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mercredi 7 septembre 2022

En route pour un premier bestiaire en autoédition : nouveau sujet nouvelle méthode de création ?

Les vacances ont du bon. Après moultes péripéties professionnelles, je reprends le chemin de la création avec un premier projet de bestiaire qui viendra enrichir Horlart, un ensemble de livres en autoédition en cours depuis 2018. 

Pour respecter la "ligne éditoriale" de la collection, ce livre en images-textes sera de format carré de 15 cm x 15 cm, imprimé en couleurs ; il aura cependant une identité propre. En effet, tout l'intérêt de cette publication en impression à la demande est de me permettre de mettre en avant un goût certain pour l'exploration permanente et la recherche à contraintes, tant dans le traitement graphique des images que dans le choix du style d'écriture de référence.

Une autre caractéristique de Horlart est qu'elle prend appui sur un premier travail créatif en work in progress qui m'a permis, durant mes études en Écriture créative, en Art contemporain et en Arts appliqués, de produire un peu tous les jours, avec des outils graphiques divers. 

Un bestiaire sage — c'est le titre de ce 8ème album ne déroge pas à une règle qui a prouvé sa valeur à l'intérieur de ma démarche d'autrice-illustratrice. Il débute par la reprise des dessins d'animaux faits au feutre de couleur, sur papier blanc de petit format carré. Au cours de cette étape incontournable du projet, de nouvelles images sont créées, débarrassées de certains détails de l'image d'origine ; parfois, il s'agira de complètement l'actualiser. Je décide lesquelles de ces images figureront dans le projet final en cours de route, selon que la reprise est réussie ou peu satisfaisante.

Qui dit nouveau projet dit nouvelle méthode de travail ? En effet. Pour moi, cela signifie à la fois remise en question et dans le même mouvement solidification d'une position choisie depuis mon tout premier livre autoédité dans la collection, La femme polymorphique. Autrement dit, c'est rechercher une forme d'expression nouvelle ou la variante d'un parti-pris déjà expérimenté, à l'intérieur toutefois d'un cadre établi et assuré — invariant, donc. Les moments de panique forcément rencontrés  — et j'en ai rencontrés ! — sont tout à la fois source de doute et de création.   

Des images d'origine, je conserve ce qui me semble bien se tenir, même avec la distance du temps qui permet la prise de recul et donne au regard, je l'espère, une forme d'expérience et d'acuité juste ; je reprends et précise les propositions graphiques faibles. Je crée aussi des dessins d'animaux inexistants dans le travail d'origine parce que le projet qui se développe me semble le commander, alors. 

L'option "tout en couleurs" au feutre d'hier est abandonnée au profit d'une palette chromatique resserrée : sept couleurs numériques sont retenues. Cette réduction accentue positivement tout en l'organisant l'interprétation fantaisiste des animaux composant le bestiaire de départ. 

Que dire des textes ? Ils prennent appui sur les phrases verbales accompagnant les premiers portraits d'animaux. Ils se déploient, se modulent, résonnent avec les images qui se montent autour d'une nouvelle envie : composer des décors ! Des images qui se montent, oui, car les scènes animales successives naissent de la manipulation et du collage d'éléments entre eux, dessinés à part, les uns à la suite des autres. Le montage — numérique — répond au montage réalisé en papier.

Modèles * hommes, 3ème livre autoédité, propose des portraits masculins imaginaires tragi-comiques, mon 5ème album On veut de l'amour propose quant à lui des historiettes amoureuses en prose. Ce projet-ci, pour sa part, articule images et mots autour de l'idée d'une sagesse populaire revisitée. Ainsi, le livre égrène des formules proches et changeantes : sentence, conseil, message, ruse, sagesse, solution, morale, loi, confidence, promesse, devise, sermon, etc...

Ce 8ème projet d'album, à destination des lecteurs·trices de 0 à 77 ans voire 99 ans, ouvre sur un champ des possibles en matière de pistes de créations à venir : le collage, l'animation... le diorama !  

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Pour m'aider à trouver à quelles formes je ne voulais pas que mon bestiaire ressemble et me renseigner sur le traitement de ce thème dans l'Art, j'ai lu, consulté, feuilleté — dénichés dans ma médiathèque municipale, les ouvrages suivants :

Bestiaire indien, éd. Actes Sud Junior 2007  ;

Été, calendrier poétique japonais, textes d'Alain Kerven et illustrations d'Ana Chechile, éd. Grandir, 1982

Petit bestiaire, textes de Guillaume Apollinaire et illustrations de Béatrice Alemagna, éd. Gallimard Jeunesse, 2000

Popov et Samothrase, le bestiaire de Janik Coat, éd. Mémo 2005

Les désirs des animaux, poèmes de Chiara Carminati et illustrations de Pia Valentinis, éd. Grandir, 2009

Bestiaire, l'Animal dans l'Art, de Hubert Comte, éd. La Renaissance du Livre, 2001

© ema dée

jeudi 26 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 1 : ARBORAISSANCES

Je présente aujourd’hui une exploration en texte-image sous une nouvelle forme. Elle tire parti d'un de mes supports de prédilection, le papier, elle a recours à l’image imprimée et consiste en la fabrication d’objets à collectionner. Cette nouvelle forme vient répondre après-coup à un questionnement déjà soulevé par une de mes autoéditions et qui est la suivante : "Comment offrir des lectures individuelles privées, qui puissent ouvrir en même temps sur des possibilités de développements de lectures et d’échanges collectifs, à partir d’une même proposition concrète ?"

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 Exploration n° 1 : ARBORAISSANCES, un arbre, des arbres

Il s'agit d'exposer une variation personnelle sur la thématique de l'arbre, à partir de fragments d'expériences antérieures (graphiques, physiques et émotionnelles). Ils mettent en valeur des modes d'impression différents, et ce, sur des supports tels que le papier calque épais, le papier kraft brun non ligné, le papier dessin C à grain fin ou le papier aquarelle grenu. Ont donc été utilisés le laser, le traceur (ou impression grand format en jet d'encre) et la risographie (procédé actualisant l'usage du duplicopieur à des fins exploratoires et artistiques).


À chacun·e, en regardant les images, en les touchant selon son envie et/ ou en lisant le texte qui leur est associé, d'explorer, d'interroger, d'imaginer sa propre relation à l'arbre, la nature, l'environnement : est-elle poétique, humoristique, viscérale, distante, nostalgique, utilitaire, ludique... ou tout à la fois ?

