiums : par exemple, le détail, le vide et le stylo feutre (gauche), le  mouvement, le grattage et un mélange de peinture et de colle PVA (à droite), la réserve, l'inachèvement et les techniques mixtes (milieu).

Avec le recul, ces deux travaux datent de la fin de l'année dernière, je serai moins sévère dans mes jugements. Il s'agit au final de deux productions différentes qui ne montrent  ni ne s'intéressent à la même chose. De la première ressort une sorte d'uniformisation qui est due à au choix de médium et de la touche, mais pas seulement. La publicité de mode aurait tendance à offrir un inventaire  de formes formatées, à l'image du produit, de la cible, en lien avec un contexte social et culturel et à l'écoute des mœurs à la source des modes. Aussi, prendre trois figures photographiées dans une intention commerciale et gommer, par une uniformisation du geste peint, les différences volontairement mises en exergue (origines, attitudes) dans un esprit faussement "naturel" permet de requestionner les bases du langage de ces images auxquelles n'importe qui peut se référer et est sensé s'identifier (ou au contraire, se dégager, dans un processus social d'identification). La seconde réalisation, pour sa part, insiste davantage sur la construction d'un espace de représentation plastique qui cherche de manière assumée à faire oublier le modèle de départ. D'elle se dégage un sens qui n'était pas contenu de manière évidente dans les images d'origine comme posant un problème et qui s'affirme, par les choix de composition et de facture, comme une réponse à une question à la fois plastique et artistique. Enfin, plus je regarde cette réalisation plus elle me susurre une histoire qui demande à être prononcée. On verra.

©ema dée

lundi 11 avril 2022

Le nez, la main, les yeux dans une sélection de mes "livres uniques"

Profitant d'un rangement de printemps, je remets le nez, la main, les yeux, dans des projets livresques personnels, dont certains ont été laissés en suspens, faute d'idées de développement sur le moment, en particulier en matière de façonnage et de reliure. Dans l'intervalle — les premiers livres datent de 2008 —, j'ai cherché à me former justement sur ces questions qui me passionnent. Auprès de professionnels·elles, dans des lieux dédiés, j'ai réussi à glaner et dénicher de-ci de-là quelques petites combines et ouvrages de soutien qui ont pour ainsi dire donner de la souplesse, de l'agilité — de la créativité  ! — à mon esprit comme à mes mains. L'article propose un retour sur un choix de réalisations personnelles. (Pensez, d'ailleurs,  à faire glisser la souris sur chaque image et/ ou à cliquer dessus.)

Par exemple, je participe à des ateliers sur le Livre : notamment, conduit dans l'ex-librairie-galerie Les Trois Ourses dans le 3ème arrondissement à Paris, par l'artiste Gianpaolo Pagni, comment faire un livre avec des journaux et du scotch. Tout simplement. Lui-même s'est lancé dans l'édition en partant de son obsession pour les tampons et les séries sur papier.... 
Ou, je découvre des événements — le salon nomade Multiple Art Days, le Festival les FMR à la Halle Saint-Pierre — , ou alors des procédés de reproduction d'images tels que la risographie au sein de l'Atelier Édition de l'ENSBA de Paris ou de reliure (Service de la Conservation de la bibliothèque de l'Institut national d'Histoire de l'Art)... 
Je fais l'acquisition de livres spécialisés : ainsi de Les livres de Bruno Munari de Giorgio Maffei (Les trois Ourses, 2009), Coxcodex de l'artiste designer et concepteur de livres illustrés Paul Cox (éd. du Seuil, 2002), de l'ouvrage Esthétique du livre d'artiste : une introduction à l'Art contemporain années 1960/80 d'A. Moeglin-Delcroix (Le mot et le reste/ BnF, 2011), une bible ! 
Ou encore, je redécouvre grâce à Twitter et Instagram les livres d'une foisonnante créativité des éditions Esperluète, La Joie de Lire, Mémo, Frémok ou d'auteurs·trices, tels que Kvetà Pacovska, Eric Carle, Loren Cappelli... Enfin, je consulte à loisir un très petit catalogue d'exposition consacré aux livres d'artistes mexicains intitulé Les autres livres : livres d'artiste (éd. Conseil national pour la Culture et les Arts, Mexico). Il m'a été offert en 2009 au Salon du Livre Paris et siège dans ma bibliothèque depuis. Ce ne sont là que quelques pages, mais quelle richesse !

