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mardi 7 septembre 2021

Le mois de septembre fait scintiller le signe de la Vierge ! : parole d'EmaTom

L'été se prolonge hardiment ; la rentrée bat son plein ; Ema Dée + Thomas = EmaTom* musarde, l'éclat doré du signe de la Vierge le baignant dans une douce lumière.

"De la douceur, de la créativité et de l'esprit : voici les trois ingrédients majeurs du cocktail qui désaltère et rafraîchit les idées de Madame et Monsieur Vierge en cette étrange année 2021. Madame y ajoutera à son gré et selon la météo de ses humeurs, une pincée de générosité, un zeste de perspicacité, une larme de méthode ou une rondelle de patience coupée très finement ; à Monsieur Vierge d'apporter de la surprise, du jamais-vu, de l'extraordinaire, par poignées, que dis-je ?, par brassées ! À tous deux d'offrir à celles et ceux qu'elle et lui chérissent tendrement des moments de suave extase ou d'accalmie profonde et bienvenue."

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands !  

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !
 
©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

mercredi 11 août 2021

En août, EmaTom reçoit une savoureuse leçon de vie des natifs-ves du Lion

Haut les masques ! Ema Dée + Thomas = EmaTom* profite malgré tout de l'existence façon grands félins placides. 

"Dans la jungle urbaine de proximité, l'air à peine chaud d'une saison estivale timorée, le rire chahutant des bambins trempés néanmoins et le confort cosy d'une bonne adresse culinaire, Madame et Monsieur Lion fêtent dignement la douceur du vivre ensemble. À la table dressée de leur bonheur, naturelle et élégante, Madame Lion en salive d'avance : tout le jour sera parfaitement goûteux. Et dans son costume décontracté, plus jovial que royal, plus détendu que sur le qui-vive, Monsieur Lion irradie : En 2021, la félicité se cache dans les petites choses épicées."

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands !  

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

mercredi 28 juillet 2021

Un workshop pour fabriquer un livre triptyque sur les Arbres : intentions, déroulement, images

Mes petites obsessions ont la part belle cette année : je me replonge une nouvelle fois dans un projet qui, par bonds et rebonds, succès et échecs, découvertes et réalisations variées, va son petit chemin créatif. L'arbre, l'arbre, l'arbre !

En 2014-2015, dans mon petit costume d'étudiante en Maîtrise en Création littéraire contemporaine à l'Université du Havre, je pose sans le savoir les tout premiers jalons d'un projet qui n'a de cesse de se transformer au fil des années : une réflexion sur les arbres, personnelle mais aussi poétique, littéraire, graphique, picturale et éditoriale, au final ! Longtemps associé à une volonté de produire un écrit intime évoquant des souvenirs d'enfance et d'adolescence, l'Arbre comme image, thème et concept, prend aujourd'hui son indépendance : il devient un sujet de création à part entière et prend sa place légitime dans ma mythologie personnelle

Il aura fallu qu'il passe par diverses étapes et formes, se dépouille d'idées toutes faites, non pertinentes ou malvenues, à la faveur ou pas d'ateliers en Arts et en Écriture créative, de rencontres (notamment muséales) et de recherches en particuliers universitaires , pour que je réalise que plus qu'un embrayeur de souvenirs enfouis, il est pour moi un véritable acteur dans ma trajectoire individuelle et artistique, et que plus qu'un sujet parmi d'autres dans l'Histoire de l'Art, il est un individu essentiel, installé à la confluence de trajectoires et de réflexions nombreuses, tant artistiques, que scientifiques, anthropologiques, littéraires ou philosophiques, hier et à plus fortes raisons aujourd'hui... Chez moi, il répond également, et ce périodiquement, à un besoin  d'introspections intimes et d'explorations dans les matériaux qui se concluent souvent par la fabrication d'un objet à lire.

En mai 2021, je participe à un workshop artistique (Catherine de Smet/ Université Paris 8 - Aurélie Pagès et Julien Sirjacq/ École nationale supérieure des beaux-Arts de Paris) qui me permet d'observer et d'expérimenter comme j'aime tant le faire l'édition en do it yourself. Ma participation à cet atelier de recherche-création viendra répondre à trois questionnements principaux :

1 - Comment mettre en scène une collection de textes et d'images thématiques, et du coup, de natures différentes ? Une problématique que je place au cœur de ma création de livres depuis les premiers projets publiés en 2013-2014. Cette interrogation ouvre bien sûr sur d'autres questions, comme pourquoi réunir des documents disparates, quelle peut en être la nécessité ?, quelles œuvres trouver dans l'Art contemporain qui puissent servir de modèles, de canevas ou au contraire, d'anti-modèle ?, est-ce que cette interrogation formelle peut déboucher sur une réflexion plus profonde sur le sujet lui-même, sur les matériaux, les procédés, ou encore, sur la position de l'artiste-éditrice ? Au fond concevoir un livre, ne revient-il pas à œuvrer sur plusieurs niveaux et à délicieusement se démultiplier ? 

2 - Comment concevoir un projet d'édition viable, c'est-à-dire reproductible sans grever son petit budget ? Suite à quelques déboires persistants avec un imprimeur en ligne choisi pour des raisons à la fois économiques, écologiques et logistiques, je cherche dans le domaine du façonnage et de l'impression à gagner en autonomie pour la production de livres plus spécifiques.