 ©ema dée

mercredi 25 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 2 : ALORS, ON DANSE ?

Ces premiers imagiers en boîte prennent vie à la faveur d’un choix d’images autour de thèmes centraux ou transversaux récurrents. Successivement, l’Arbre (pluriel), (le corps de) la Danse, les Choses (chères) et l’Animal (ici, les poissons). Les boîtes sont créées selon un modèle simple et sobre, garantissant à son contenu un accès le plus direct et permettant quelques fantaisies le visuel de « couverture » s'adapte à chacun des thèmes.

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Exploration n°2 : ALORS, ON DANSE ?   

Procédant par métonymies et/ ou jeux d'associations, c'est ici un ensemble d'images qui s'amuse à évoquer le corps de la danse : par la pratique (seule ou en groupe), par son genre (sportive ou favorisant plus la grâce), par ce qui la caractérise, comme sa rigueur ou au contraire, le grain de folie qu'elle requiert ou favorise. Et, un texte à vif, livré comme une confidence, qui plonge ses racines dans un souvenir d'enfance dont le contenu résonne encore dans le présent, ravivant le goût doux-amer de/ pour la danse.

Peut-être ai-je été influencée par le fait d'avoir vu récemment des longs métrages sur ce sujet. Par exemple : En Corps de Cédric Klapisch (2022) traitant de réparation et proposant un regard croisé "Danse contemporaine versus Danse classique", ou Allons enfants, un documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai (2022), tourné dans un lycée parisien qui s'est lancé un défi : celui de mettre en œuvre une spécialité Danse Hip-Hop en  y intégrant des élèves issus·es d'établissements scolaires difficiles ou non "favorisés".

Ou s'agit-il simplement de partager avec chacun·e l'amour du mouvement en rythmes et gestes harmonieux et/ou désorganisés ? Le besoin d'expression qui passe par le corps ?... Alors, on danse ?

©ema dée

mardi 24 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 3 : BIEN DES CHOSES

L’idée est de proposer des sortes de surprises au format de poche, dont le contenu et l' invitation à s'exploiter varierait selon le thème traité. Car, chaque imagier répond à une manière d’explorer le sujet que sont le corps, le souvenir ou la biodiversité. Celui-ci est chaque fois vu sous trois angles : celui du récit - un texte bref et personnel, celui de l’image qui se déploie en une série de 12 à 15 vues, et celui du lien qui se tisse entre l’image ou les images ensemble et le texte bref, selon des modalités non formulées directement. 

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Exploration n°3 : BIEN DES CHOSES

Les objets, les êtres, les actions, sont des choses qui vivent en moi et chez moi une existence et un destin singuliers, hors normes... c'est ainsi que je propose d'entrer dans cette collection d'images-ci issues de la reproduction de dessins appartenant à des époques distinctes, tous imprimées sur un papier très blanc et dans des nuances bleutées.

 
Le choix de l'impression est une question qui fait partie intégrante de ma réflexion. J'apprendrai tout au long de ce projet d'imagiers en boîte à jouer, par exemple, avec les hasards de la reproduction sur papier photo brillant ou à composer avec des différences de colorimétrie. Ce fut particulièrement le cas pour Bien des choses.
 
 
Les nuances bleutées rappelant la couleur du stylo Bic ou des encres utilisées pour écrire au stylo à plume répondent parfaitement à la tonalité de cet imagier : une forme de nostalgie qui sourd à travers le trait dessiné et les mots écrits, composés et réunis autour d'un sentiment ambivalent de perte et de ravissement.

 
Comme une manière de s'autoriser, seul·e ou à plusieurs, à faire l'inventaire des choses précieuses. Ces choses à la fois proches et lointaines. Courantes et rares...

©ema dée

lundi 23 mai 2022

Nouvelle création "livresque" originale - Partie 4 : AQUARIUS

Ainsi, les séries d’images des imagiers en boite sont  imprimées en noir et blanc ou en couleurs, si possible, sur différents supports pour proposer une expérience visuelle comme esthétique, à chaque fois renouvelée. Des images, c’est-à-dire, on l'aura compris, la reproduction en petit format carré de dessins originaux + un récit bref, relevant souvent de l’autofiction = une invitation littéraire, graphique, plastique et ludique = une expérience de lectures sensibles.

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Exploration n°4 : AQUARIUS 

L'objet de l'imagier créé n'est pas déterminé à l'avance, certes, néanmoins, les choix thématiques, les orientations esthétiques et parti-pris littéraires travaillent des questions qui touchent à ma démarche de création plus globalement et guident en quelque sorte l'intention. Je m'intéresse notamment à ce qui a trait à la Nature, à l'Environnement.  Bien sûr pour des raisons écologiques évidentes. Je qualifie d'"écologique", ma préoccupation pour la manière dont je vis avec et dans mon environnement, en particulier domestique, urbain, professionnel -  en définitive, culturel. Une autre raison explique que je me passionne pour la représentation graphique des animaux, ici les poissons. J'y vois une forme d'expression de l'identité, sa richesse et sa variabilité selon l'angle où l'on se place ou celui qu'on choisit de valoriser. En accord ou en désaccord.


 
Ce faisant, Aquarius, c'est d'abord, s'amuser avec les formes naturellement diverses et diversifiées" qu'offre et produit la Nature que je me suis plu à représenter en utilisant plusieurs outils : pinceau, plume, encre aquarelle, carte à gratter, marqueur, stylo à bille... C'est ensuite se lancer le défi de chercher à en proposer des formes "naturellement composites". Et, pourquoi pas ?, explorer sa propre relation aux formes plurielles en s'adonnant à une lecture tactile de ce méli-mélo

©ema dée

mercredi 27 avril 2022

Situation plastique 4 : Composer un portrait à partir d'images publicitaires

Plus besoin de préciser comme j'ai pris l'habitude de dessiner des figures féminines. Souvent imaginaires, les physionomies présentées empruntent néanmoins à la vie quotidienne. Cette vie quotidienne qui me permet en particulier de faire des rencontres, véritable vivier d'images jamais à sec. Sous bien des formes : formes muséales, je m'imprègne des modèles choisies par les peintres, les sculptrices et les sculpteurs, les artistes photographes ; plus rarement, formes cinématographiques, je saisis alors à grands traits, dans mon carnet d'esquisses et mue par une envie soudaine, les contours, le contre-jour, le clair-obscur, devenant parfois familiers de quelques héroïnes de dramédies ; plus souvent, formes stéréotypées prélevées dans des magazines. À la manière d'une Marlène Dumas d'une certaine époque, je recycle les corps, les visages, je transforme, je combine ou j'extraie, je digère.

