vendredi 21 décembre 2018

Il était une fois quelqu'une, dans un quelque part inspiré par Henri Michaux

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Au dernier semestre de l'année 2017, assise sur une chaise durant un atelier d'écriture littéraire conduit par Virginie Gautier, auteure et chercheuse à l'université de Cergy-Pontoise, quelqu'une redécouvre la poésie de l'écrivain belge Henri Michaux (1899-1984).  Une poésie dense, imagée, violente, bizarre, narrative... associée ou pas à des peintures, des dessins à l'encre de Chine, et qui souvent la laisse perplexe, avec dans l'esprit, beaucoup d'interrogations qui ne demandent aucune réponse, paradoxalement : "qu'est-ce qui s'est raconté... qu'est-ce que cela peut bien signifier... qu'a voulu (se) dire le poète... qu'est-ce qui me plaît tant alors qu'il me semble ne rien comprendre, ne rien retenir ?"

Cette même quelqu'une, assise sur sa chaise, attentive et inspirée (elle, pas la chaise),  se souvient qu'elle a déjà lu plusieurs recueils du poète (et artiste peintre), à un moment de son intérêt passionné pour la poésie contemporaine francophone. Par exemple, elle se rappelle avoir parcouru Plume, Épreuves et exorcismes 1940-1944, La vie dans les plis, La nuit remue et Face aux verrous. Quelqu'une est de ce genre de personnes qui a pour tout, en général, et la culture, en particulier, une fâcheuse tendance à la collectionnite et à la consommation compulsive boulimique (mais sans rejet provoqué) : elle cultive un intérêt de collectionneuse momentanée, moins de spécialiste de.


Pour autant, ces lectures l'ont remplie d'un quelque chose d'indicible, qui remue en dedans, avec un plaisir familier, alors qu'elle redécouvre l'écriture du poète quelques années plus tard, assise sur une chaise d'université, bien contente d'elle et très concentrée sur ce qu'elle entend.

Quelques-unes et quelques-uns lisent ensemble Quelqu'un, un long poème autour de l'anaphore "Quelque part, quelqu'un," extrait du recueil À distance

De cette expérience de redécouverte de l'autre et de réécoute d'elle-même, quelqu'une garde deux informations importantes pour sa suite créative

- 1) La personnalité violemment indépendante, déracinée, quasi sauvage, d'Henri Michaux qui se manifeste dans l'écriture, par un rejet d'une poésie à la prosodie "consensuelle", "attendue" au bénéfice d'une rythmique surprenante (en permanente redéfinition) et qui contrarie, interdit, notamment, une écoute passive...  N'est-elle pas elle-même en train d'écrire son identité à travers ses œuvres, sa propre recherche... N'est-elle pas elle-même farouchement sauvage... à sa manière ?

- 2°) Lire-écouter le poète, c'est vivre un engagement de tout son être... Il faut donc qu'à son tour son écriture (s') engage.


Après plusieurs remaniements et corrections qui lui permettent aussi de ruminer poétiquement son message singulier, quelqu'une accouche de Préliminaires. Il s'agit d'un long poème, au rythme heurté, composé autour de l'anaphore "quelqu'un"et qui mêle souvenirs d'adolescence, ambiance fantastique, séduction et violence. À travers ce texte - hommage  qui, en outre, vient approfondir sa réflexion esthétique personnelle sur la liste dans l'écriture d'invention,  quelqu'une remet au goût du jour, son attachement pour le conte, le récit du souvenir et la lecture à voix haute performative. 

Une première lecture de ce texte sera présentée, en musique, au cours du cabaret littéraire Mange Tes Mots#6 qui s'est tenu le jeudi 29 novembre, au café Lou Pascalou dans le 20ème arrondissement à Paris. Cette présentation est le fruit d'une collaboration bienheureuse avec le groupe de Coldwave, Blanc Cube (Julia Abadie + Lola Guigand). Bienheureuse, car elle a pris forme grâce à une rencontre et une écoute réciproque au cours d'un autre cabaret littéraire en avril dernier. Ont suivi l'envie de faire et puis celle de créer concrètement, envie commune qui a permis de combiner des idées de part et d'autre, de trouver, ensemble, une tonalité de corps, et enfin, de produire une œuvre collective.