3 - Comment développer, enfin, une maquette qui me serve en quelque sorte de prototype ? Pousser plus avant l'ambition de créer des livres d'artiste à faible tirage est un rêve de longue date, autant pour valoriser ma production, être identifiée et perçue comme artiste du Livre, que pour acquérir des savoir-faire ré-exploitables dans d'autres contextes professionnels. Objet plastique, support d'archives, lieu d'exposition et cadre d'inventions et de réinventions, le livre assume ici tous les statuts.

Pour plus de simplicité dans la présentation de ce prototype intitulé #004700, j'ai choisi d'utiliser le mode des questions-réponses :

Qu'est-ce qui a été produit ? 

#004700 est un livre triptyque, composé de  trois volets trois contenus distincts. Ce sont trois éclairages personnels sur l'arbre tel qu'il est conçu dans ma création. L'ensemble est relié par des spirales et se consulte comme un catalogue, de manière verticale et horizontale.

Dans l'atelier d'impression de l'ENSBA

Comment ai-je procédé ? 

D'abord, choisir les contenus. Du fait d'une réflexion lente sur les arbres qui s'étale irrégulièrement sur plusieurs années, je possède une première matière conséquente et hétérogène ; elle propose à la fois des productions-types, des esquisses susceptibles d'être développées en nouvelles idées plus fermes et des œuvres terminées quoique limitées en nombre. De plus, elle s'enrichit régulièrement de nouvelles réalisations et expériences. J'ai choisi trois écrits littéraires, des dessins ainsi qu'un certain nombre de photographies. Les textes, brefs, parlent d'une relation plurielle corps humain/ corps de l'arbre. Les dessins, quant à eux, sont des fragments de travaux terminés ou de recherches s'attachant à rendre compte avec sensibilité de la diversité anatomique des arbres, l'ensemble est fait dans des techniques graphiques diverses : linogravure, lavis d'encre, papier carbone, feutre et feutre pinceau, marqueur ou tampon encreur... et des procédés tels que l'empreinte, l'accumulation, le vide, le contraste, la répétition. Enfin, les images photographiques en couleurs ont été réalisés avec un appareil numérique, sous la forme de séries au cours de balades saisonnières  en Île-de-France et ailleurs (jardins, parcs, forêts ou rues) et documentent un regard, un rapport à un réel quotidien dont l'arbre constitue le point d'ancrage. 

Ensuite, réfléchir à la maquette. En réalité, le choix des contenus et la réflexion sur la maquette sont deux étapes qui doivent avancer ensemble. Et, rien ne peut se faire sans posséder quelques informations concernant les modes d'impression utilisables, le type de façonnage et la reliure ; cela va conditionner la sélection de papiers particuliers les supports. Tout est lié. Ce sont le workshop et les conditions de déroulement de l'atelier, une partie en distancielle la phase conceptuelle , et une partie en présentielle la phase plus "pratique", qui auront cadré ma recherche du meilleur équilibre entre les contenus pluriels, l'intention artistique et l'objet à réaliser. De mon point de vue. 

En chemin, en amont ou en aval, chercher dans son environnement artistique des influences, des "modèles". D'accord, des influences. Oui, mais pourquoi, qui et comment ? Dans mon parcours, le "modèle" occupe une place ambiguë : en illustration comme en dessin ou dans la fabrication d'objets (livres et poupées), je consulte le modèle,  je le scrute, je l'analyse et  je l'assimile avec distance et circonspection, car je suis très attachée à l'identité de mon travail, au fait qu'on n'y voit pas la redite ou le (mauvais) plagiat de tel ou telle artiste ou créateur. Cependant, à l'université comme en écoles d'Arts, il est difficile de porter une création et de la légitimer sans en déterminer, élucider ou préciser, le cadre référent. Je veux dire qu'on se doit d'opérer des rapprochements avec la démarche d'artistes reconnus-es, voire même avec des questions relevant des Sciences humaines ou des Sciences de l'Art.  Ce qui, dans mon cas, revient à situer ma production au regard de l'Histoire de l'Art contemporain. Or, le problème que pose le livre d'artiste est, en premier lieu et surtout, que les questions de forme, de contenu, de public ou de médiation, qu'il soulève renvoient autant à l'Industrie, aux Arts appliqués qu'aux Arts plastiques ou à la Littérature, autant à l'édition underground qu'à la bibliophilie, selon les périodes étudiées, les problématiques envisagées et les artistes retenus-es. Alors, quel(s) modèle(s) prendre et comment s'en servir ? 

Trois visuels de la maquette-test du projet imprimée en petit format sur papier machine 80g/ m2

Il faut recevoir #004700 comme la synthèse de plusieurs parcours de recherches de "sympathies artistiques" et d'une lecture personnelle : les séries photographiques de l'artiste minimaliste et conceptuel Sol LeWitt (1928-2007), le livre comme espace ludique à manipuler, quasiment théorisé par le peintre, dessinateur, designer et créateur de livres pour enfants Bruno Munari (1907-1998), les inventions des mises en page du texte dans l'édition de littérature contemporaine ici en "bloc" et sans paragraphe, comme d'un seul tenant du début à la fin , enfin, les imagiers  publiés par la galerie l'Art à la page. Et entre toutes ces sources, je n'ai fait aucun choix. Et cela, non pas motivée par le désir farouche de me singulariser, mais parce que je réalise en conduisant ma réflexion que j'ai, d'une part, toujours besoin de puiser dans différentes références elles composent, avec mes envies et mes nécessités, ma démarche artistique de création, une façon de lutter contre une tendance à l'enfermement et la séduction d'une pensée unique et que d'autre part, je me (com)plais à "mixer" les pistes, en digérant  mes "modèles" plutôt qu'en les mettant en avant. C'est pour ainsi dire ma manière de n'être sous l'emprise ou l'empire de personne tout en parvenant à convoquer, malgré tout, une filiation culturelle et/ ou artistique