Retour donc à l'atelier baptisé "Situation plastique" dans lequel j'ai déjà réalisé trois productions inédites associant, dessin, peinture et collage (s) : un paysage arboricole grand format ainsi que deux groupes de personnages féminins symboliques, sur papier et/ ou carton. (C'est là une forme d'hygiène : je fais ici un pas de côté ; cet atelier est tel un chemin de traverse qui me permet de prendre du recul vis-à-vis de ma production plus "courante".) Cette fois-ci, l'exercice, tout en articulant la même problématique, celle que pose la ressemblance et l'écart, part de plusieurs images en couleurs préexistantes. Je les conserve depuis des années dans un classeur muni d'intercalaires thématiques : ainsi, "Mises en scène", "Accessoires - Mode", "Déco Intérieure - Extérieure", "Portraits", "Motifs" ou encore, "Enfance(s), "Freaks - Fantaisistes" et "Visages du Monde". Ce sont là des archives personnelles fabriquées et entretenues sur le conseil lointain d'une autrice - illustratrice, toujours d'actualité (le conseil comme l'autrice !) Elles viennent répondre à un besoin de m'appuyer sur une image immédiatement disponible et qui en quelque sorte m'appartient. Quand le besoin n'est pas satisfait, je vais chercher plus loin ; elles représentent, par conséquent, mon premier niveau de références "non artistiques".

La consigne de l'exercice ? Produire une réalisation qui mette en œuvre une tension. Plus simplement : si je m'intéresse, comme l'artiste peintre français Eugène Leroy  à la figure et à la matière picturale chargée, voire très chargée, peut-être qu'il s'agit pour moi de faire dialoguer le couple disparition - émergence de la figure ou la dialectique effacement - surgissement du sujet ? Nulle recherche, pour l'instant,  d'une telle tension chez moi, bien qu'elle soit très intéressante à réfléchir maintenant que j'y songe. Non, chez moi, il est davantage question d'explorer mille et une façons ou presque de produire un écart signifiant vis-à-vis d'un référent, mille et une façons de créer une image qui vienne y puiser  et s'y ressourcer, sans la copier. (Et sur les ruines des images modèles malmenées par le regard, hisser son propre style, assumer et imposer de facto son propos.) 

J'extraie de mes archives papier des photographies qui ont composé, dans la presse de l'Underwear branché, une des premières campagnes publicitaires de la marque de vêtements japonaise Uniqlo©. Il s'agit d'une pub pour une gamme de leurs T-shirts très pop culture, dans laquelle une vingtaine de jeunes gens, hommes et femmes, posent "naturellement" devant l'objectif sur fond blanc. À l'issue de rapides études au cours desquelles je redessine quelques visages masculins et féminins, j'en choisirai finalement trois, qui me semblent pouvoir composer, à l'issue de tâtonnements dont je ne peux faire l'économie, un ensemble harmonieux.

Première transformation : trois photos de femmes distinctes, seules dans leur espace de présentation, formera un portrait composé de trois figures. Le support est important : j'utilise un carton gris fin qui ne gondole pas au contact de la peinture acrylique. Je décide de travailler à l'aide d'une seule largeur de pinceau, une brosse plate. (Peut-être ai-je été un peu influencée par ma redécouverte des portraits de femmes peints par l'artiste impressionniste Berthe Morisot, j'explore par endroits le non peint/ non fini). Seconde transformation : la traduction d'un sujet dans un autre médium avec des caractéristiques précises. À moi de les respecter ou au contraire, de leur imposer ma "volonté". Troisième transformation : le sujet advient à partir de la combinaison d'un choix pour une composition centrée, frontale, et d'un travail particulier, plus ou moins collaboratif,  avec un médium ; ils participent tous deux de l'écart d'avec l'image-modèle. 

Une première version advient. Je remarque la ressemblance qui s'est tissée entre les trois figures ; elle n'était pas préméditée. Cela tient, sans doute, à ma manière de peindre le fond et les figures  l'exécution est en effet assez homogène. C'est qu'il s'agissait avant tout de construire une composition équilibrée à partir de sujets photographiques pris sous des angles différents. Il a été aussi question de les organiser à des fins artistiques. L'idée poursuivie ? Que l'image définitive, fruit d'un savoir-faire et d'un parti-pris technique, devienne une image à part entière, c'est-à-dire porteuse de sens. À l'intention du spectateur. Du coup, je reprends mon intention de départ, à son point d'origine, en portant une attention plus grande à la façon dont je manipule la matière picturale. Je travaille cette fois-ci sur un format plus petit. Ceci, pour éviter que la création se confonde avec une recherche visant à remplir vaille que vaille le support et s'oriente plutôt vers une action dynamique visant à montrer un regard singulier porté sur ce trio de jeunes femmes de caractère.

Cette seconde version valorise manifestement le personnage central ; ce qui était moins le cas, il me semble, dans ma production précédente. Une valorisation qui confine à une sorte de hiérarchisation voire à un décalage dans le temps, là, où, auparavant, les trois femmes semblaient représentées dans une temporalités et un lieu uniques. Pour ma seconde réalisation, l'application de la peinture se fait plus vive, rapide, plus visible dans ses mouvements, le geste n'hésite pas à s'interrompre. Enfin, je tente d'autres approches "stylistiques" dans le but de renforcer la singularité de chacun de mes trois modèles. Différenciation importante qui avait été gommée. Elle s'appuie, me semble-t-il, sur des combinaisons gestes - médiums : par exemple, le détail, le vide et le stylo feutre (gauche), le  mouvement, le grattage et un mélange de peinture et de colle PVA (à droite), la réserve, l'inachèvement et les techniques mixtes (milieu).