Pour les curieuses-x, les intriguées-és et les autres, je vous livre le poème Préliminaires (dans son intégralité) ainsi qu'une captation sonore (joliment introduite par Galatée) d'environ 12 minutes et réalisée en direct live  :
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Un très grand MERCI à toutes !

© Blanc Cube © margot "Galatée" ferrerra  © héloïse "Médusa" brézillon © ema dée

lundi 10 décembre 2018

Écrire-dessiner la dystopie pour Improzine : une contrainte créative !

Chaque année depuis maintenant quatre ans, Improzine, le blog de l'impro BD fan d'images, de fictions et de musiques, de surcroît , se lance un défi graphique et littéraire pour la Journée de soutien au Cinéma indépendant qui se fête religieusement le 3 décembre.


De quoi s'agit-il ? Les éminents membres actifs du blog proposent à tour de rôle un sujet en lien avec une certaine actualité cinématographique et/ou personnelle. Sur le sujet, il faut imaginer le scénario d'un film et en livrer le jour dit : un synopsis alléchant et une affiche encore plus alléchante ! En dehors du fait de produire sur un média culturel qui le passionne, le cinéma, Improzine impose l'idée de l'Impro des Cinés comme l'occasion de se mettre joyeusement au défi, de sortir de " sa zone de confort créative" et de s'interroger, en filigrane, à partir de sa propre production, son style et ses obsessions, sur les caractéristiques des genres et pourquoi on les aime ou on les déteste tant.

Ainsi, en l'An 1, Improzine expérimente sa géniale idée et propose de plancher sur l'autofiction ; en l'An 2, l'équipe réfléchit sur les tenants graphiques et aboutissants scénaristiques du polar ; en l'An 3, le conte des mots et des images était à l'honneur ; en l'An 4, l'équipe s'abîme les neurones et les doigts sur la dystopie.

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La dystopie ? Un sujet sur lequel, je me suis arraché les cheveux. Encore, une fois. Car, créer sur un genre cinématographique n'est pas un exercice courant dans ma production. Je réalise, alors que j'écris cette phrase, que, finalement, chaque sujet posé m'aura plongée dans un abîme de confusion et de terreur. Il m'aura fallu, à chaque fois, en amont, étudier mes références, faire des recherches notamment terminologiques, revoir quelques films phares...


Imaginer, écrire, dessiner la dystopie revient pour moi à : 1, interroger d'une manière critique ma conception du monde ; 2, trouver un angle d'a(pp)ccroche clair ; 3, présenter  de manière singulière un propos vastement traité un monde inversé — ;  4, me pencher sur le comment évoquer cet autre monde, parallèle, alternatif, critique, pour qu'il sonne vrai, réaliste vraisemblable ! Le réalisme dans une fiction ? C'est évoquer en cinq mots tout un programme personnel, une problématique profonde, en fait. Et 5, lister les moyens créatifs réellement maîtrisés et "convocables" pour y parvenir... 

Au passage, il me semble que les points 2, 3, 4 et 5 n'en forment qu'un : 2, quoi dire qui soit pertinent et jouissif au niveau créatif comme au niveau littéraire, pour répondre à la contrainte de ce nouveau sujet ? Un public : les adolescents et les adulescents. Une progression : trois parties. Une ligne d'écriture narrative : une société fictive reposant sur un modèle d'organisation "parfait", contenant en son sein les propres germes de sa destruction et se présentant, sur certains aspects, comme un système coercitif — entendez inégal, asservissant, liberticide — pour (tous) les peuples concernés.

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En contrepoint du style graphique et narratif des affiches cinéma actuelles, je veux parler de celles réalisées à partir de photographies qui me parlent, en général moins artistiquement, je propose cette année un visuel qui regarde de loin mais qui regarde quand même vers les productions graphiques des 1970's, riches de stratégies narratives et mises en scènes fortes :  représenter des moments et personnages clés grâce aux changements d'échelles, au recours à la stratification, la superposition, l''accumulation de détails visuels, ou le choix de couleurs, d'une (ou plusieurs) typo...