(Cette volonté d'indépendance têtue, farouche fondamentale et fondatrice  mes trois "F", je la tiens peut-être de mon intérêt pour la production singulière d'artistes vers lesquels je me tourne régulièrement : Louise Bourgeois, Niki de Saint-Phalle, Giuseppe Penone, Albert Dubout, Gilbert Peyre, Pierrette Bloch, Sarah Moon... Et je crois que ce qui fait "modèle" pour moi est davantage leur parcours artistique et/ ou leur rapport à l'Art que les formes que prennent leurs oeuvres.)

 #004700 imprimé, monté, relié 

Et au fait, qu'en est-il de l'impression et du façonnage ?

La phase "pratique" de ma recherche se tiendra au sein de l'ENSBA : ce qui revient à profiter heureusement de l'atelier d'impression et à observer autour de moi comment les étudiantes et les étudiants en édition conduisent leurs propres recherches. L'enjeu de mon prototype sera de présenter harmonieusement des contenus visuellement hétérogènes ; j'ai donc eu recours à différents modes d'impression pour répondre à cette exigence. L'occasion est trop belle ! Je veux explorer toutes les potentialités des matériels mis à disposition pour parvenir à mes fins artistiques : imprimantes (risographie, laser haute qualité, traceur), massicot industriel, relieuse.

Aussi, ai-je volontiers opté pour des supports variés : papier calque (texte), papier photo (tirages numériques), papier multi-technique blanc et papier kraft uni (dessins). Aussi, ai-je imprimé en couleurs des dessins en noir et blanc, et en noir et blanc des photos couleurs à l'origine... Aussi, me suis-je amusée à manipuler un peu mes images de départ, je veux dire, les agrandir, les recomposer... et à m'en remettre parfois au hasard de l'impression, à mes erreurs. Aussi, ai-je appris à réfléchir à la découpe, à la prévoir et donc, à l'organiser depuis la conception de la maquette sur mon ordinateur... Et au final, si j'ai en main un prototype qui a ses qualités et ses défauts, j'aurai également et involontairement produit un ensemble de traces susceptibles d'ouvrir sur d'autres projets à venir d'édition, mais pas seulement ! J'ai en outre pris beaucoup de plaisir à découvrir les principes  de la risographie ou à utiliser un traceur (= une grosse imprimante jet d'encre capable d'imprimer des travaux de très (voire de très) grand format sur des supports pouvant aller jusqu'à 600g/ m2 d'épaisseur).

Relier, c'est finir le livre ? 

En quelque sorte, une reliure solide permet au livre d'être bien manipulé et de durer ; une belle reliure lui donne de la personnalité. Et, je dois avouer que quand j'ai une idée en tête, il faut que je la réalise même si elle semble compliquée ou bizarre pour d'autres, c'est pratiquement un trait de caractère : être convaincue. Ma volonté était de proposer un prototype ludique qui offre des jeux de correspondances, des passages entre les trois volets dont les contenus puissent dialoguer un peu comme un livre pour enfants mais destiné aux adultes... De plus, le livre d'artiste que j'étudie depuis plusieurs années m'autorise à penser que là aussi, il y a matière à création et créativité, que l'industriel peut rejoindre l'artistique. Les spirales se sont donc imposées dès le départ. Réaliser moi-même #004700 m'aura permis d'en apprendre plus sur ce type de reliure. Par exemple, sur le rapport entre la taille des spirales ainsi que leurs formes avec les dimensions et les fonctions du projet à relier. 

 Ouverture sur le volet Rêveries
 
Pour cette fois, je ferai appel à un imprimeur lambda à qui j'apporterai mon projet le dernier jour du workshop. Grosse erreur ! : un peu dans la précipitation   je voulais pouvoir (me) présenter mon projet "terminé", je n'aurai eu finalement que quatre jours pour le réaliser jusqu'au bout , je n'obtiendrai qu'une reliure large et en plastique, celle-là même qui sert aux travaux d'impression universitaires type thèse ou mémoire de recherche, au lieu d'une constituée de petits anneaux de métal comme je le préconisais au départ. Je sais à présent que même pour cette phase-là, il faut faire des recherches en amont, pouvoir s'appuyer sur plusieurs interlocuteurs et bien s'assurer de l'étendue des possibilités des prestations effectivement offertes : me voilà renseignée, je ferai mieux la prochaine fois, assurément !

Avant de conclure cette présentation, il me faut souligner la difficulté qu'ont représenté, un, l'impression de la couverture en jet d'encre, deux, la découpe précise des papiers selon trois formats distincts. 

Les caractéristiques de l'impression doivent correspondre au projet et pour cela être vérifiées sinon modifiées à chaque fois que nécessaire. C'est d'autant plus vrai quand l'opération a lieu dans un atelier collectif où chacun-e imprime selon ses besoins et peut être amené-e à changer les réglages précédents. Je remarquerai que, selon les supports choisis, une image imprimée à partir du même fichier numérique photo et du même logiciel peut changer d'aspect, d'impact, de définition ; je comprendrai aussi qu'être attentive aux modes RVB et CMJN dont la détermination n'a eu que peu d'influence jusque-là sur les impressions numériques de mes autoéditions, est ici une étape cruciale pour la qualité et la fidélité du rendu final, en particulier avec une impression au traceur. 

