jeudi 27 février 2020

De l'Amour/ 15

D'elle
Des aspérités irrégulières à la surface
Si on y regarde de très près
La peau de lin tantôt rugueuse tantôt lisse
De loin s'agitent des formes coloriées 
Résonances disharmoniques
Le carré froid le triangle autoritaire et
La pulsation rouge du cercle flou
Sur son étendue mate et marine

Récit des origines 
Une figure noire tête minuscule corps
Massif traverse un espace nu
Cherchant à rejoindre quelques maisons 
Naïves closes et penchées 
Réunies telles des corneilles bavardes 
Au-dessus d'une ligne d'horizon ténue
Elles forment un minuscule village 
Ici, des arbres taillés pointus — des ifs ?
Là, des lacs suspendus avec audace
À moins que ce ne soit des nuages
Plats  

À chaque fois le même coup 
Au cœur la Toile ouvrant sa fenêtre
Conteuse 
Le même éclat feu dans son œil 
Les mots gonflant sa gorge s'arrêtant à mi-chemin
Imparfaits — incapables
Tout son être pris d'assaut — saisi 
Le sublime en plein sa face
Amoureuse de la Russie

 

Note : ici, on lit De l'amour/ 14  etc...

©ema dée

De l'Amour/ 14


Quand ils montaient sur scène

Elle chantait lui composait
De sa voix haut perchée puissante
Ventrale
Digne rivale des orgues des cathédrales
Il était l'écho vibrant grave et effrayant

Quand ils étaient sur scène

Lui arrangeait elle harmonisait
De sa présence quasi-électrique
Projetant alentour une lumière
Blanchâtre presque divine
Elle était l'aura aveuglante

Quand tout se taisait autour de la scène

Ils racontaient leurs peines de couple
Bicolore
Elle rondelette brune et tout à fait
Garçonne
Lui musculeux étiré un vrai fil de fer
Nerveux 
Gardant le troupeau de leurs rêves 
De gloires certaines

Ensemble sur scène 

Une mélopée pour graver
Dans les cœurs les contours majeurs 
D'une nouvelle ère : l'harmonie 
En si bémol do ré fa 
Entend apprend comprend qui voudra

 

Note : ici, on découvre d'autres histoires d'amour.

©ema dée

mercredi 26 février 2020

De l'Amour/ 13

Crissements rires et tintements
Un petit bois dans une nuit de banlieue
Sans faits divers
Crépite rougeoie et chauffe le feu de camp 
Expert dans les paires d'yeux à la ronde
C'est la fin de l'année scolaire l'été commence
Tourbillon houblon et herbe jaune
Non loin une bâtisse de bois 
L'observatoire !
Le solstice est loin 
La chaleur nocturne diffuse ses embruns 
Les clapotis aqueux d'un lac proche 
Où l'on plonge par erreur
Silhouettes dansantes ricanements et cris
D'effroi feints derrière un arbre bleu
Les poitrines grisées s'impatientent 
L'ennui regarde vers l'horizon étoilé
La reine du bal hilare au dernier
Degré se roule dans la paille
La complainte d'un saxophone 
Froissements chuchotements et pleurs
Le roi de la fête ne viendra pas ce soir

 

Note : pour lire les histoires qui précèdent, c'est ici.

© ema dée

mardi 25 février 2020

De l'Amour/ 12

Le corbeau c'est ainsi qu'elle on l'appelait
Non qu'elle eût le nez habile la narine
Haute et creuse l’œil d'un onyx brillant le corps lustré
Les pattes énormes et le cou agile
Non
Elle ne faisait pas de festin de chairs mortes
Elle ne vivait pas sur les fils électriques ni les poteaux 
Télégraphiques
Le corbeau — elle  — adorait s'envelopper de noirs
Voilé velouté rêche ou austère
Depuis le sommet de son crâne pointu
Jusqu'à ses pieds qu'elle avait fort grands et
Robustement chaussés
Chaque matin sur le temps en général
Le col remonté sa lourde crinière aux reflets 
Argent son regard ombré derrière 
Ses doigts d'arachnide elle croassait

On dit des âmes sœurs
Qu'elles peuvent se chercher 
Toute une vie et même dans 
Les suivantes sans se voir
Quelle ânerie !