Parce que j'avais envie de tirer ma production vers ce genre d'affiche très composé, avec plusieurs moments, plusieurs points de vue représentés, plutôt que de me concentrer comme dans mes autres projets d'affiches, sur les héros de la fiction racontée. C'est vouloir, sans doute, remettre au premier plan le récit avec des figurants et un contexte, plutôt que des acteurs au service d'une histoire. 

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La fiction que j'ai proposée s'intéresse au rapport qu'entretiennent les animaux, les rats,  et les êtres humains, hommes, femmes de tous âges, sur un même territoire. Ce territoire est ici partagé : les premiers vivent partout où ça leur chante et où il y a de la nourriture, au grand air dans les villes comme dans les champs ; les seconds vivent au-dessous, dans les bas-fonds, se terrant, ou sont cachés. Les premiers composent une société organisée autour d'espèces supérieures, à priori ; les seconds vivotent et attendent un guide. Plusieurs influences dans ce récit : de loin, la fable de Jean de La Fontaine, Le rat des villes et le rat des champs ; et de très près, les romans L'empereur des rats de Bernard Lenteric et La planète des singes de Pierre Boulle adapté au cinéma et à la télévision. 

Mais c'est surtout une anecdote qui est à l'origine de tout :

" Un soir en rentrant chez moi, un rat d'environ 12 cm (estimés en partant du museau jusqu'au bout de la queue) croise ma route, à petits pas pressés sur l'asphalte humide, et rejoint une zone de la ville en chantier, à une centaine de pas de mon immeuble. Ce qu'il faut savoir, c'est que depuis plusieurs années, la ville où je vis est en chantier, car elle es incluse dans un grand projet urbain visant à créer une future Métropole parisienne dans laquelle les inégalités sociales et territoriales pourront être gommées, l'économie stimulée, paraît-il.

Ce vaste chantier a des répercussions visibles au quotidien, des transports en commun saturés, une circulation souterraine chaotique même hors heures de pointe, par exemple. Je pense qu'il a aussi des répercussions moins manifestes mais tout aussi gênantes comme l'augmentation de poussière dans l'atmosphère. Je ne peux m'empêcher alors que je vois ce rongeur se précipiter pour se mettre à l'abri, à un autre type de déplacements, celui des petits peuples de la nuit, aux dents acérées, aux griffes alertes et expérimentées, tels que les rats, les "grignotte-rails" (cf. Mimic de Guillermo del Toro), qui furètent partout en maîtres des lieux.  Je ne peux m'empêcher de penser, très certainement à tort :  en nombre et en volonté, ne sont-ils pas sur terre, plus nombreux et plus tenaces que nous autres, les humains ?"

Pour découvrir ma proposition Wild species, chroniques de l'Altermonde, c'est ici ; pour découvrir toutes les archives de ce beau projet clin d'oeil au cinéma indépendant, ce sera .

Merci pour votre curiosité ! 

© ema dée

vendredi 7 décembre 2018

La jolie cause rouge coquelicot


En ce 7 décembre parisien, gris, pluvieux, venteux et morne même en soirée, je remets le couvert et signe, avec une nouvelle production graphique, mon soutien au mouvement "Nous voulons des coquelicots" dont je vous ai déjà parlé en octobre. 

"Nous voulons des coquelicots" est un collectif qui milite contre l'usage des pesticides en France, dans un but, bien sûr, environnemental, mais aussi sociologique, économique et humain, avec une arme démocratique, la collecte du plus grand nombre de signatures en faveur de l'interdiction des pesticides de synthèse, et un signe distinctif, le coquelicot - cocarde, formé de pétales réunis par un pin's central protégé par une résine, à s'accrocher à la boutonnière (mais chacun peut se fabriquer le sien et le porter selon son goût). 

Le jeune mouvement qui a déjà réuni simultanément 500 rassemblements en France le 5 octobre s'est poursuivi, aujourd'hui.