De plus, pour une couverture constituée de trois parties avec une seule image qui s'y déploie comme pour mon prototype, il convient de faire un travail de précision au regard de la coupe au massicot. Ce que j'apprends d'ailleurs au cours de mon workshop, c'est qu'en édition, une toute dernière coupe est normalement prévue pour ajuster les pages intérieures et la couverture. Pour mon livre, elles ont donc été coupées deux fois, ce que je n'avais pas anticipé. Et, au montage, du fait de la nécessité de cet ultime travail d'harmonisation un peu chaotique, de légers décalages se sont faits sentir. Par contre, j'aurai très bien anticipé la largeur des marges de gauche.

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Une autre de mes caractéristiques ? La rumination et la pensée qui progresse en spirales ; cet article fait suite, élargit, reprécise ou réoriente des idées développées dans d'autres articles. Ainsi de :

- Dessiner en atelier d'artistes : http://www.lehorlart.com/2021/03/dessiner-des-arbres-au-sein-d-un-atelier-d-artistes.html

- Problématique(s) acides d'une recherche thématique : http://www.lehorlart.com/2021/01/un-arbre-comme-sujet-de-recherche-personnelle-et-professionnelle.html

©ema dufour ©ema dée

jeudi 22 juillet 2021

Encours 3 : Re-dessiner ses peurs, revisiter son projet d'autoédition de livre-inventaire.

En juillet et dans la perspective du prochain Salon SoBD 2021, je me ré-explore à travers la couleur. En rouge, voici que je me redessine et me complète grâce à des envies de relectures personnelles d'un thème cher, la peur, traité dans un premier livre auto-édité en catimini. (Entendez par peur, la frousse, la crainte, le trac, la surprise, la phobie, l'angoisse, l'inquiétude, la paranoïa, l'horripilation... et la frayeur !)

Je m'explique : en 2014, j'auto-édite le recueil Peurs, Images & Textes, après plusieurs dizaines de mois de réflexion en images, en mots, en maquettes et en multiples crises de tête,  car ce projet personnel se révèle plus ambitieux au fur et à mesure que filent les jours et que dure la recherche . Et d'une, parce que le recueil puisera volontiers dans plusieurs registres qui s'entrechoquent, pour me permettre de répondre à la récurrente problématique du lien texte-image, en tout premier lieu, le fanzine, la bande dessinée, le livre illustré pour la Jeunesse et le dessin de presse. Et de deux, parce qu'avec mon esprit boulimique à tendance encyclopédiste, je voulais y faire entrer la totalité du sujet. 

Mais peut-on raisonnablement en faire le tour ? Peut-on vraiment évoquer cette question à travers les ressorts, les artifices et la méthodologie d'un seul média, le livre ? Et quand s'arrête l'illustration, quand commencent l'exorcisme et la catharsis ?  Stop ! Ça sent la redite, ça ronronne, je tombe dans un autre de mes travers : je vous ressers le même discours de présentation qu'hier et qu'avant-hier. Innovons ! Innovons !

Peurs, Images et Textes est né de l'envie et le besoin d'étudier un phénomène quotidien, à ma portée, c'est-à-dire avec des moyens accessibles à un moment précis de mes compétences d'autrice-illustratrice en herbe : la lecture documentaire (d'ouvrages spécialisés en Sciences humaines), la cinéphilie (je visionne des films d'horreur et d'épouvante cultes ou des thrillers célèbres ; j'enrichis mon vocabulaire visuel ; je répertorie  les diverses facettes de la peur dans la culture populaire), l'écriture créative (j'explorerai en particulier les textes brefs ainsi que l'écriture de l'intime) et le dessin "traditionnel" (au trait, essentiellement — et préférablement, de petit format). Le recueil d'une petite centaine de pages sera montré au cours d'une exposition personnelle en 2014 durant laquelle j'exposerai aussi une sélection de dessins originaux ; il sera mentionné également dans divers articles publiés sur ce blog-ci à partir de 2014 traitant soit de l'avancée du projet, de son autoédition ou de ses thèmes.

Ceci étant précisé (reprécisé, re-reprécisé ?), alors pourquoi le rouge ? Est-ce nouveau ? Non. La couleur de la vie, de la colère, de la passion, du danger, de la flamboyante victoire — de la violence, de l'interdiction ! — , apparaît dès les premières images de cet inventaire d'émotions disparates. Cependant, elle ne sera pas utilisée systématiquement, ni de manière homogène. En quelque sorte, elle ponctue un propos et vient pallier à ma difficulté à appréhender ce thème avec toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.  Il en va autrement aujourd'hui. En plus de faire appel à sa capacité à donner de la vitalité à un dessin en noir et blanc rétro et profiter de sa richesse sémantique, je veux, en choisissant à présent de l'utiliser d'une manière plus radicale, qu'elle soit un soutien à la lecture de l'image et contribue au renforcement de sa signification et de son impact visuel. Là, où auparavant, c'était le rôle que j'attribuais au texte — la dimension littéraire de ma relation à la peur. 