Avec le recul, ces deux travaux datent de la fin de l'année dernière, je serai moins sévère dans mes jugements. Il s'agit au final de deux productions différentes qui ne montrent  ni ne s'intéressent à la même chose. De la première ressort une sorte d'uniformisation qui est due à au choix de médium et de la touche, mais pas seulement. La publicité de mode aurait tendance à offrir un inventaire  de formes formatées, à l'image du produit, de la cible, en lien avec un contexte social et culturel et à l'écoute des mœurs à la source des modes. Aussi, prendre trois figures photographiées dans une intention commerciale et gommer, par une uniformisation du geste peint, les différences volontairement mises en exergue (origines, attitudes) dans un esprit faussement "naturel" permet de requestionner les bases du langage de ces images auxquelles n'importe qui peut se référer et est sensé s'identifier (ou au contraire, se dégager, dans un processus social d'identification). La seconde réalisation, pour sa part, insiste davantage sur la construction d'un espace de représentation plastique qui cherche de manière assumée à faire oublier le modèle de départ. D'elle se dégage un sens qui n'était pas contenu de manière évidente dans les images d'origine comme posant un problème et qui s'affirme, par les choix de composition et de facture, comme une réponse à une question à la fois plastique et artistique. Enfin, plus je regarde cette réalisation plus elle me susurre une histoire qui demande à être prononcée. On verra.

©ema dée

lundi 11 avril 2022

Le nez, la main, les yeux dans une sélection de mes "livres uniques"

Profitant d'un rangement de printemps, je remets le nez, la main, les yeux, dans des projets livresques personnels, dont certains ont été laissés en suspens, faute d'idées de développement sur le moment, en particulier en matière de façonnage et de reliure. Dans l'intervalle — les premiers livres datent de 2008 —, j'ai cherché à me former justement sur ces questions qui me passionnent. Auprès de professionnels·elles, dans des lieux dédiés, j'ai réussi à glaner et dénicher de-ci de-là quelques petites combines et ouvrages de soutien qui ont pour ainsi dire donner de la souplesse, de l'agilité — de la créativité  ! — à mon esprit comme à mes mains. L'article propose un retour sur un choix de réalisations personnelles. (Pensez, d'ailleurs,  à faire glisser la souris sur chaque image et/ ou à cliquer dessus.)

Par exemple, je participe à des ateliers sur le Livre : notamment, conduit dans l'ex-librairie-galerie Les Trois Ourses dans le 3ème arrondissement à Paris, par l'artiste Gianpaolo Pagni, comment faire un livre avec des journaux et du scotch. Tout simplement. Lui-même s'est lancé dans l'édition en partant de son obsession pour les tampons et les séries sur papier.... 
Ou, je découvre des événements — le salon nomade Multiple Art Days, le Festival les FMR à la Halle Saint-Pierre — , ou alors des procédés de reproduction d'images tels que la risographie au sein de l'Atelier Édition de l'ENSBA de Paris ou de reliure (Service de la Conservation de la bibliothèque de l'Institut national d'Histoire de l'Art)... 
Je fais l'acquisition de livres spécialisés : ainsi de Les livres de Bruno Munari de Giorgio Maffei (Les trois Ourses, 2009), Coxcodex de l'artiste designer et concepteur de livres illustrés Paul Cox (éd. du Seuil, 2002), de l'ouvrage Esthétique du livre d'artiste : une introduction à l'Art contemporain années 1960/80 d'A. Moeglin-Delcroix (Le mot et le reste/ BnF, 2011), une bible ! 
Ou encore, je redécouvre grâce à Twitter et Instagram les livres d'une foisonnante créativité des éditions Esperluète, La Joie de Lire, Mémo, Frémok ou d'auteurs·trices, tels que Kvetà Pacovska, Eric Carle, Loren Cappelli... Enfin, je consulte à loisir un très petit catalogue d'exposition consacré aux livres d'artistes mexicains intitulé Les autres livres : livres d'artiste (éd. Conseil national pour la Culture et les Arts, Mexico). Il m'a été offert en 2009 au Salon du Livre Paris et siège dans ma bibliothèque depuis. Ce ne sont là que quelques pages, mais quelle richesse !

(Déterminer si et à quel point ces livres m'ont influencée, se retrouvent dans la conception ou la facture ou encore le contenu de mes livres, je ne saurais le dire. Suis-je la meilleure juge de mon travail et de son interprétation ?  En tout cas, ce qui est certain, c'est que voir des créations livresques et diverses formes d'un art que l'on peut qualifier "d'éditorial" me stimule d'une manière ou d'une autre. Disons qu'ils constituent un fond de références qui s'enrichit continuellement parce qu'il vient nourrir ma production ; elle est réflexive et nécessite donc de nouvelles références ou de réinterroger celles que je possède déjà.) 

Les réalisations dont il est question sont en fait des livres dits "uniques"*: le plus souvent, ils n'existent qu'en un seul exemplaire, car ils sont la forme concrète d'une intuition dans un parcours un cheminement de pensée ou d'un besoin d'articuler ensemble différents paramètres, contraintes, matériaux. Par exemple, pour créer ces livres, j'investis des carnets de Moleskine, je manipule des chutes de papier de formats similaires, c'est-à-dire que je les creuse, les coupe, les couds, les relie, les colle, ou les agrafe entre elles... Et ceci, en associant une réflexion sur le temps de lecture et l'espace de la page (influencée par une certaine conception de l'acte de lire comme la développe l'autrice-illustratrice Anne Herbauts) à une recherche-création sur les mots et la forme finale de l'objet à lire. 

*J'emprunte la terminologie à la galerie d'Art contemporain La Topographie de l'Art qui propose, en autre et depuis 2015, un évènement artistique régulier, Livres uniks.

Le papier est mon matériau privilégié ; j'aime le diversifier, en fonction de mes chutes, du hasard qui me fait chiner dans des fins de séries chez des soldeurs, et bien sûr, en fonction de mes intentions (recherche de transparence, de souplesse, de douceur ou au contraire, de rugosité). Les papiers sont choisis pour leur qualité, leur couleur, leur texture, leur épaisseur naturelle et leur manière de réagir à des traitements comme le marouflage ou la découpe au cutter (ou au scalpel).

En ce moment, j'avoue que j'utilise beaucoup de papier calque surtout celui de 150g, car il  est aussi résistant qu'il est opaque ! J'utilise aussi du papier recyclé brun, non par goût, mais parce que je viens d'en récupérer fortuitement une grosse quantité, dont je cherche à tirer le meilleur profit. Enfin, du papier Japon qui une fois enduit de colle, durcit et peut être travaillé, il forme alors des bourrelets et des plis très inspirants... Concernant le façonnage et la reliure, tout dépend de l'épaisseur du projet : un carnet de Moleskine verra seulement sa couverture découpée, alors que des morceaux de feuilles de papier rassemblés à la main en cahiers seront réunies définitivement à l'aide d'une reliure cousue avec du fil ou en dos carré-collé "maison". Les volets indépendants offrent, pour leur part, diverses possibilités de présentation, étui de papier fort, corde de liaison, contrecollage de renforcement.. 
 