(Déterminer si et à quel point ces livres m'ont influencée, se retrouvent dans la conception ou la facture ou encore le contenu de mes livres, je ne saurais le dire. Suis-je la meilleure juge de mon travail et de son interprétation ?  En tout cas, ce qui est certain, c'est que voir des créations livresques et diverses formes d'un art que l'on peut qualifier "d'éditorial" me stimule d'une manière ou d'une autre. Disons qu'ils constituent un fond de références qui s'enrichit continuellement parce qu'il vient nourrir ma production ; elle est réflexive et nécessite donc de nouvelles références ou de réinterroger celles que je possède déjà.) 

Les réalisations dont il est question sont en fait des livres dits "uniques"*: le plus souvent, ils n'existent qu'en un seul exemplaire, car ils sont la forme concrète d'une intuition dans un parcours un cheminement de pensée ou d'un besoin d'articuler ensemble différents paramètres, contraintes, matériaux. Par exemple, pour créer ces livres, j'investis des carnets de Moleskine, je manipule des chutes de papier de formats similaires, c'est-à-dire que je les creuse, les coupe, les couds, les relie, les colle, ou les agrafe entre elles... Et ceci, en associant une réflexion sur le temps de lecture et l'espace de la page (influencée par une certaine conception de l'acte de lire comme la développe l'autrice-illustratrice Anne Herbauts) à une recherche-création sur les mots et la forme finale de l'objet à lire. 

*J'emprunte la terminologie à la galerie d'Art contemporain La Topographie de l'Art qui propose, en autre et depuis 2015, un évènement artistique régulier, Livres uniks.

Le papier est mon matériau privilégié ; j'aime le diversifier, en fonction de mes chutes, du hasard qui me fait chiner dans des fins de séries chez des soldeurs, et bien sûr, en fonction de mes intentions (recherche de transparence, de souplesse, de douceur ou au contraire, de rugosité). Les papiers sont choisis pour leur qualité, leur couleur, leur texture, leur épaisseur naturelle et leur manière de réagir à des traitements comme le marouflage ou la découpe au cutter (ou au scalpel).

En ce moment, j'avoue que j'utilise beaucoup de papier calque surtout celui de 150g, car il  est aussi résistant qu'il est opaque ! J'utilise aussi du papier recyclé brun, non par goût, mais parce que je viens d'en récupérer fortuitement une grosse quantité, dont je cherche à tirer le meilleur profit. Enfin, du papier Japon qui une fois enduit de colle, durcit et peut être travaillé, il forme alors des bourrelets et des plis très inspirants... Concernant le façonnage et la reliure, tout dépend de l'épaisseur du projet : un carnet de Moleskine verra seulement sa couverture découpée, alors que des morceaux de feuilles de papier rassemblés à la main en cahiers seront réunies définitivement à l'aide d'une reliure cousue avec du fil ou en dos carré-collé "maison". Les volets indépendants offrent, pour leur part, diverses possibilités de présentation, étui de papier fort, corde de liaison, contrecollage de renforcement.. 
 
Les contenus affectent l'intégrité des pages ; il arrive que celles-ci soient découpées pour les besoins de l'expression, le sujet. Les contenus peuvent aussi se déployer selon le type de support : ainsi, des carrés de couleur dans un livre de format carré. Dans ces livres uniques, j'aime dire que sont valorisés trois types de contenus dont les limites s'avèrent poreuses : les collections (inventaire, catalogue, abécédaire, typologie), les variations thématiques (portraits, taches, couleurs) et les écrits de l'intime (souvenirs donnés à lire souvent sous forme de listes). 