Se répéter, se réécrire, se redessiner, se revisiter, voila des (ré)actions qui me parlent, surtout cette année au cours de laquelle je me suis surprise à ressortir des projets mis de côté pendant quelques temps et à me pencher à nouveau sur des idées de développement graphique et/ ou littéraire thématique qui refusaient de mûrir résistaient...  Je me suis associée, je me suis remise en question... je me suis lancée des défis avec ardeur ! Donc, il s'agit très concrètement ici d'abord de (re)colorier, de parfois coloriser des scènes déjà inventées — déjà dessinées , ensuite de revoir la manière dont j'ai traité certains aspects du sujet, en proposer une nouvelle version (ou vision) ; il est question en outre de bâtir — construire avec les recherches d'hier, ses fondements — un nouvel édifice livresque.

Je dois avouer que la période 2020-2021 aura réveillé des inquiétudes tapies dans les tréfonds et ravivé des formes aiguës d'incertitudes : quel demain qui (dé)chante nous réserve Dame Nature  et comment déterminer l'échelle précise dans laquelle intervenir efficacement, en tant qu'être humaine à l'ère de l'Anthropocène ? Le projet dont une première mouture — à ma mesure — est disponible en permanence sur le site de Blurb*, se sera conclu sur un constat qui me semble, lui, stable : l'actualité de la peur. Pour ma part et au regard de ma trajectoire émotionnelle et intellectuelle, je considère qu'il sera en effet toujours nécessaire de rouvrir ce chapitre. Encore et encore... inlassablement.

Je reprends et enrichis donc l'entreprise éditoriale et artistique commencée il y a quasiment neuf ans les premiers dessins du projet seront réalisés au tournant de l'année 2011-2012. Le temps passe vite, gageons qu'il m'a apporté du savoir-faire, du savoir-dire, du savoir-raconter ! Et dans l'attente de vous présenter une nouvelle maquette du projet de livre Peurs 2.0, je vous livrerai quelques images au fil du temps, à la manière d'un work in progress. Ainsi, en voici quatre (qui peuvent encore évoluer) — dans l'ordre de présentation dans cet article et sous leur titre initial : Sortir ? (ou Dehors), La mémoire (de nos mères), La poupée qui parle et Un moustique (ou L'inattendu).

*Bien que je le lise avec des yeux très critiques tant au niveau des textes rédigés qu'au niveau des images produites, du parti-pris dans la scénographie des pages ou du choix de couverture, Peurs, Images & Textes restera en effet consultable en partie, et en ligne dans sa version d'origine, depuis la plateforme d'aide à l'autoédition. En tout cas, autant et aussi longtemps qu'elle le permettra. À feuilleter selon l'envie et la curiosité sur : https://www.blurb.fr/b/5201726-peurs

©ema dée

jeudi 15 juillet 2021

En Juillet, EmaTom se laisse emporter par la vitalité des natifs-ves du Cancer !

Qu'on se le dise ! Au mois de juillet Ema Dée + Thomas = EmaTom* ne se sent plus de joie avec le signe du Cancer.

"Le bon sens du rythme pour mener une vie réussie n'échappera décidément pas à Madame et Monsieur Cancer en 2021. Armés de leurs instruments favoris, Gaité, Confiance, Complicité et Style, ils swinguent sur les routes de l'accomplissement, ils se déhanchent sur les trottoirs de l'harmonie, ils chaloupent sur les boulevards du bonheur et d'une exquise félicité, repoussant loin devant eux les tristes badauds de toujours, indolence, ennui et tracasserie. Madame partage son agréable frénésie, Monsieur essaime ses entraînantes vibes ! Ensemble, que des folles mélodies, que d'accords parfaits !"

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands ! 

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

mardi 29 juin 2021

Abstraction féminine et images projetées au Centre Pompidou + étranges cosmogonies à la Halle Saint-Pierre : en juin, découvertes !

En juin, je revis littéralement : les musées et les centres d'art parisiens et franciliens ré-ouvrent, enfin ! Surtout, des expositions d'arts visuels annoncées depuis longtemps ont vraiment lieu et celles commencées avant le confinement que je craignais de rater durent encore, car pour la plupart, elles ont été heureusement prolongées. 

À la Halle Saint-Pierre, la "S"

Je sors de ma réserve habituelle pour parler crûment et franchement : c'est que du bon pour mes petites mirettes brunes en mal de jolies choses admirables. Comme vous ou comme certaines et certains d'entre vous, j'ai besoin de vivre l'Art au contact de l'Art : déambuler dans les salles successives, se perdre un peu dans la scénographie, échanger quelques mots perplexes ou satisfaits avec d'autres visiteuses, d'autres visiteurs, se planter devant un tableau, une sculpture, une tapisserie, un livre d'artiste..., entrer dans une intimité avec, rester pantoise devant, être conquise par ce qui se déploie devant soi, rien ne vaut ce moment de contact particulier.

Chez moi, une habitude sensible et tenace que n'ont pas pu égratigner d'un iota les vrais efforts des institutions, galeries, associations culturelles et artistes pour donner accès, durant le confinement, aux œuvres d'art et évènements en ligne, notamment avec les MOOCs et de jolies vidéos. En fait, disposer de 40 cm sur 30 cm pour visiter virtuellement un espace concret de plusieurs dizaines de mètres carrés, c'est définitivement pour moi une toute autre expérience. J'ai du mal définitivement !