Les contenus affectent l'intégrité des pages ; il arrive que celles-ci soient découpées pour les besoins de l'expression, le sujet. Les contenus peuvent aussi se déployer selon le type de support : ainsi, des carrés de couleur dans un livre de format carré. Dans ces livres uniques, j'aime dire que sont valorisés trois types de contenus dont les limites s'avèrent poreuses : les collections (inventaire, catalogue, abécédaire, typologie), les variations thématiques (portraits, taches, couleurs) et les écrits de l'intime (souvenirs donnés à lire souvent sous forme de listes). 

Les collections se créent opportunément ou volontairement : je décide dès le début de produire sur carte d'art un papier épais et très blanc —, un numéraire consistant en la représentation d'une suite de cailloux en style naïf, à l'aide d'encres aquarelle posées au pinceau. Mais, c'est au fil de la création que je rassemble dans des feuilles de papier Da Vinci des couleurs aqueuses et y vois l'occasion d'y associer des mots personnels. La dimension des écrits, l'intime, bien qu'elle investisse certains livres plus que d'autres, reste la colonne vertébrale de ma production allant de 2008 (Couleurs) à 2022 (Se souvenir des arbres). 
 

Cette production-ci est marquée du sceau d'un certain paradoxe. Je m'explique : le souhait de développer certains livres en quantité me pousse à recourir parfois à des reliures semi-industrielles (#04700 in Se souvenir des arbres) ou à de la reprographie pour faire des tests. Néanmoins, le goût prononcé pour des supports variés dans un même objet explique que le prix de revient des livres s'ils devaient être imprimés et reliés en nombre serait élevé. Au final, d'une manière assez logique, ces projets-là sont voués à rester des exemplaires uniques. 

D'une manière délibérée, cette réalité fait le lit d'une création artistique et livresque destinée à se déployer exclusivement dans des objets uniques. Et puisque je sais que je ne désire pas en faire plus d'un, chaque livre constitue une seule et véritable expérience de création personnelle (graphique, plastique et/ou littéraire).

Une inquiétude émaille toutefois cet élan de créativité décomplexée : comment proposer ces œuvres à lire à un public ? Et dans la perspective de partager ce travail de recherche-création, dans quelle mesure ces objets sont-ils adaptés, adaptables tout bonnement, "partageables" ? La réception des œuvres livresques est dans mon parcours un vrai questionnement. D'abord, parce que leur facture est souvent le résultat de gestes pas toujours prémédités qui se soucient plus de la cohérence plastique que du futur partage de regards. Ensuite, parce que très concrètement, ils n'ont pas été pensés en amont pour être utilisés comme des livres de bibliothèque.

Peut-être qu'à l'instar de l'autrice-illustratrice de livres pour enfants Kitty Crowther, je bâtis mes livres pour un·e seul·e lecteur·trice à la fois l'intimité du geste créatif commandant en quelque sorte l'intimité de la réception ? Cela étant précisé, et outre la leçon tirée de l'expérience de monstration d'un autre pan de ma production livresque (Salon SoBD 2021), il me semble qu'il devient de plus en plus incontournable d'intégrer dans ma démarche, la possibilité pour un public amateur ou novice d'avoir accès, d'une manière ou d'une autre, aux contenus de mes "autres" livres... Devrais-je songer à la vidéo ? Aux montages photos ?

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RÉITÉRATIONS : rappels des titres et principes des livres présentés dans cet article (dans leur ordre d'apparition)  :

Moi ?, 2016 : un livre-portrait réalisé en découpes au scalpel et au cutter, rehaussé d'un collage en papier Japon rouge.

Vagues à l'âme, j'ai tant pleuré enfant, 2016 : un carnet mêlant sur papier satiné des taches de couleurs à l'encre aquarelle et des bribes de pensées écrites au feutre.

Le compte des pierres et Balade, 2016 - 2022 : feutre, plume, aquarelle et crayon dans un diptyque créé à la faveur de promenades.

Couleurs, 2008-2022 : présentation de carrés de couleurs à l'encre aquarelle et leurs petits mots dactylographiés et collés.

#004700 et Petites pensées arboricoles, 2014-2022 : deux exemples de travaux sur le thème "Se souvenir des arbres"  menés en work in progress.

Une première version de ces livres-ci et d'autres livres uniques sont visibles sur la page "OBJETS LIVRES"

 ©ema dée

jeudi 17 mars 2022

Autoédition : progressive reprise de mes activités créatives avec le projet "Médaillons pop"

Médaillons pop est le titre d'un livre illustré en autoédition, laissé en suspens depuis un petit moment et dans lequel je remets le nez et les mains avec plaisir dans le but, d'enfin !, le terminer.

Comme le petit descriptif disponible l'explique à la page OBJETS LIVRES du blog, Médaillons pop est un de ces livres-inventaires que j'affectionne tant : dans une quarantaine de pages se condense l'essentiel d'un travail de dessin et d'écriture poétique sur un thème familier, la figure humaine. 

En amont de cet inventaire, un projet créatif en images-textes plus global que je ne présente plus car j'en ai déjà parlé de nombreuses fois auparavant. (Pour se rafraîchir la mémoire au besoin, consulter les articles sur Le horlart à 1,99  en cliquant sur le lien donné.)

Je crée avec ce projet une exception à une de mes règles, celle de ne pas faire de portrait dit "ressemblant" ou "fidèle". À ce genre de dessin normé où se jouent des questions d'ego et d'illusions de représentations idéalisées ou diminuées de soi à soi-même, j'ai toujours préféré la figure imaginaire. J'ai acquis la conviction que c'est par l'entremise de l'imagination que je suis la plus à même de saisir et de rendre la vérité sur les gens que je rencontre, qui m'intriguent. En outre, tous les visages ne sont pas bons à dessiner, cela signifie pour moi "intéressants" ou "significatifs" ou encore, "stimulants". 

