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vendredi 21 juin 2024

Prière de toucher les objets livres : un projet de dispositifs de lectures uniques

On l'aura compris, je manie les mots et les images dans l’objet livre et pour l’objet livre. Depuis des années, je m'intéresse, en particulier, à la trace, au geste créateur de formes sensibles, à la perte de souvenirs et à la matérialité comme aux liens texte-image. Le livre existant en un seul exemplaire répond lui à deux enjeux : 1°) me permettre d’explorer des questionnements esthétiques, techniques ou sémantiques, à un moment donné ; 2°) créer des objets culturels et plastiques à l’identité forte. 

En femme de mon temps, je me nourris à bien des sources. Par exemple, des leçons de Bruno Munari : chez le designer, illustrateur et pédagogue italien, l’acte de lire s’apparente, grâce à des choix de conception radicaux, à de multiples situations ludiques à inventer en direction des jeunes publics. Car, elles sont propices au déploiement de leur sensibilité et favorisent les apprentissages. Chacun des livres présentés ci-dessous s’adresse cependant plus volontiers à un public adulte. Je me plais à penser - à tord ou à raison - que ma démarche se place pile entre le livre pauvre, le livre d’artiste conceptuel et le livre-jeu. 

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«Produire autant de livres qu’il existe de supports comme autant de questions qui cherchent leurs formes définitives » voici un mantra bien particulier qui m'est cher. Depuis 2006, ponctuellement, par besoin d’explorer, de concrétiser ou simplement de tester, des objets livres prennent forment à la faveur de carnets, de cahiers, de matériaux découverts par hasard, adaptés, transformés, combinés... C’est pourquoi aucun objet représenté ici ne ressemble à son voisin. À travers cet ensemble hétéroclite, la créatrice polyvalente que je suis manifeste son goût pour la découpe au scalpel, la reliure artisanale, la couture sur papier, le modelage mais aussi pour la transparence, l’évocation ou la mélancolie poétique.

Ici, cheminement entre livre promenade, abécédaire décalé, portraits sculptés au scalpel, carnet coloré de souvenirs, livre de larmes...

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Des objets naissent fortuitement ; un support se présente, un besoin d'exorcismes se manifeste et en avant !  L’eau-de-soi (2011) est l'un de ces objets fortuits : il a à voir avec le non-formulable, l’intime, le tenu secret (qui déborde). Mais, par-delà sa présentation matérielle, l’objet appelle le tactile. Car, pour accéder aux mots écrits sur les cailloux de papier, pour accéder à un souvenir partagé, pas le choix, il faut se saisir de la bouteille et l’agiter, puis lire, deviner, imaginer... Ce rapport à la transparence comme au jeu qui remet en question la sacralité de l’œuvre d’art, ou encore, au vide, continuera d’habiter et de hanter mes productions livresques à venir. 

Là,  des formes arrondies piégées, côté face, le papier maculé de peinture acrylique, côté pile, des bribes...

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Dans le cadre de mon Master en Création littéraire contemporaine puis de mon Master en Art contemporain et Sciences humaines, j'interroge ma relation aux arbres, ceux peuplant ma jeunesse parisienne comme ceux rencontrés aujourd’hui, cet ensemble de sensations qui tapisse ma mémoire enfantine comme ma mémoire vive. De cette introspection, jaillissent des images photos, des dessins, des mots, des fragments variés évoluant en objets à lire, faits à la main, ou en recueils thématiques imprimés. Un portrait « kaléïdoscopique » se dessine et s’expose : l’arbre - socle de la mémoire, l’arbre - embrayeur de voyages en soi, l’arbre - digne prétexte à un inventaire fantastique, l’arbre - motif d’une écriture poétique et documentée...

Là encore, mince carnet d'études, inventaire photographique ou inventaire dessiné, triptyque, recueil... tout une arborescence d'expériences éditoriales à partir d'un même sujet !

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Dernier type de productions, mais non des moindres, inspirées des pochettes surprises qui me faisaient saliver de convoitise durant mon enfance, quatre boîtes. Elles renferment en leur sein une série d’images dessinées et reproduites par elle. Un bref récit inédit les accompagne. Comme un écho, un commentaire ou une introduction. L’ensemble se place entre un désir d’autofiction et une tentative d’autoportrait. Ces souvenirs en boîtes procèdent d’une envie : proposer une manipulation d’images comme lieu(x) de (ré)inventions.

Ici, enfin, se racontent une partie de pêche, une chasse aux objets perdus ; une invitation à danser ou à compter les arbres est lancée ? Peut-être ? Qui sait ? Il faudra toucher pour en savoir plus.
 
Information : Certains de ces travaux livresques font l'objet d'une présentation plus précise. Se rendre par exemple à la Page Objets livres. 
 
© ema dée

mardi 11 juin 2024

Concevoir des objets livres en regardant d'autres objets livres ?