Le corbeau s'enticha cependant d'un merle
Ridicule qui avalait les r crachait les t
Le toupet en désordre la démarche hésitante
Son plumage lunaire des lunettes frappées de cécité
Cœur pudibond à l'ombre gracile
Une proie ardue !

 

Note : ici, on lira De l'Amour/ 11 et autres histoires prose.

©ema dée

lundi 24 février 2020

De l'Amour/ 11

Pour que cette histoire se déroule
Au mieux
(Il y en a quelques-unes ici 
C'est heureux)
On va avoir besoin de fleurs un beau
Bouquet
Disons des lys et puis du chèvrefeuille
Et tiens, des jonquilles du lilas des gardénias
Et des bleuets et avec ça 
L'opportunité un jeudi soir
Une tragi-comédie bien frenchie
Se joue dans un coin du 9ème
Là un gars conquis danse une fille branque
Raconte son monde rauque
Puis il faut un bar cosy 
Un canapé trois places rhum et cherry
Des ombres paravents s'enlacent
Côté rue descendante
Des lampadaires grésillants
Mélodie curieuse de l'amour
Qui palpite
En échos des chants de tambour
Dans l'âme de l'homme qui
Dans les fils de sa tendresse s'emmêle
Le discours 
Heureusement la femme est un peu sourde
Et brindezingue et conquise 
Sur sa banquise en celluloïd
... "Je t'aime "
Et bah, tant pis ! Je paye

 

Note : ici, on peut lire De l'amour/ 10 et ainsi de suite.

©ema dée

dimanche 23 février 2020

De l'Amour/ 10

De mémoire de Cupidon
On ne put faire paire aussi
Mal assortie
Pourtant ils s'efforcèrent tous
Deux chacun à sa manière
Au tout début 
De lisser leurs vastes plis
De mêler leur destin tisser une belle
Aventure
L'une fredonnait l'autre martelait
L'un cuisinait l'autre se baffrait 
Tout semblait gai et sincère dans le logis
Les slips les culottes bien rangés les chemises
Les robes cousues boutonnées suspendues 
Les bureaux jumeaux dans
Le salon rétro tendu de bleu fleuri
Mais bon au beau milieu du roman
Rien à faire en zigzag avançait leur affaire
Pleine de lézardes dans le noir
La lumière tamisée cachant à peine
Les craquelures la lancinante haine
S'installant tranquille dans les murs 
Dans le canapé-lit la table les chaises
Et un jour tout se défit se délita 
Une parole auréolée de violences
Un geste de trop et tout fut fini de la romance
À trop cracher dessus on perd sa chance


 
Note : ici, on peut lire De l'Amour/ 9 et ainsi de suite.

©ema dée

vendredi 21 février 2020

De l'Amour/ 9

Comment lui faire comprendre
Que je l'aime bien ? se disait un écolier
Tâches de rousseur et dents du bonheur
En décochant un ultime coup de pied
À sa tendre voisine d'atelier de modelage
Ouf, ça sonne !
Dans l'unique encadrure avant la libération 
C'est bousculade de genres
Épaules contre épaules superbe embouteillage 
De cris
Enfin, rangez-vous ! discipline l'institutrice
La cour de feuilles et de flaques et de jeux
De mains
Jardin des délices de violences enfantines
Bataille de bras tranchées de coudes
Pluie de cailloux tirage de tignasse en règle
Poursuites collectives rafle d'élastiques roses
Et de billes
Honte à la jolie fille sage qui capitule 
Rugit qu'elle a mal
Pleure sous un marronnier sur sa triste vie 
De tête de truc à machin chouette qui l'agace 
À la récré
Regarde sous son kilt quel le jour qu'on est
Ah ? Dimanche ! 
Les moqueries se portent bien 
Ouf, on rentre !
Comment lui faire comprendre
Que je l'aime follement ? se disait un écolier
En mal de douceur cherchant la douleur

 

Note : ici, on découvre De l'Amour/ 8 et les autres. 

©ema dée

De l'Amour/ 8

Une cité lumineuse dans une banlieue
Lointaine
Un boulevard morne serpentin la traversant 
Des automobiles le bordent lui sur tous ses flancs
Ici, en juillet le papillon turquoise est taquin 
Les herbes folles palpitent des pins suffoquent
Un mythomane à moteur à implosion multicolore 
Passe et repasse pétarade parfois 

Les rires-guêpes fusent devant la boulangerie
Une nuque rougit

Dans les appartements complices
Le coeur encagé des belles enrage
On a posé trois barreaux à la fenêtre de leur virginité
Sévères gardiens en fer griffé
Solides cadenas sur leur sexualité vorace
L'hydre de leurs désirs pubères charnels 
Et coupables 
Contre le bois contre l'inox la corolle-miroir
De plaisir las

Cinq corps battants en vacances
Sont en berne  

   

Note : ici, on peut suivre De l'Amour/ 7 et les autres.