 Au Centre Pompidou, le Tropical Garden II de Louise Nevelson

Parlons peu, parlons bien. Illustré de quelques images photographiques et vidéographiques, un compte-rendu personnel de trois expositions d'Art moderne et contemporain vues récemment : la première, dans le registre de matrimoine artistique, Women in Abstraction/ Elles font l'abstraction au Centre Georges Pompidou, la seconde, dans le registre de l'analyse de l'image projetée, James Coleman présente ses pièces vidéos racontées, toujours à Pompidou, la troisième, dans le registre du singulier et du bizarre bizarre, avec Dans les têtes de Stéphane Blanquet à la Halle Saint-Pierre. 

1) Abstraction, quand tu me tiens ou le matrimoine artistique s'expose ! 

Le Centre Pompidou (Paris 4ème) est actuellement en travaux mais ses activités culturelles et artistiques se poursuivent et sont accessibles à condition de penser à réserver sa place. En amont de l'évènement Women in Abstraction, une grande et très riche exposition des trop nombreuses artistes éclipsées (minorées, muselées ?) par l'Histoire, le musée a judicieusement proposé un MOOC pour re-découvrir les femmes engagées ; dans bien des disciplines, elles auront participé voire anticipé les formes et les mouvements d'avant-gardes qui ont façonné l'Histoire de l'Art occidental à partir de la fin du 19ème siècle, telle qu'elle nous est racontée. Et pourtant cette histoire-là, celle des femmes "guerrières" et de leur génie, est très peu connue du grand public, ou y a peu accès. Le Centre raconte le parcours de l'art abstrait "au féminin" à travers un cheminement dans des œuvres graphiques, picturales et plastiques, qu'il considère comme marquantes et caractéristiques, couvrant une période s'étirant de la fin du 19ème siècle jusqu'à aujourd'hui. On verra ainsi les artistes (s')expérimenter et (s')explorer dans bien des disciplines : tapisserie, mode, costume de scène, scénographie et décor de théâtre, sculpture, installation, cinéma d'avant-garde, danse, peinture, sculpture, photographie, dessin...

Au fait, qui sait que pour écrire son fameux Du spirituel dans l'Art et dans la peinture en particulier, quasiment l'origine de l'Art abstrait, le peintre russe Wassily Kandinsky a été influencé par la pensée d'une philosophe ? Qui sait que, contrairement à leurs "homologues" masculins qui ont tardivement entrepris de croiser les disciplines artistiques entre elles ou réfléchi longtemps à comment abolir la frontière Art/Vie, les femmes artistes ont tout naturellement et dès le début de leur pratique, associer à leurs recherches artistiques les enjeux posés par la vie quotidienne et œuvré dans différents champs artistiques en même temps, sans la moindre difficulté ?  

Enthousiaste ? Oui, absolument ! Convaincue ? Cela reste à voir. Ce qui m'a gêné, au final ? Peut-être le sentiment d'un trop grand foisonnement à défaut d'être approfondie, l'exposition semble avoir pris le parti d'être malgré tout exhaustive. Peut-être l'apparente sous-représentation des continents africains, des territoires d'Amérique centrale et du sud comme des îles. Mais n'étant pas une spécialiste de la question, je me dis qu'il doit forcément y avoir une très bonne raison...   Par exemple, l'absence de besoin chez les artistes non-occidentales d'exclure la ressemblance dans la représentation d'un objet ou l'indifférence ressentie pour la relation abstraction/ réel/ réalité ? 

Ceci étant souligné, Elles font l'abstraction a le mérite de mettre les pieds dans le plat d'une histoire de l'art volontiers patriarcale et de (re)considérer en filigrane la question du "génie". Hé, oui, je m'emballe, je papote, je conjecture. Somme toute, la meilleure (re)présentation  de l'évènement sera toujours celle que l'on se fait soi-même et par soi-même, alors foncez ! Et parmi tant d’œuvres exposées, un collage dynamique tout en couleurs de Sonia Delaunay-Terk, une double création dada de Sophie Taeuber-Arp et une œuvre tissée de Sheila Hicks.

2) Chut ! Séances diapos : analyses de l'image projetée

Ce que j'aime dans le fait de déambuler dans un musée avec un ticket qui me donne accès aux collections permanentes comme aux expositions temporaires, c'est la rencontre fortuite : entrer dans une salle parce qu'il y a de la lumière, tout simplement, et voir ce qui se montre. La surprise, en somme ! Rien ne remplace avant de décider de se déplacer, me direz-vous, l'étape de la prise d'informations en amont "la pertinente préparation de la visite". Pour ma part, j'aime savoir qu'il est toujours possible, en plus de l'exposition réservée, d'aller zieuter ce que je n'ai pas prévu d'aller voir. 

Ainsi des installations vidéos de l'artiste plasticien d'origine irlandaise James Coleman (1941-...) De vous à moi, l'Art vidéo au musée est toujours une expérience esthétique compliquée : soit il n'y a pas assez de chaises pour s'assoir devant les écrans, soit la proposition visuelle est très longue, ça rallonge le parcours de la visite de façon inopportune, soit les conditions d'audition et de réception ne sont pas optimales, soit enfin, les œuvres proposées ont l'air abscons ou semblent arriver comme un cheveu sur la soupe au cours de la visite. Bref, l'Art vidéo pourtant très présent dans les collections contemporaines souffre d'une médiation et d'un certain confort. Tout est différent qu'on est avertis-es que l'essentiel de la visite sera constituée de films, procédant de plusieurs installations de projecteurs de diapositives et de textes lus dans de vastes salles plongées dans l'obscurité. L'exposition n'offrira ici que cela. Ni l'image fixe d'un tableau ni le mouvement que sous-entend une sculpture autour de laquelle il faut tourner ne viendra concurrencer les dispositifs de narration présentés ici.  La rétrospective se compose des "tableaux vivants" majeurs de l'artiste consistant en la projection successive de diapositives synchronisées à une bande sonore.