Concevoir des objets livres en regardant d'autres objets livres procède en préalable d'une exposition de contenus, d'une explicitation de mécanismes. Pour parler de cela faire, aujourd'hui ? 

Traversant une petite crise identitaire sans fondement (encore une !), au cœur d'une colère elle, carrément justifiée, paradoxalement qui ne se calme pas, par envie, par besoin, sans raison à justifier... Parler de ma tendance à la collectionnite de livres et objets associés qui me ressemble et m'assemble.

Mais d'où cela vient-il ? D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé les livres. C'est le Genre du livre qui m'émeut et m'interpelle, qui a tendance à changer. Parce que j'ai dû beaucoup déménagé, j'ai égaré beaucoup de ce que j'appellerai mes premiers bouquins. Peut-être que ma collection commencée il y a plus de 10 ans vient combler une perte ? Panser symboliquement la mémoire amputée ?

Quand j'entrai au collège, je lisais à l'envi des romans d'aventures dans les collections La bibliothèque rose et La bibliothèque verte. Une insomnie se calmait grâce à ces lectures pleines d'attrait car il s'agissait de suivre sans s'interrompre les enquêtes d'une bande de cinq copains ou combattre le crime aux côtés de Fantômette... J'en avais peu mais je les relisait avec une surprise égale. Je me demande aujourd'hui si ces lectures trépidantes n'étaient pas le bon prétexte pour avoir régulièrement des interruptions de sommeil nocturnes !

Au lycée, je lisais des romans plus conséquents, plus sophistiqués sur bien des niveaux - par obligation scolaire, mais aussi par intérêt personnel. Je ne regrette pas d'avoir eu à décortiquer Le lys dans la Vallée d'Honoré de Balzac, Paul et Virginie de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre et d'avoir eu l'audace ! de lire tout Le Horla et autre contes, Apparition, Boule de Suif et autres contes de guerre, Pierre et Jean de Guy de Maupassant...  Il fut longtemps et reste une de mes références, qu'en bien même je lus plus tard avec passion d'autres nouvellistes tels que Dino Buzzati ou Alphonse Daudet.

J'aimais aussi la poésie. Comme beaucoup de jeunes de mon âge ou dans mon état, j'adulais Lautréamont, Charles Baudelaire ; j'aimais aussi les fantaisies graphiques de Guillaume Apollinaire, les textes en prose russes du 19ème... J'imaginais devenir écrivaine, dessinatrice ! C'est assez tardivement que je me suis penchée sur la littérature illustrée et les livres d'images. Bien sûr, j'avais parcouru Jules Verne ! Mais, l'intérêt pour la Littérature pour la Jeunesse, la bande dessinée, les livres d'artistes ne se développa que plus tard. Avant cela, je découvris le Nouveau roman, le théâtre d'Eugène Ionesco, le roman surréaliste, Jean Cocteau, André Breton...

La bande dessinée ? J'en avais déjà lue enfant, j'aimais tout particulièrement le personnage de Miss Hulk et lisais, amusée, les histoires de super-héros rehaussées de couleurs criardes mal imprimées : les Comics ? Tout un univers sur papier de mauvaise qualité !  Puis, vint la période de la BD d'humour, grâce à la presse qui en publiait : c'étaient des épisodes, des strips, des dessins engagés dont je me délectais, j'étais lectrice de journaux, alors, forcément. Il y avait Gary Larson, Achille Talon... Mais, il y avait surtout Gary Larson ! Et comment je me débrouillais pour trouver les cartoons publiés dans le New Yorker ? Mystère, mais j'étais parfaitement fan ! Mon engouement pour le dessin en noir et blanc vient assurément de cette période. La découverte de l'univers de la gravure (sur métal, lino, ou bois) que j'ai pratiquée à différents moments de mon parcours acheva de me convaincre de la beauté singulière de l'expression graphique au trait, et de la matière.

Plongeant dans la BD, le récit en images, je développai une curiosité certaine pour l'album pour enfants. J'ai peu de souvenirs de mes premières lectures, en ai-je eues ? J'ai l'impression d'avoir toujours eu en mains des livres non adaptés à mon âge. Qui lit les romans de James Hadley Chase ou  un manuel sur le Bouddhisme zen en rentrant du lycée ? Aussi, les livres illustrés pour enfants devinrent une fausse madeleine de Proust : j'en lisais pour me souvenir que je n'en n'avais jamais lus. 

Comment se fit le glissement des albums jeunesse, de la BD aux livres d'artistes, aux fanzines et autres étrangetés éditoriales ? Par rebonds. Parce qu'à une certaine époque, je fréquentais beaucoup les bibliothèques, je découvrais également des salons parisiens et ceux en Province, j'écoutais intensément des auteurs.trices et des illustrateurs.trices présenter, dans des rencontres publiques, leur démarche et leurs sources d'inspiration... Les livres d'images m'ont conduite aux beaux livres. Ils ont en effet fait le lit de mon intérêt pour la lecture et l'écriture critiques, pour l'analyse de la relation entre le texte et les illustrations, enfin, pour le livre dans sa matérialité pesante, odorante, colorée, tactile. Des études spécialisées, des missions professionnelles, des lieux, d'autres rencontres sont venus densifier, enrichir et complexifier mon rapport à l'acte de lire. 