Dans ma ville, en proche banlieue, je n'ai pas vu de rassemblements en faveur de cette cause, comme préconisé dans l'appel, c'est-à-dire devant l'Hôtel de ville à 18h30. Je n'ai pas vu de rouge, rond et écarlate, sur les cols de manteaux, les chapeaux, bonnets, écharpes ou étoles, durant la journée (en amont du second rassemblement). Nul rouge dans les rues, ni dans les magasins, ou les transports en commun. 

Je me suis promenée à Paris ; je suis allée dans une galerie, dans un salon. Je n'ai pas croisé non plus de rouge porté à la boutonnière, je crois même n'avoir vu aucune touche de rouge d'aucune sorte ni d'aucune forme sur quiconque. Il a plu, cependant, ça n'aide pas à la démonstration publique ni au soutien ; il a beaucoup plu, en effet, par averses intermittentes, froides et insistantes, suffisamment fortes, je pense, pour dissuader l'élégance du geste.  Oui, je le crois absolument.
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Il se peut que les coquelicots étaient là, finalement, bien présents, partout, solidement accrochés, épinglés ou cousus,  dans l'attente, au plus près du cœur, sur le pull, la chemise, le gilet, le T-shirt, et sous le manteau, la veste, la capeline, la doudoune ou l'imperméable, bien à l'abri des intempéries, du vent glacé et des regards. 

J'aimerais.

J'apprends qu'ailleurs, il s'en passe des choses, qu'il s'en ai passé des choses, qu'il s'en passera d'autres... des choses. Très bien.

Pour ma part,  pour l'occasion, j'ai sorti, à nouveau, feutres, feutres pinceaux, et crayons de couleur et ai imaginé une composition à partir de l'idée de signature, de rassemblement, d'organisation, car le mouvement se doit d'afficher et de préserver son organisation... et il a besoin de soutien. Mon coquelicot de soutien est rouge, multiple et se déploie sur papier blanc C à grain fin. 

Pensez à vous mettre vous aussi au rouge, rond et écarlate !


© ema dée

lundi 19 novembre 2018

Dessiner-écrire la Journée internationale des Droits de l'Enfant

"Dans une petite banlieue verte et tranquille. Madame Madame et Mamzelle Zelle, meilleures amies du monde depuis la rentrée de 6ème E et âgées respectivement de 12 ans 1/4 et 11 ans 3/10ème ont sorti le grand jeu et mis les petites pâtisseries dans les grands plats : tout est prêt, en ce joli après-midi dominical de la troisième semaine du mois de mai de l'année 1988, pour récolter des fonds. Dans un but strictement lucratif : s'offrir une place au soleil !"

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Une illustration, dans un style "rétro" essentiellement au trait, qui veut surfer - mais avec humour - sur deux thèmes très sérieusement évoqués et défendus dans la Convention internationale des Droits de l'Enfant (ou CIDE), le jeu (ou le Droit de jouer et d'avoir des loisirs) et le travail des enfants (Droit social/ Contre l'exploitation). 

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C'est une scène imaginaire : enfant, je n'ai pas eu l'occasion de jouer à la marchande de gâteaux, de biscuits et de citronnades faits maison, installée dehors, avec une copine de classe, devant un étal bien garni. Il aurait fallu, pour cela, que je m'organise pour en faire beaucoup, des pâtisseries, et surtout, que je résiste, à l'envie de grignoter dedans comme je grignote, à chaque fois, le trognon du pain du dimanche matin, il aurait fallu que je résiste à y mettre les doigts comme j'enfonce mes doigts dans la mie du pain tout juste acheté à la boulangerie, le dimanche. Non, je n'aurai rien pu vendre, rien du tout. 

Un paragraphe qui arrive comme un cheveu sur la soupe, peut-être, mais qui me fournit l'occasion de dire, qu'aujourd'hui, partout dans le monde, sera fêtée la Journée internationale des Droits de l'Enfant, célébration anniversaire qui est l'occasion, notamment pour l'UNICEF, de dresser un bilan des belles avancées et des petits bons réalisés depuis l'année précédente, en plus de pointer la distance qu'il reste à parcourir, encore, pour faire de chaque coin de la Terre, un territoire propice au bonheur pour tous les adultes en devenir.

