vendredi 21 février 2020

De l'Amour/ 8


Une cité lumineuse dans une banlieue
Lointaine
Un boulevard morne serpentin la traversant 
Des automobiles le bordent lui sur tous ses flancs
Ici, en juillet le papillon turquoise est taquin 
Les herbes folles palpitent des pins suffoquent
Un mythomane à moteur à implosion multicolore 
Passe et repasse pétarade parfois 

Les rires-guêpes fusent devant la boulangerie
Une nuque rougit

Dans les appartements complices
Le coeur encagé des belles enrage
On a posé trois barreaux à la fenêtre de leur virginité
Sévères gardiens en fer griffé
Solides cadenas sur leur sexualité vorace
L'hydre de leurs désirs pubères charnels 
Et coupables 
Contre le bois contre l'inox la corolle-miroir
De plaisir las

Cinq corps battants en vacances
Sont en berne  

Note : ici, on peut suivre De l'Amour/ 7 et les autres.

©ema dée

mercredi 19 février 2020

De l'Amour/ 7


Dans un lycée d'une contrée aujourd'hui
Archivée
Ses murs ajourés les tilleuls de sa cour
Ovale
Que le soleil darde que la pluie mugisse
Que de blanc l'air s'emmitoufle
Les filles portent la jupe courte et aventurière
Les garçons manqués vont chapeautés
Le pantalon retroussé avec bretelles fines
Et large ceinturon
Aux véritables mecs le petit nœud à pois
Sur chemise en damier et falzar droit
Boutonné haut
Les autres filles elles se métamorphosent
Continuellement

À la sortie une rumeur

Les franges coupées net cancanent
Le temps célibataire s'éternise à quand
L'amour le vrai qui émeut des heures entières ?
Les casquettes à hélices mâchonnent
Du bubble gum pêche-abricot devisant
Sur l'inévitable ennui
La jeunesse est bourrée de stases, non ?
Les ongles vernis tambourinent sur
Leurs rêves d'excitantes conversations
Qui partage sa pâte de fruits citron ?
Ou alors on s'embrasse ?

Dans les rues les bousculades

Les maisons sages sonnent
Les féroces canidés dévorent le paillasson
Bienvenue qui tente sa chance ?
Au croisement hilare les cris d'opérette
Les pleurs de pacotille
Des yeux pistache-réglisse insistants s'enlacent
Cependant 
Je Tu on s'appelle ?

Note : ici, on peut lire De l'Amour/ 6 puis les autres.

© ema dée

De l'Amour/ 6


Avis de collision entre une péninsule 
Et un continent
Fracas tremblement et souffle au corps
Dans le soleil s'époumone un djembé
Une morue curieuse lisse sa chevelure 
Prise dans les filets des eaux calmes

Des balcons modérés grincent 
Des couloirs fougueux s'étourdissent
Montaigu et Capulet peuvent bien intervenir
Un soir des jours l'ébène et l'ivoire
Tant de plis tant de sueur !

Étincellement des paroles chuchotées
Le combiné confident sous la tente 
De chanvre
Cent serments adressés à l'éternité 

Mais un volcan tout à coup se réveille 
Tornades embûches impasse 
L'autorité moustachue veille
Tenace

La maison de Vénus en plein tourment
Un miroir éclate de sang et le sommeil 
Se traîne
Mars ulcéré guerroie contre sa naissance
Le désir courroucé l'âme en proie
à une aveugle violence
Fuir ? Fuyons... Fuyez donc !  

Note : ici, on peut suivre De l'Amour/ 5 et bien d'autres.

© ema dée

mardi 18 février 2020

De l'Amour/ 5


Regardez ce randonneur noctambule 
Assis présentement sur le cruel bitume
Saisi de solitude
Son cœur dans un cycle monocorde 
Le ressentiment avec toute sa horde
Comme le temps est dure, vieux
Comme le temps est rude et silencieux

Jadis il fut deux jadis il fut amoureux
Leurs corps-à-corps dans un lit à larges bords
Direction Wallis-et-Paradis
Mais l'objet chéri de ses touchants transports
Dans le houblon amer en volutes 
s'évapore
Et la furie-tambour à sa porte-fenêtre !

La Fortune sourit aussi aux malheureux
Entre à cet instant dans la capricieuse danse
Et sur le grand plateau elle pose
Sa carte de choix qui s'avance : une rêveuse en
Habit de Damas or et bleu 
Cherchant passionnément randonneur 
Fugueur et malchanceux

Note : ici, on lit les précédents.