Je saisis dans le même temps toutes les occasions de faire des affaires : Ah, les bouquinistes du Boulevard Saint-Michel, dans le 5ème arrondissement de Paris ! Le jour où j'acquis mon tout premier livre d'art, un objet double édité par le Musée de la Poste sur l'Art postal, au format à l'italienne, dont un avec une couverture cartonnée bleue et relié avec de larges anneaux de métal blancs, je sus qu'une grande et longue histoire allait s'écrire avec le média/ médium Livre. 

Attention ! Je ne me disais pas que j'avais trouvé là une chose rare. Que j'étais telle une chasseuse de truffes experte et doté d'un flair certain. Non, je me disais simplement que j'aimais la sensation éprouvée quand je tenais entre mes mains ses objets de culture, tout comme j'appréciais, pareillement, qu'ils accompagnent régulièrement mes recherches esthétiques. Les voir dans ma bibliothèque, qui s'étoffait doucement, modestement, me remplissait d'une aise comparable. Jusqu'à ce que je trouve d'autres sources documentaires, comme Les autres livres, livres d'artistes, un mince catalogue d'exposition sur la création éditoriale et artistique venue du Mexique. Un objet souvenir d'à peine 8 pages, publié par le Salon du Livre Paris en 2009, et qu'une hôtesse m'avait gentiment offert alors que c'était le dernier exemplaire disponible. 

Jusqu'à ce que je tombe sur un fanzine, un graphzine, un livre-objet... avec des étoiles salivantes dans les yeux sans vraiment comprendre totalement pourquoi.

Aujourd'hui, je regarde cette collection de beaux ouvrages de mon point de vue et je me dis qu'il y a forcément un lien. Des liens se sont tissés, entre ma manière de concevoir le livre, la relation objet/ lecteur et lectrice, l'écriture littéraire, ma sensibilité extrême à la matérialité qui n'exclut pas la dématérialisation, je la tiens simplement à bonne distance , et cet ensemble hétéroclite mais néanmoins homogène d'objets publiés à compte d'éditeur ou auto-édité, en nombre ou en exemplaire quasi unique objet de narration ou d'exposition, ou bien les deux. 

Il ne s'agit nullement de faire à la manière de et en même temps, quel mal y aurait-il franchement, si on le fait en toute conscience honnêtement ? Donc, pas de à la manière de volontaire et en pleine conscience de , mais simplement pour la sérénité. Comme il est doux de se dire qu'il existe des ouvrages hors cadres, ovniesques, non mainstream : ils sont la preuve que des artistes ONT des envies de partages singuliers, que des éditeurs audacieux peuvent y croire, que des imprimeurs explorateurs s'emballent...

Il faudrait à présent que j'en dresse un inventaire précis. Pour montrer un minimum de rigueur ! Il faudrait que je fasse de cet ensemble la description matérielle. Des lieux d'achat, des choix de supports, des thèmes seraient ainsi disponibles accessibles. J'écris "seraient" car je n'en ferai rien, au moment où je rédige cet article, la tâche me semblant à la fois titanesque et dérisoire ! Peut-être aussi parce que je n'ai pas encore trouvé la forme la plus adéquate pour rendre hommage au travail des artistes, des éditeurs et éditrices, des imprimeurs et imprimeuses, grâce à qui ces objets existent matériellement. Oui, il faudrait, il faudrait...

Dans l'attente de trouver cette médiation spécifique, voici quelques infos :

La provenance ? Par exemple le SPLJ de Montreuil, le Salon du Livre Paris, l'Espace Micro-édition/ BDFIL ou l'espace Underground/ SoBD, les librairies le Monte-en-l'air, Philippe le Libraire, Le Comptoir du livre (Liège) ou la FNAC (hé, oui !) ;

Les thèmes ? Par exemple : les colleuses d'affiches féministes, une adaptation de l'Art de la guerre, une galerie de portraits tronchus, une résidence d'Arts visuels avec des collégiens, une séance chez le psy, une scène de Roméo et Juliette revisitée ;

Les supports ? Essentiellement du papier qui change selon le mode d'impression (du papier ordinaire 70 g/m2 au papier cartonné 400 g/ m2 avec effet "tissé") ;

Les formats ? Très variés, variables : du livre de 2 cm à peine de côté au A3 (voire plus, mais ils restent encore rares dans ma collection);

Les genres ? Flip-book, leporello, pêle-mêle, recueil en texte-image, livre-photos, fanzine, graphzine, catalogue d'exposition, fac-similé, livre minuscule, feuillet double ou petit pavé imprimé !

© ema dée