Pour parvenir à créer un écart entre le référent et ma représentation — écart qui me permet de radoucir le fait de déroger à une de mes règles —,  j'ai plusieurs solutions : 1°) Utiliser un outil graphique (ou pictural) inédit ou pas maîtrisé du tout. Ainsi, je ne tombe pas dans mes petits travers, en particulier le dessin léché. De plus, en même temps que je cherche à représenter, la (re)decouverte de l'outil crée des surprises bienvenues (ou pas) ; 2°) Dessiner librement sans me soucier de l'approximation des détails ; 3°) Explorer tout l'éventail des possibles (des notions plastiques aux modalités graphiques, par exemple, le format, les contrastes de valeurs, le cadrage, la série...) Bref, me servir de toutes les manières de faire qui peuvent renvoyer avec plus ou moins de réussite non pas à un désir de ressemblance stricte, mais plutôt à un désir d'inventorier les composantes de la variété (et la variation) des corps.

Quel rapport cette digression entretient-elle avec le livre en cours Médaillons pop ? Les 23 portraits dessinés au feutre pinceau et à l'encre de Chine renvoient à un désir de produire de visages ressemblant à leur modèle, en m'appuyant sur une photographie trouvée sur le web. Pas n'importe laquelle photo cependant, et c'est ici une autre manière de produire un écart, la photographie est sélectionnée parmi celle qui se rapproche le plus du souvenir que j'ai de chacun de ces visages de stars. Par exemple, l'Eddie Murphy dont je m'inspire n'est pas l'Eddie Murphy d'aujourd'hui, âgé de 60 ans, mais celui datant des films 48 heures et 48 heures de plus ; idem pour Maria de Medeiros, Fernandel, Brigitte Fontaine... Une logique de pensée proche de cette idée a accompagné l'écriture des textes poétiques : chacun constitué de quelques lignes fait référence à des œuvres, films et/ ou moments choisis dans la carrière des stars portraiturées qui m'ont marquée. 

Car, oui, c'est autant un choix de cœur qu'un choix stratégique ; l'inventaire n'est pas exhaustif, il est particulièrement partial et ne propose que des portraits en images-textes suffisamment drôles pour être inspirants. C'est finalement s'amuser à aborder la pop culture à sa/ ma manière.

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(Petite parenthèse pour revenir très brièvement sur une idée alternative : complètement à côté de l'envie de développer des recueils en images-textes, j'ai conçu plusieurs pré-maquettes ludiques de très petits livres, alors que j'étais en plein work in progress. En voici une pour la route : c'est une sorte de méli-mélo (ou pèle-mêle) de 6 centimètres de côté, réalisé à l'automne 2016, juste après avoir terminé de dessiner mes 31 portraits de stars.)

©ema dée

mardi 8 mars 2022

Des couleurs pour la Journée Internationale des Droits des Femmes

Naissance d'une oeuvre : sur une feuille de papier lisse mais ferme, étaler la couleur fine et transparente pour conquérir l'espace puis, ébaucher avant de cerner au crayon les contours, enfin, rehausser les formes sensibles ; appliquer la peinture acrylique en matières charnelles et laineuses, vibrantes et vivantes ; faire monter et crêper à l'encre de Chine ; en outre épaissir, pointer, signaler au feutre de couleur, au Tipp-Ex et au marqueur...

Belle journée à Vous, Mesdemoiselles et Mesdames, et prenez bien soin de Vous.

©ema dée

mardi 1 mars 2022

Situation plastique 3 : Imaginer un triptyque à partir d'une même matrice

À partir d'une réalisation plastique dont j'ai parlé précédemment – un groupe de personnages féminins imaginaires peint à l'acrylique, au feutre et à l'encre de Chine sur un support en carton de format carré – je produis un triptyque. J'aurai conservé de mon premier travail le format carré que j'affectionne car il me semble être le plus adéquat pour me lancer dans une composition centrée équilibrée. Je conserverai également le tracé général, naïf et simplifié, adopté pour la représentation des cinq figures originales.

Le triptyque n'a pas été pas pensé en amont ; la nécessité de faire une œuvre se composant de trois volets s'est présentée au cours de la réalisation de mon premier dessin. Pour démarrer, du dessin original, je me suis débarrassée, un, du motif, deux, de la couleur de fond. Seul le trait fin et souple ainsi que le besoin de mettre en œuvre une tension entre les pleins et le vides ont servi de guides à la création. 

Le dessin original a donc fait office de point de départ d'une analyse de ma pratique consistant ici à mêler peinture et dessin : elle se manifeste notamment par une tendance à définir la figure comme un ensemble de zones à investir soit par la matière, soit par des aplats, soit par des motifs. Je veux dire que je ne cherche pas à représenter quelqu'un·e en particulier ; je me sers du corps comme moyen de questionner mon rapport à l'espace. Matière, motifs et/ ou aplats permettant tout à la fois de donner une corporalité à des figures imaginaires planes et de les installer dans un espace fictif qui, du coup, devient plus réel, plus concret.

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Situation plastique 3 : Un triptyque créé à partir d'une même matrice qui cherche à accentuer une caractéristique présente dans une production précédente. 

Premier volet. Dans ce dessin fait au stylo Rotring sur papier naturel de couleur crème et de format 40 x 40 cm,  j'ai utilisé du papier transfert (ou papier carbone) afin de dessiner des silhouettes dans un style et une physionomie proches. Le dessin par décalque et duplication n'est qu'un préalable, les détails sont ajoutés librement ensuite. Ce procédé simple facilite le positionnement des figures ; je les fais glisser les unes sous les autres. Est ainsi conservée la volonté de produire une sensation d'espace alors que pour sa part, le dessin affirme la planéité du support. (Toute recherche de singularisation de chacune des figures est, par contre, rejetée.)


Second volet. Dans cette production-ci, je reprends l'étape consistant à dessiner des figures sur des feuilles de papier calque que j'utilise ensuite sur papier carbone. Je désire accentuer la maniabilité des figures et jouer avec la transparence des matériaux. J'utiliserai pour se faire un papier calque plus épais qu'à l'ordinaire, et de fait,  il est légèrement opaque. Résultat : les figures se superposent visuellement et de manière sensible, les traits tendant à se répondre ou à se confondre. En effet, à travers le jeu de la superposition, je désire mettre en scène des correspondances visuelles, des résonances, pour construire une nouvelle composition dans laquelle les figures peuvent être saisies comme autant de formes géométriques mais symboliques. 

Troisième volet. Les deux premières étapes m'ont permis d'exploiter la ressource d'un trait fin, sans me préoccuper d'autre chose ; je choisis cette fois-ci de réintégrer la matérialité de la couleur tout en conservant l'idée de transparence. Les figures sont à nouveau dessinées au préalable par décalque et duplication. Puis, les contours sont peints à l'encre de Chine. Le pinceau qui trace à l'encre de Chine des traits plus ou moins épais à la manière d'une calligraphie chinoise, s'amuse des pleins, des déliés et vient remplacer le stylo Rotring. 