Une journée suivie, suivie... 

© ema dée

La Journée internationale de l'homme, c'est reparti!

La Journée internationale de l'homme* met en avant, cette année, le concept de "Héros du quotidien", ces hommes qui ont montré courage, force et abnégation, pour se rendre maîtres d'une situation désespérée, d'urgence et/ ou dangereuse, ces hommes qui ont eu, à un moment donné  et contre toute attente, une conduite exemplaire.

J'aimerais, pour ma part, parler de l'homme ordinaire. Mais, qu'est-ce qu'un "homme ordinaire" ? 


L'homme ordinaire, il me semble, est celui qui ne fait pas la Une des magazines People, ce n'est pas une personnalité dont les frasques extraordinaires noircissent les tabloïds, ni une star de Showbizz ou un personnage politique, ce n'est pas une célébrité du monde de la Culture, des Arts, des Sciences, des Lettres, des Affaires, de la Diplomatie... bref, l'homme ordinaire, c'est l'individu lambda, l'homo discretus, l'homo volontarus, l'homme du commun, qui, vêtu de son anonymat à fermeture éclair, à scratch ou boutonnière, traverse la vie ici-bas, en faisant de son mieux, avec ce qui lui a été donné au départ : un contexte (privé) favorable (ou peu facilitant) avec lequel il devra composer (consciemment et inconsciemment) jusqu'à son dernier souffle, une manière de voir et d'être dans le monde une démarche qui lui est propre , et un (petit) capital, c'est-à-dire un ensemble composite de biens et de qualités très inégalement distribués, il faut en convenir. 

Par exemple, un physique. 

L'homme ordinaire a pu, il y a longtemps, mais ne peut plus, à présent, se plaindre ou craindre de ne ressembler à rien, car, tout existe, à présent tout ou presque , pour l'assister et le soutenir dans le projet qu'il s'est donné, à tous les grands moments de son existence et de sa trajectoire : être bien. (La concrétisation satisfaisante du projet varie en fonction de la pugnacité de chacun ET de sa position sur l'échelle du grand capital.)  Veut-on être simplement charmant ou plutôt séduisant, beau, carrément charismatique, mieux, inoubliable ?

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Pour ne pas risquer de dire et de médire, je suis allée moi-même chercher l'information sur le sujet, et j'ai vite réalisé qu'Internet, notamment,  regorge de sites, blogs et posts de journaux en ligne, très concernés par la question de la "beauté" au masculin ; il faut entendre par beauté, conseils en bien-être et soins esthétiques, propositions vestimentaires et coaching, car, la beauté physique n'est rien sans la beauté du comportement
Alors bien sûr, le risque, à soutenir ce foisonnement de préoccupations, ce déferlement de petites attentions, qui de la barbe, qui de l'épilation du torse, qui des liftings du contour de l’œil, qui des lotions capillaires et corporelles, qui des stimulants anti-graisse, qui des galbants musculaires, c'est la stigmatisation. 

Comment, en effet, ne pas stigmatiser l'homme du commun qui n'a recours à aucune de ces aides bienvenues ou "artifices" (entendons "trucs de gonzesses" en langage plus imagé) ? Et comment ne pas stigmatiser, à l'inverse, l'homme du commun qui use et abuse des fragrances, des bains, des huiles, des crèmes, des sérums, des gélules, des vernis, des cires, des étoffes, des pommades, des baumes, etc ?  ... 
En ce qui me concerne, je trouve à la fois  insolite et touchant de voir, dans le métro parisien, sur une affiche grand format, une publicité promouvant un site ou une boutique entièrement destinée aux soins pour les hommes et, qui met en scène uniquement des hommes. Comme je trouve à la fois insolite et touchant de voir dans un film, un individu au départ peu engageant, un peu loser même (pour diverses raisons scénographiques), se transformer, par exemple, en pro de la natation synchronisée (Le grand bain, de Gilles Lellouche), ou un homme rustre (pour des raisons de genre cinématographique) montrer de la délicatesse et de l'intérêt pour son hygiène intime (Les frères Sisters, de Jacques Audiard)

Un événement qui s'enrichit et qui dure...