© ema dée

lundi 17 février 2020

De l'Amour/ 4


Sous le casque blond cendré
Les yeux de rapace
Le dire mauvais en mots médisants 
Durs exagérés mais fleuris pour la saison
Un rire fort se déploie dans le mâle espace
Qui jette contre les murs râpeux les 
Bien timides murmures  
La lune est pleine le buffet de viandes
Est servi
Qui n'en veut ?

Sa gorge velue  ses sépales de molleton
Des airs d'autorité aux dents de rubis 
Suave
À califourchon sur le canapé tout cuir
Sonnent le glas des nymphettes
Liseuses
Lancent mille appâts dans les yeux miroirs
Meuglent soudain un Fado :
"Il n'y a que des vaches dont on désire la peau"
Qui viendra à ma belle fête ?

Note : ici, on peut lire De l'Amour/ 3 et les autres textes ensuite...

© ema dée

dimanche 16 février 2020

De l'Amour/ 3


Il était une fois une demoiselle
Petite joufflue et bien replète qui allait
Et venait la poitrine rebondie les hanches grasses
Et dansantes par les couloirs braillards les escaliers
Tapageurs 
Une salopette Tony Boy en guise
de justaucorps des ficelles de laine tressées
Pour toute couronne un pompon mal fichu
Pour tout diadème et la chemise d'un rouge sang
fripé

La petite rebondie s'abîmait ses rondes prunelles
Dans les eaux mouvantes de la piscine collective
Égrainant l'ennui pesant d'être si mal pubère
À son âge d'autres sont plus charmantes 
Et si scintillantes et si attractives, se disait-elle
À son âge d'autres ont cessé d'être laides

Ce qu'elle ne se voit point telle que je la vois
Son sourire de goulue son regard solaire
Coincé entre ses doigts vierges ? Une divine mort
Souffla le criquet au thorax d'or posé sur son brin 
D'herbe
Balançoire de fortune pendue à l'air moite de l'été 
En vacances dans une contrée lointaine faite
De pierres claires et de citronniers
 
Note : ici, on rejoint De l'Amour/ 2  ou De l'Amour/ 1

© ema dée

samedi 15 février 2020

De l'Amour/ 2

Un était un playboy de série B
Façon mauvais western
Roulant des mécaniques sur son cheval 
De course Citroën
La tignasse aux reflets fougueux 
L'allure fière aux montures argent serties
Dans son dos un aigle de cuir rutilant
Les pieds-santiags parés d'étoiles
Dans son œil l'éclat d'un noir d'or sale
Dans sa tête ceinte un souvenir 
D'enfance 
Sa chair tuméfiée aux lèvres fines

(À la surface de l'eau un frémissement)

Toutes reconnaissaient à Deux
Le charme bizarre la langueur serpentine
D'un modèle peint
Le triangle aigu de son visage de chat
L’œil hérissé le sourcil de cendre dilaté
Derrière l'éternel chemise à jabot blanc 
Froid
Sa dentelle mousseuse délicate 
Pauvre parure de reine sans trône !
Les mains pointues sages dévotes
Et la clope au bec à la dérive fumant ses rêves 
Adolescents

(Dans les profondeurs salines des tremblements)

Il fallut les petits petons de Trois 
Sa rondeur porcine 
Ses cris ébahis ses poings de porcelaine
Pour dresser un pont familial une digue 
De foi un toit d'espoirs

(À même le couffin le grand émerveillement persistant)

 © ema dée

vendredi 14 février 2020

De l'amour/ 1


Il vint à elle
(Ses yeux aux cils laiteux)
Et lui offrit un sachet de bonbons
Dedans des roses rouges des violettes mauves
Aux formes arrondies, douces et translucides
Comme modelées dans une pâte minérale de sucre
Opalescent

Le garçon dit : j'en ai trop pour moi-même"
Le garçon expliqua : " je ne pourrai pas tout manger"
En veut-elle ? Les veut-elle ? 
Tiens, je te les donne, tous.
Émue surprise gênée aussi elle ne s'y attendait pas
L'offrande exclusive alors elle accepta
(Ses joues de soie sauvage)

Et dans le carrosse d'ivoire aux vitres boisées 
Filant à flancs de montagne crépue
Caressant les herbes marines
(On ramenait les enfants au logis)
La bouche de la fille s'illumina

Elle sut bien des années après
(Tout se sait bien des années après)
Qu'il n'aimait pas les bonbons aux formes 
arrondies et rouges
Qu'il ne mangeait jamais de bonbons 
À la douceur de violette sucrée
Elle sut bien des années après qu'il était
Son prince 

Note : ici, on rejoint De l'amour/ 2

© ema dée