©ema dée

mercredi 19 février 2020

De l'Amour/ 7

Dans un lycée d'une contrée aujourd'hui
Archivée
Ses murs ajourés les tilleuls de sa cour
Ovale
Que le soleil darde que la pluie mugisse
Que de blanc l'air s'emmitoufle
Les filles portent la jupe courte et aventurière
Les garçons manqués vont chapeautés
Le pantalon retroussé avec bretelles fines
Et large ceinturon
Aux véritables mecs le petit nœud à pois
Sur chemise en damier et falzar droit
Boutonné haut
Les autres filles elles se métamorphosent
Continuellement

À la sortie une rumeur

Les franges coupées net cancanent
Le temps célibataire s'éternise à quand
L'amour le vrai qui émeut des heures entières ?
Les casquettes à hélices mâchonnent
Du bubble gum pêche-abricot devisant
Sur l'inévitable ennui
La jeunesse est bourrée de stases, non ?
Les ongles vernis tambourinent sur
Leurs rêves d'excitantes conversations
Qui partage sa pâte de fruits citron ?
Ou alors on s'embrasse ?

Dans les rues les bousculades

Les maisons sages sonnent
Les féroces canidés dévorent le paillasson
Bienvenue qui tente sa chance ?
Au croisement hilare les cris d'opérette
Les pleurs de pacotille
Des yeux pistache-réglisse insistants s'enlacent
Cependant 
Je Tu On s'appelle ?

 

Note : ici, on peut lire De l'Amour/ 6 puis les autres.

© ema dée

De l'Amour/ 6

Avis de collision entre une péninsule 
Et un continent
Fracas tremblement et souffle au corps
Dans le soleil s'époumone un djembé
Une morue curieuse lisse sa chevelure 
Prise dans les filets des eaux calmes

Des balcons modérés grincent 
Des couloirs fougueux s'étourdissent
Montaigu et Capulet peuvent bien intervenir
Un soir des jours l'ébène et l'ivoire
Tant de plis tant de sueur !

Étincellement des paroles chuchotées
Le combiné confident sous la tente 
De chanvre
Cent serments adressés à l'éternité 

Mais un volcan tout à coup se réveille 
Tornades embûches impasse 
L'autorité moustachue veille
Tenace

La maison de Vénus en plein tourment
Un miroir éclate de sang et le sommeil 
Se traîne
Mars ulcéré guerroie contre sa naissance
Le désir courroucé l'âme en proie
à une aveugle violence
Fuir ? Fuyons... Fuyez donc !  

 

Note : ici, on peut suivre De l'Amour/ 5 et bien d'autres.

© ema dée

mardi 18 février 2020

De l'Amour/ 5

Regardez ce randonneur noctambule 
Assis présentement sur le cruel bitume
Saisi de solitude
Son cœur dans un cycle monocorde 
Le ressentiment avec toute sa horde
Comme le temps est dure, vieux
Comme le temps est rude et silencieux

Jadis il fut deux jadis il fut amoureux
Leurs corps-à-corps dans un lit à larges bords
Direction Wallis-et-Paradis
Mais l'objet chéri de ses touchants transports
Dans le houblon amer en volutes 
s'évapore
Et la furie-tambour à sa porte-fenêtre !

La Fortune sourit aussi aux malheureux
Entre à cet instant dans la capricieuse danse
Et sur le grand plateau elle pose
Sa carte de choix qui s'avance : une rêveuse en
Habit de Damas or et bleu 
Cherchant passionnément randonneur 
Fugueur et malchanceux

 

Note : ici, on lit les précédents.

© ema dée

lundi 17 février 2020

De l'Amour/ 4

Sous le casque blond cendré
Les yeux de rapace
Le dire mauvais en mots médisants 
Durs exagérés mais fleuris pour la saison
Un rire fort se déploie dans le mâle espace
Qui jette contre les murs râpeux les 
Bien timides murmures  
La lune est pleine le buffet de viandes
Est servi
Qui n'en veut ?