* La difficulté qui peut surgir lorsque l'on cherche à se renseigner sur cette journée qui ne serait pas "officielle", c'est le manque d'informations en français. Pour autant, il est possible de lire ceci, ici.
 
© ema dée

jeudi 15 novembre 2018

Créations humaines & trésors de la nature à la galerie Matières d'Art

La galerie d'Art et Décoration Matières d'Art, sise au 2 de la très tranquille rue de Franche-Comté dans le 3ème arrondissement à Paris, se découvre comme toutes les choses rares et précieuses, par un heureux concours de circonstances. Ou il faut connaître le lieu, être, en quelque sorte, averti-e de l'imminence d'un te-à-tête avec le merveilleux.

Déjà, s'arrêter devant ses deux grandes vitrines où des bien jolies choses comme des figurants aux faciès, corps et matières variés s'exposent, c'est partir en voyage. Et pousser la porte d'entrée – avancer puis fermer derrière soi – c'est se dépouiller de sa précipitation rituelle quotidienne et plonger, sans annonce, dans une atmosphère enveloppante, douillette, cosy. Ici, chacun-e progresse sur un sol pavé de couleurs, accueilli-e dans des murs apaisés tirant sur le jaune safran.

Parmi les matières brutes, "blocs" de roches de la taille de deux mains matures réunies ou minéraux d'une fragile délicatesse car presque aussi petits qu'une tête d'épingle – produits de la nature aux couleurs "irréelles" –, il y a d'autres matières, celles-là sont ouvragées, polies, sculptées, vernies, cuites, peintes, incrustées, des matières d'arts – fer, grès, argile, acrylique, bronze, verre, papier, bois – travaillées.


Ici, le visiteur, la visiteuse, se retrouve cerné-e par la beauté qui émane de la rencontre entre les objets issus du labeur artistique de joailliers, de sculpteurs, de dessinateurs, de peintres... et ceux issus de la nature, de ses plateaux désertiques, de ses sols volcaniques, de ses fonds marins, de ses flans de montagnes. Ici, la visiteuse, le visiteur, fait l'expérience de l'évidente présence d'un rapport esthétique particulier à la matière naturelle, vierge de tout contact qui aurait pu la souiller. En de nombreuses pierres, toutes singulières, elle se dévoile rugueuse, puis grumeleuse, puis lisse, striée, anguleuse, puis arrondie. 

Pièces fabriquées ou collectées – observées, choisies et apportées des quatre coins du monde par des globe-trotters et des passionnées-és –, tout est à portée du regard, sagement entreposé. Comme dans un cabinet de curiosités, chaque œuvre est ici soigneusement étiquetée et montrée de la manière la plus appropriée, sur son socle, sa vitrine, son étagère. Dans cet ensemble hétéroclite savant, le regard fait de multiples petits bonds, passant d'une pièce à l'autre, conservée et révélée – chaque fois –  dans son écrin de verre, de tissu ou de bois, seule ou accompagnée. Et ainsi, l’œil détaille, avec ravissement et curiosité, les camaïeux improbables de blancs laiteux, opalescents, translucides ou irisés, les déclinaisons insolentes de bleus, de rouges, de verts, de bruns , de jaunes – de l'ocre au soufre.

À chacun, chacune, bercé-e par la mélodie aqueuse d'une fontaine intérieure, de trouver en ce lieu, maintenant ou plus tard – mais sûrement –, le trésor de la terre, la pièce d'art, avec laquelle dialoguer, entrer en relation de fascination amoureuse. Pour ne pas se laisser submerger par l'étrange langueur de la suspension du temps, il convient d'arpenter naturellement la galerie, ou, tout au contraire, d'une manière hiératique ou quasi enfantine, en butinant des yeux les pistils étincelants des gemmes et des objets de création


La galeriste qui favorise passionnément le dialogue entre l'art de la Nature et la création humaine, peut être tout à la fois guide, collectionneuse, marchande et conteuse d'histoires où le Zircon courtise l'Howlite, où la Labrodorite surprend l'Ammonite brute opalisée en compagnie de la Zoisite rubis et où la Sodalite s'ennuie de l'Aventurine rose. Par exemple... C'est un voyage dans la nature généreuse duquel il est possible de rapporter avec soi un souvenir unique.