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Chaque production peut s'envisager seule ; mais il me semble qu'elles fonctionnent mieux ensemble car une logique du tracé et du support se joue entre elles trois. De manière très subjective, je préfère le  triptyque au diptyque, parce que par exemple, une narration même très suggestive peut se jouer plus aisément.

Concernant à présent les possibles influences ou les références artistiques et/ou culturelles qui ont pu m'aider, je me plaît à dire que la réponse est souvent compliquée tant j'ai l'impression de très vite assimiler les œuvres ou artistes que je rencontre, les démarches ou les parcours et idées des autres qui me plaisent, me titillent. Pour autant et très curieusement, le travail avec les calques m'a renvoyée au cinéma d'animation, et plus singulièrement, à l’Oeuvre projeté de l'artiste afro-américaine de Kara Walker dont j'ai vu une exposition il y a plusieurs années au MAM de la Ville de Paris et et qui, à travers l'utilisation de silhouettes noires (ou avec des ombres chinoises) réécrit l'histoire du racisme américain. Le dessin au trait tel que je l'ai envisagé pour mon premier volet m'a fait penser, de manière assez curieuse également, à de la sculpture au fil de fer... peut-être à cause du parti pris de simplification des formes ? Enfin, quand j'ai réalisé le troisième volet, je n'ai pu m'empêcher de faire un rapprochement –  lointain néanmoins avec certaines des œuvres de l'artiste français inclassable  Francis Picabia notamment,  celles qu'il appelle Les transparences. J'apprendrai plus tard que ce procédé qui associe des dessins jouant avec la variation de strates, des changements d'échelles, le dévoilement et la rencontre de formes, a été beaucoup pratiquée avant lui, d'Arcimboldo à Pablo Picasso.

Une pelletée d'idées, non ? De quoi creuser plus profondément encore (dans) ma pratique et en dévoiler les soubassements et les complexes cheminements ?

©ema dée ©ema dufour

dimanche 13 février 2022

Situation plastique 2 : Peindre et dessiner sur carton un groupe de personnages imaginaires

L'intention de présenter de façon critique mes travaux plastiques et graphiques sur grand format réalisés au cours d'ateliers de pratique artistique en 2021 et en 2022 se poursuit. 

Aujourd'hui, j'aimerais revenir sur une production qui met en scène mon sujet favori, le personnage imaginaire. Dans ma démarche, les personnages imaginaires semblent venir de nulle part, tant ils ne ressemblent à rien de ce qui se connaît ou de ce qui se fait - à première vue. Pourtant, parce qu'il m'arrive de m'amuser à faire de manifestes références à des artistes qui ont croisé ma route, lors d'expositions muséales le plus souvent, ces étranges étrangers deviennent comme familiers. Du moins, je l'espère !

À la question de savoir ce que ces personnages veulent dire, il m'est difficile de répondre. Je crois qu'il s'agit d'abord pour moi de rassembler dans un même corps — peint ou dessiné — plusieurs idées et envies (de matières, de lignes, de composition) et de voir comment ces données plastiques interagissent entre elles pour donner forme à un ou plusieurs être(s) cohérents. C'est ensuite que vient le sens de ce qui a été fait. Et c'est ensuite que peuvent surgir des directions de travail à venir, ou pas. Comprendre qu'un travail n'offre pas de piste d'approfondissement ultérieur immédiat est paradoxalement reposant.

Contexte de recherche-création : sans commande ou contrainte, consigne ou invitation, point de mise au travail efficace. Aussi, voici celle qui cadre cette production : "Produire une oeuvre sur un support de format libre avec ses techniques habituelles. Elle devra réutiliser des caractéristiques de sa pratique graphique et/ ou plastique". Ici : ma relation au rapport vide/ plein.

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Sujet n°2 : Un groupe de personnages imaginaires - Articuler intention artistique et pratique plastique

Le parti-pris de cette réalisation sur carton gris et de format carré a été d'articuler une recherche sur la couleur et le trait ainsi que sur la relation vide/ plein, dans une composition où la figure tient une place centrale. Le personnage est ici représenté dans un groupe de cinq figures féminines, en portrait buste. Elles ont été produites à partir d'un seul modèle, ou matrice, qui a fait l'objet de variations à partir de calque et de papier transfert. Je souhaitais que mes cinq figures se ressemblent tout en étant chacune singulière. La duplication m'offre l'avantage de d'essayer d'abord différents dispositions avant de me décider définitivement pour la superposition des ces figures les unes sur les autres. Ce procédé de glissements et de montage à la main me permet de suggérer un espace, une alternance qui creuse et dynamise le fond coloré, comme j'ai pu l'observer chez un peintre comme Paolo Uccello dans son tableau La bataille de San Romano (1440). Cet espace est obtenu à partir de la superposition et le dialogue entre plusieurs couches de peinture acrylique (blanc, vert, rose, noir, principalement). La peinture a été utilisée volontairement peu diluée afin de pouvoir rendre des effets de matières, des aspérités nettement visibles, grâce à l'utilisation de divers outils picturaux et non picturaux (pinceau, papier frotté, ficelle collé puis arrachée, rouleau...) Certains morceaux de papiers peints seront d'ailleurs conservés en réserve pour d'éventuels collages ; ils viendront, par exemple, accentuer la planéité de l'espace, une autre des caractéristiques de ma pratique.

Un Bouquet de dames, peinture acrylique, feutres, collages, 1 x 1 m, 2021 (détail)

Travailler le support au préalable facilite les étapes suivantes, c'est pour moi une première étape plastique qui le fait déjà vivre en tant qu’œuvre en cours et m'effraie moins. Sur cette couleur texturée, ce support qui a vécu, le trait tracé au rotring et au feutre fin est irrégulier, ce rendu intentionnel confère une forme de fragilité aux contours de les personnages et facilite l'installation d'une tension avec les zones pleines : les cheveux seront peints à l'encre de Chine, celle-ci sera ensuite grattée, dans un but naturaliste ; les cinq bustes seront, pour leur part, recouverts de motifs décoratifs, naïfs, patiemment dessinés avec plusieurs marqueurs. Les rapports vide/plein et trait fin/ zone colorée viennent accentuer l'alternance devant/ derrière et créer dans une  composition qui exacerbe cependant la planéité du support, un mouvement. Les motifs répétés répondent en outre à une nécessité de donner à la figure une corporalité. La figure est volontiers imaginaire, d'où le choix d'une carnation de peau non réaliste. Cependant, le dessin, basé sur une duplication, résonne avec une recherche  esthétique et artistique sur le groupe que je peux synthétiser en posant deux interrogations : comment vivre sa singularité à l'intérieur d'un groupe ? Peut-on véritablement être dissemblable et exister en relation avec les autres ?