Sa gorge velue  ses sépales de molleton
Des airs d'autorité aux dents de rubis 
Suave
À califourchon sur le canapé tout cuir
Sonnent le glas des nymphettes
Liseuses
Lancent mille appâts dans les yeux miroirs
Meuglent soudain un Fado :
"Il n'y a que des vaches dont on désire la peau"
Qui viendra à ma belle fête ?

 

Note : ici, on peut lire De l'Amour/ 3 et les autres textes ensuite...

© ema dée

dimanche 16 février 2020

De l'Amour/ 3

Il était une fois une demoiselle
Petite joufflue et bien replète qui allait
Et venait la poitrine rebondie les hanches grasses
Et dansantes par les couloirs braillards les escaliers
Tapageurs 
Une salopette Tony Boy en guise
de justaucorps des ficelles de laine tressées
Pour toute couronne un pompon mal fichu
Pour tout diadème et la chemise d'un rouge sang
fripé

La petite rebondie s'abîmait ses rondes prunelles
Dans les eaux mouvantes de la piscine collective
Égrainant l'ennui pesant d'être si mal pubère
À son âge d'autres sont plus charmantes 
Et si scintillantes et si attractives, se disait-elle
À son âge d'autres ont cessé d'être laides

C'est qu'elle ne se voit point telle que je la vois
Son sourire de goulue son regard solaire
Coincé entre ses doigts vierges ? Une divine mort
Souffla le criquet au thorax d'or posé sur son brin 
D'herbe
Balançoire de fortune pendue à l'air moite de l'été 
En vacances dans une contrée lointaine faite
De pierres claires et de citronniers

  

Note : ici, on rejoint De l'Amour/ 2  ou De l'Amour/ 1

© ema dée

samedi 15 février 2020

De l'Amour/ 2

Un était un play-boy de série B
Façon mauvais western
Roulant des mécaniques sur son cheval 
De course Citroën
La tignasse aux reflets fougueux 
L'allure fière aux montures argent serties
Dans son dos un aigle de cuir rutilant
Les pieds-santiags parés d'étoiles
Dans son œil l'éclat d'un noir d'or sale
Dans sa tête ceinte un souvenir 
D'enfance 
Sa chair tuméfiée aux lèvres fines

(À la surface de l'eau un frémissement)

Toutes reconnaissaient à Deux
Le charme bizarre la langueur serpentine
D'un modèle peint
Le triangle aigu de son visage de chat
L’œil hérissé le sourcil de cendre dilaté
Derrière l'éternel chemise à jabot blanc 
Froid
Sa dentelle mousseuse délicate 
Pauvre parure de reine sans trône !
Les mains pointues sages dévotes
Et la clope au bec à la dérive fumant ses rêves 
Adolescents

(Dans les profondeurs salines des tremblements)

Il fallut les petits petons de Trois 
Sa rondeur porcine 
Ses cris ébahis ses poings de porcelaine
Pour dresser un pont familial une digue 
De foi un toit d'espoirs

(À même le couffin le grand émerveillement persistant)

 

© ema dée

vendredi 14 février 2020

De l'amour/ 1


Il vint à elle
(Ses yeux aux cils laiteux)
Et lui offrit un sachet de bonbons
Dedans des roses rouges des violettes mauves
Aux formes arrondies, douces et translucides
Comme modelées dans une pâte minérale de sucre
Opalescent

Le garçon dit : "j'en ai trop pour moi-même"
Le garçon expliqua : "je ne pourrai pas tout manger"
En veut-elle ? Les veut-elle ?
Tiens, je te les donne tous
Émue surprise gênée aussi elle ne s'y attendait pas
L'offrande exclusive alors elle accepta
(Ses joues de soie sauvage)

Et dans le carrosse d'ivoire aux vitres boisées
Filant à flancs de montagne crépue
Caressant les herbes marines
(On ramenait les enfants au logis)
La bouche de la fille s'illumina

Elle sut bien des années après
(Tout se sait bien des années après)
Qu'il n'aimait pas les bonbons aux formes 
Arrondies et rouges
Qu'il ne mangeait jamais de bonbons 
À la douceur de violette sucrée
Elle sut bien des années après qu'il était
Son prince

 

Note : ici, on peut lire De l'Amour/ 3 et les autres textes ensuite...

© ema dée