Les collections se créent opportunément ou volontairement : je décide dès le début de produire sur carte d'art un papier épais et très blanc —, un numéraire consistant en la représentation d'une suite de cailloux en style naïf, à l'aide d'encres aquarelle posées au pinceau. Mais, c'est au fil de la création que je rassemble dans des feuilles de papier Da Vinci des couleurs aqueuses et y vois l'occasion d'y associer des mots personnels. La dimension des écrits, l'intime, bien qu'elle investisse certains livres plus que d'autres, reste la colonne vertébrale de ma production allant de 2008 (Couleurs) à 2022 (Se souvenir des arbres). 
 

Cette production-ci est marquée du sceau d'un certain paradoxe. Je m'explique : le souhait de développer certains livres en quantité me pousse à recourir parfois à des reliures semi-industrielles (#04700 in Se souvenir des arbres) ou à de la reprographie pour faire des tests. Néanmoins, le goût prononcé pour des supports variés dans un même objet explique que le prix de revient des livres s'ils devaient être imprimés et reliés en nombre serait élevé. Au final, d'une manière assez logique, ces projets-là sont voués à rester des exemplaires uniques. 

D'une manière délibérée, cette réalité fait le lit d'une création artistique et livresque destinée à se déployer exclusivement dans des objets uniques. Et puisque je sais que je ne désire pas en faire plus d'un, chaque livre constitue une seule et véritable expérience de création personnelle (graphique, plastique et/ou littéraire).

Une inquiétude émaille toutefois cet élan de créativité décomplexée : comment proposer ces œuvres à lire à un public ? Et dans la perspective de partager ce travail de recherche-création, dans quelle mesure ces objets sont-ils adaptés, adaptables tout bonnement, "partageables" ? La réception des œuvres livresques est dans mon parcours un vrai questionnement. D'abord, parce que leur facture est souvent le résultat de gestes pas toujours prémédités qui se soucient plus de la cohérence plastique que du futur partage de regards. Ensuite, parce que très concrètement, ils n'ont pas été pensés en amont pour être utilisés comme des livres de bibliothèque.

Peut-être qu'à l'instar de l'autrice-illustratrice de livres pour enfants Kitty Crowther, je bâtis mes livres pour un·e seul·e lecteur·trice à la fois l'intimité du geste créatif commandant en quelque sorte l'intimité de la réception ? Cela étant précisé, et outre la leçon tirée de l'expérience de monstration d'un autre pan de ma production livresque (Salon SoBD 2021), il me semble qu'il devient de plus en plus incontournable d'intégrer dans ma démarche, la possibilité pour un public amateur ou novice d'avoir accès, d'une manière ou d'une autre, aux contenus de mes "autres" livres... Devrais-je songer à la vidéo ? Aux montages photos ?

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RÉITÉRATIONS : rappels des titres et principes des livres présentés dans cet article (dans leur ordre d'apparition)  :

Moi ?, 2016 : un livre-portrait réalisé en découpes au scalpel et au cutter, rehaussé d'un collage en papier Japon rouge.

Vagues à l'âme, j'ai tant pleuré enfant, 2016 : un carnet mêlant sur papier satiné des taches de couleurs à l'encre aquarelle et des bribes de pensées écrites au feutre.

Le compte des pierres et Balade, 2016 - 2022 : feutre, plume, aquarelle et crayon dans un diptyque créé à la faveur de promenades.

Couleurs, 2008-2022 : présentation de carrés de couleurs à l'encre aquarelle et leurs petits mots dactylographiés et collés.

#004700 et Petites pensées arboricoles, 2014-2022 : deux exemples de travaux sur le thème "Se souvenir des arbres"  menés en work in progress.

Une première version de ces livres-ci et d'autres livres uniques sont visibles sur la page "OBJETS LIVRES"

 ©ema dée