©ema dée

lundi 31 janvier 2022

Voeux très tardifs, mais voeux quand même !

Les vœux pour une nouvelle année peuvent se souhaiter et être envoyés jusqu'au 31 janvier, dernier délai, paraît-il. Pour ma part, je n'ai aucune excuse à donner pour justifier mon retard, à part, sûrement, un petit manque d'enthousiasme inédit. Comme beaucoup dans mon entourage, j'ai récemment eu mon baptême du Covid-19 et je n'ai apprécié ni la vue ni le voyage ; que vous souhaiter donc, hormis — sans doute — d'être tout simplement en bonne santé.

Une belle et forte santé à l'abri des intempéries — et sainement nourrie — vous apportera le reste !

©emaTom ©ema dée ©Thomas cloué

vendredi 7 janvier 2022

Situation plastique 1 : Peindre sur papier un paysage imaginaire en noir et blanc

Depuis le mois de septembre 2021, je participe à un atelier de pratique plastique. Ceci dans le but avoué d'envisager à nouveau la peinture et le grand format comme un médium et un support d'expressions artistiques.

Parmi les demandes et les recommandations de l'atelier, celle de prendre en compte des documents iconographiques et/ou une consigne comme point(s) de départ à l'invention et la recherche, celle d'être en mesure d'investir un support mesurant 75 x 106 cm (du carton gris ou une feuille de papier aquarelle Montval, par exemple), celle d'utiliser des outils graphiques et/ ou plastiques, enfin, celle de recourir à tous les procédés ou techniques à condition que leur usage procède d'une réflexion sur sa propre pratique et sur ses envies de déploiement à venir. 

Pour mettre en perspective ce travail, sorte de voyage introspectif à la faveur notamment de la matière picturale et du geste graphique, je décide de publier ici les résultats variés de mes explorations. Ainsi, me suis-je donné comme premier travail pour l'année 2022,  celui de préciser mes attentes et le parti-pris que j'ai choisi de défendre dans chacune de ces œuvres personnelles. Le sujet est  imposé la plupart du temps. Ces publications successives (recherches, esquisses, productions réussies ou manquées) seront accompagnées d'une note d'intention. C'est là le véritable objectif de mes  prochains articles : être en mesure de "justifier mes choix, les modalités et références mises en œuvre dans mes réalisations". Il s'agit, en une trentaine de lignes environ, de faciliter l'explicitation de ma démarche pour une lectrice-spectatrice ou un regardeur. Attentive à la forme comme au fond, j'envisagerai la note comme un exercice d'écriture créative.

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Situation 1 : Un paysage imaginaire - Interroger les composantes de sa pratique

Pour que se constitue un seul paysage planté d'arbres dans lequel le souvenir d'un marcheur  solitaire peut se perdre en le parcourant, se munir d'un médium sombre mais non mate, des outils à poils secs mais non durs et d'un support couleur crème et de format carré. Se munir également de diverses chutes de papier dans l'hypothèse de procéder à quelques collages.

Ma question de départ a été : Comment tirer parti d'une première production qui ré-exploite certaines de ses caractéristiques ? Produit avec du papier carbone et imaginé sur des feuilles de papier de format carré et de couleur crème, le travail originel représentait une série de paysages arboricoles sans profondeur marquée et tout en nuances de gris. Il exploitait sans hiérarchie la gestualité, la matière de l'outil, la texture du trait, la répétition et la variation. Le second travail se concentre pour sa part sur la matière et la planéité, principalement.

 Souvenirs de la traversée d'un paysage, peinture acrylique et collages, 1, 20, x 1, 20 m, 2021 (détail)

Pour ce faire, tremper au préalable sa brosse plate dans de la peinture acrylique non diluée. Poser l'outil contre le support, frotter le support avec l 'outil : progresser dans la hauteur du  support avec un geste mécanique. Il faut entendre ici, un mouvement de la main et du poignet quasi identiques. Re-couvrir le support s'apparente alors à une épreuve physique, car le geste est répété sur toute la surface et le geste est répété successivement sur neuf supports distincts. Non dilué le medium s'applique en couches épaisses, qui en séchant, forme une sorte de peau, dont les aspérités irrégulières malgré le geste mécanique répété le plus uniformément n'échappent pas à un toucher sensible du doigt... Non diluée la quantité de médium vient à manquer, non mouillé l'outil peine – à dessein – à se décharger de la matière picturale. C'est qu'il s'agit oui de peindre, mais aussi de marquer, de laisser des traces, d'indiquer un mouvement volontaire dont émergeront des mouvement involontaires, des marques noires irrégulières, comme un chemin dessiné par les poils d'un même pinceau : le parcours du geste.

Puis les neuf supports seront assemblés. Alors que la peinture sèche, sur des chutes de papier, chercher à produire des effets de matières différents des premiers, l'acrylique sera enrichie d'un peu de colle vinylique, ce qui rend le médium plus "visqueux" et propice à la formation d'empattements. La matière sera aussi obtenue en recourant à un procédé déjà expérimenté, le monotype, ou fait de presser contre un support recouvert d'une peinture un peu grasse, une feuille de papier et de laisser faire le hasard de la rencontre entre les deux.

Dans l'informe, un sol herbeux. Depuis la superposition de couches peintes, des formes arboricoles découpées aux ciseaux. Et près d'un arbre, une figure.

Une référence artistique se présente à-postériori : les  Paysages mentaux ou les Matériologies de l'artiste plasticien, peintre, dessinateur et sculpteur français, Jean Dubuffet (1901-1985). Je dis à-postériori car lorsque je produis l'oeuvre, c'est rarement en pensant à un-e artiste en particulier ; c'est dans la recherche ou à sa toute fin que des analogies se font jour. Une analogie significative : je m'intéresse en effet, à ma façon, à la production spontanée, à une certaine enfance de l'art, enfin, à une création qui donnerait forme sans censure à une intériorité brute et peut-être brutale à travers la mise en dialogue des matières entre elles.

 ©ema dée