Pour ma part, je rapporte de ma première échappée belle en ce domaine, lovés dans ma mémoire rétinienne  :
- la masse impressionnante d'une paire d'ailes noires ;
- des éclats rocheux gris argent, brillants traversés d'or ;
- la rondeur expressive à l'air bonhomme d'une poterie en argile ;
- un peu de la transparence miroitante du verre raffiné ;
- et des graphismes circulaires ou alvéolaires, volontiers répétitifs  – hypnotisants.

Matières d'Art me semble être tout cela... et bien plus.

© ema dée

mercredi 14 novembre 2018

Des carottes au Festival du Livre de Jeunesse de Rouen


Se lancer des défis, comme le défi de réagir graphiquement et/ ou par l'écriture à des célébrations, le défi de dessiner-écrire pendant une durée indéterminée ou déterminée, ou l'habitude de publier des carnets régulièrement,  constitue un bon entraînement à une pratique de création. Explorer des thématiques, exposer et approfondir son style, expérimenter d'autres techniques et conditions de travail,  conduire un pré-projet, se surprendre... sont autant de raisons possibles pour mener ce genre d'exercice. 
Je célèbre, pour ma part, plusieurs fêtes et événements durant l'année, les journées officielles et celles plus originales (les saisons, la journée internationale des Femmes, la journée mondiale des droits de l'Enfant, la journée de la joie, la semaine du Goût...) et, avec une grande liberté et de style et de rythme !

Répondre à un concours de création artistique, c'est-à-dire, produire une ou plusieurs œuvres originales (graphiques ou picturales) à partir d'un sujet, souvent imposé et donné sous la forme d'un mot ou d'une phrase,  fait partie de ces d'exercices-défis auxquels il convient de se frotter si on aime jouer avec des contraintes extérieures. Cela peut représenter aussi un bon moyen de se faire connaître, une manière de se promouvoir dans un cadre plus consacré. 
Très récemment, j'ai participé au concours d'illustration organisé par le Festival du Livre de Jeunesse de Rouen. Cette année, en résonance avec le thème choisi pour sa 36ème édition, la cuisine, l'incitation lancée le 3 avril dernier, était : Les carottes sont cuites. Les 20 productions retenues (la finaliste et les 19 coups de cœur du jury) seront exposées pendant le salon qui, comme chaque année, se tiendra du 30 novembre au 2 décembre à la Halle aux Toiles, puis dans d'autres lieux culturels de la métropole rouennaise. 

Voici la phase "encrage"/ "pré-coloriage" suivie de la mise au net de ma composition, intitulée Potée de lapines à la carotte et aux fines herbes :

http://www.festival-livre-rouen.fr/festival/les-rendez-vous/concours/

(Pour accéder à tous les coups de cœur, cliquez sur l'image ci-dessus.)

Dans cette œuvre personnelle réalisée sur papier vélin beige, je présente dans un décor champêtre et automnal, sept lapines attablées, trois sont déjà servies ; les quatre autres attendent que les deux femmes renardes remplissent leur assiette de carottes cuites et coupées en rondelles. Vraiment ? Une lapine refuse catégoriquement les légumes qu'on lui tend, une autre s'est endormie et une autre encore a l'air occupé à une bien mystérieuse chose... 
Je laisse chacun-e interpréter ce dessin à sa guise ; il rassemble quelques-unes de mes petites obsessions graphiques qui ressurgissent dès je crée des images "enfantines" en couleurs : la couleur locale, l'orange - carotte, qui organise l'ambiance colorée de ma composition ; chaque personnage existant de manière singulière à l'intérieur d'un groupe agité, la figure mi-femme mi-animale, l'arbre et la maison imaginaires.
Quel a été mon point de départ ? Un souvenir d'école primaire lié à un repas à la cantine. Mon influence principale ? La fable et le conte. Mon soutien iconographique ? La photo documentaire.

Merci pour votre visite (de cet article et je l'espère, du festival).

© ema dée