J'ai personnellement beaucoup apprécié de ne pas vivre ce déchirement, celui de devoir choisir entre regarder une œuvre vidéo ou filmique ou regarder une suite d'œuvres en 2D. J'ai en outre beaucoup apprécié ma surprise : si les films de J. Coleman jouent sur une certaine épure héritée de l'Art conceptuel, le fond n'en demeure pas moins poétique, curieux ou séduisant, voire drôle et cocasse. Ici, on décryptera pour vous une image d'apparence banale, ordinaire : Slide Piece (1972-1973) présente implacablement un coin de rue, une station service, une suite d'immeubles, des voitures garées... Ici, on vous racontera l'histoire d'un enregistrement façon roman-photo en Technicolor et costumes de scène : Lapsus Exposure (1992-1994). Ici encore, vous suivrez l'acteur américain Harvey Keitel, seul et magistral, prononcer un monologue de Sophocle (Retake with Evidence, 2007). Ou  vous entrerez dans l'espace perturbant d'Initials, 1993-1994, procédant par succession de plans en lents fondus enchaînés. 

Ici, en définitive, s'entremêlent "plusieurs niveaux de fiction induisant eux-mêmes différentes temporalités traversant les champs de l'identité et de la subjectivité." (Cf. Commissariat d'exposition de Nicolas Liucci-Goutnikov).

3) Du brut singulier et bizarre dans la pupille

Enfin, arrive Dans les Têtes de Stéphane Blanquet, la plus terrible des expositions réservée aux yeux avertis et friands de contre-culture : l'auteur de bandes dessinées, dessinateur et artiste plasticien né en 1973 investit le musée parisien spécialisé dans l'Art brut avec ses mythologies personnelles et ses invités, artistes et artistes triés-ées sur le volet. La visite sera bizarre, un peu dérangeante, carrément insolite, protéiforme, monumentale et un brin musicale ou cacophonique, c'est selon la sensibilité. L'artiste touche-à-tout nous ouvre au rez-de chaussée de la Halle son univers plastique peuplé de monstres, de créatures hybrides inquiétantes, d'autoportraits, de fragments de corps, d'objets rares. Les œuvres sont ici dessinées à l'encre, peintes, tricotées, fondues, moulées, mystérieusement assemblées puis mises en mouvement, cousues,  suspendues ; c'est  de mon point de vue un monde foisonnant, monochrome et multicolore à la fois, qui évoque  tour à tour la douleur du corps malade, les mondes imaginaires, les fantasmes, les obsessions, le désir et le délire des sens. 


Au premier étage, les invités-ées de S. Blanquet, composent, quant à eux, une cosmogonie singulière défendue par l'artiste dans le cadre de son manifeste artistique Tranche de racine. Autant de créateurs français et étrangers, une cinquantaine, autant d’œuvres ouvrant sur des univers ou des discours personnels dont certaines sont d'une très grande puissance d'évocation, le tout proposé dans un vaste work in progress car l'accrochage varie et évolue sans cesse tout au long de ce que l'on pourrait appeler une carte blanche offerte à l'artiste. Par exemple, l'installation Erenhini de Pablo Querea qui propose une rencontre avec 500 portraits de petit format et griffés à l'encre, un terrible et monumental face-à-face avec une humanité grimaçante et silencieuse.

Deux petits bémols, cependant, à cette exposition remarquable : au rez-de chaussée, bien que la scénographie soit formidable tant de choses à voir donne le vertige, un vrai cabinet de curiosités ! , on se perd parfois dans la signalétique et finalement, on en apprendra peu voire rien sur les techniques utilisées ou le sens que l'artiste donne à ses gestes artistiques, dessins, installations, objets cousus, séries, vidéos, tapisseries... À défaut de comprendre, faudra-t-il plutôt ressentir. À l'étage, on regrette des cartels un peu brefs qui mentionnent trop succinctement les artistes, leurs démarches et les techniques utilisées, encore une fois, là où certains-nes exposent leur travail pour la première fois, c'est dommage, on reste sur sa faim. Alors à chacun-e, visiteur, visiteuse, d'aller chercher les informations nécessaires ailleurs sur celles et ceux qui auront retenu son attention. 

Note : Un mot apparaît en rouge ? Je signale que l’œuvre en question peut heurter la sensibilité. Mais la proposition de S. Blanquet tout en présentant un grand attrait par la diversité de ses formes s'adresse plutôt à un public adulte.

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Petit rappel :

Elles font l'abstraction, Centre Pompidou, jusqu'au 23 août 2021

Dans les tête de Stéphane Blanquet et Tranche de racine, La Halle Saint-Pierre, jusqu'au 2 janvier 2022

James Coleman, Centre Pompidou, jusqu'au 22 août 2021

Bonne visite et bonnes découvertes !

©ema dée

vendredi 18 juin 2021

EmaTom promet aux Gémeaux une année 2021 complice, câline et poétique !

Au mois de juin Ema Dée + Thomas = EmaTom* se passionne pour le double mystère que représentent les fringants Gémeaux.

"D'ordinaire, quand Madame Gémeaux cligne de l’œil, lève son sourcil gauche, se racle la gorge, s'impatiente, Monsieur Gémeaux sourit, il a compris et soudain sans annonce improvise : magique ! Quand Monsieur Gémeaux a le trac, s'inquiète, panique, anticipe, Madame Gémeaux inspire, expire, imagine : elle détend et récrée l'atmosphère. En 2021, rien ne change, tout se confirme pour eux : rien ni personne ne résiste(ra) à leur charme conjugué et à leur troublant magnétisme. Et d'aucuns apprécieront leur poésie naïve mais néanmoins toujours pleine d'à-propos. "

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands ! 

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

dimanche 23 mai 2021

Illustrer un proverbe africain : une relation texte-image sur le thème de la chasse

Dernièrement, je me suis essayée à illustrer un proverbe africain. J'aime parler de ce genre d'expériences, car comme je le dis souvent — je me répète donc —, mettre en image(s) un texte, ici, une phrase, est un très bon exercice. D'autant que la dite phrase traitant de la chasse m'apparaît d'emblée mystérieuse, à la fois équivoque et univoque. Donc, cela se présente comme un défi. À différents point de vue.

 

Par exemple, et c'est le premier point, cela oblige à réfléchir bien sûr au sens de la phrase mais dans son univers à soi. Il faut la décortiquer en s'appuyant sur la syntaxe et la ponctuation utilisées, afin d'en déterminer à la fois son rythme, sa signification propres et d'en dégager un sens personnel. Et ça, ce n'est pas évident car la phrase peut ne pas résonner avec ses propres préoccupations ni avec ses obsessions, ou tout simplement, son discours, je veux dire, ce qu'on aime exprimer habituellement ou ce qu'on désire dire à travers son dessin. De plus, il convient d'y trouver un sens que l'on va pouvoir faire comprendre grâce à une image ou à des images.   

Deuxième point, justement, le dessin : si l'on considère que le mot peut renvoyer et à dess(e)in et à dessin c'est-à-dire, au but qu'on se donne en se mettant au travail ainsi qu'à l'acte consistant à prendre un support pour y inscrire une pensée, comment s'y prend-on pour faire sienne la pensée d'un autre, pour dire quoi et comment le dire au mieux ? L'image, la mise en scène de l'image et la production finale doivent être ressenties comme nécessaires — sinon pour tout le monde, au moins pour soi.  

Troisième point, illustrer un texte relève du défi, puisqu'il s'agit d'articuler ensemble deux univers, celui du texte et celui de l'image. Et là, aussi, un boulevard de questionnement s'ouvre devant soi : faut-il donner à lire le proverbe uniquement grâce à l'image ou peut-on choisir de l'intégrer à l'image produite, et dans ce cas, que va dire l'image ? De plus, si l'on procède ainsi quel statut donner au texte, et surtout comment bien l'inclure dans sa production afin que tout tienne ensemble harmonieusement ? Ou au contraire, comment proposer une sorte de "collage" texte-image, ou si l'on préfère, la cohabitation de deux univers indépendants ?

"TANT QUE LES LIONS N'AURONT PAS LEURS PROPRES HISTORIENS, LES HISTOIRES DE CHASSE NE PEUVENT QUE CHANTER LA GLOIRE DU CHASSEUR".*

Le proverbe est précisé ; le défi est lancé. Comment m'y suis-je prise ? En trois étapes, que voici :

1°) La familiarisation : un long moment a été consacré au dessin d'études de lions, de lionnes et de lionceaux et ce, à partir de photographies en couleurs. Car, si je dessine souvent des animaux, je ne suis pas très à l'aise avec les quadrupèdes tels que les gros félins. Je les ai étudiés selon différents angles et plans afin de comprendre leurs attitudes comme leur anatomie. Un autre temps important a été consacré à une recherche documentaire visant à re-découvrir le paysage de savane, à saisir ce qui le caractérise et le distingue du bush ou de la brousse, par exemple. Un dernier temps, plus court, fut occupé par d'autres recherches documentaires sur le thème de la chasse, qui, pour le coup, est un thème complètement étranger à mon univers graphique, plastique, littéraire voire même culturel et psychologique

Je ne connais la chasse que par les conséquences désastreuses ou les formes barbares qu'elle a et qu'elle prend dans la société d'aujourd'hui ; comme beaucoup, je suis informée de la (menace de) disparition de certaines espèces du fait des chasses excessives, ou de l'élevage des animaux aux seules fins de servir de gibiers aux chasseurs. Cela m'a questionné. Quel est mon avis sur la question, au fait ? Et comment le traduire ? J'ai envie de souligner ici ceci :  il a été important pour moi d'y réfléchir d'abord selon mes propres convictions ou à défaut — l'inspiration ne donnant rien de ce côté-là — ,  selon ce que mon style graphique pouvait en dire. 

2°) L'adaptationplus que de m'inspirer d'images vues (parfois malaisantes) sur internet sur le thème de la chasse et réalisant que je n'en maîtrise totalement ni les tenants ni les aboutissants, du moins pas assez pour me lancer dans une réponse militante et engagée, j'ai décidé de proposer une interprétation en premier lieu graphique. C'est-à-dire répondre du point de vue de mon univers dessiné : le trait fin, le dessin de personnages, une grammaire graphique permettant de traduire des nuances et différentes réalités, l'humour (effet caricature ou cartoon), enfin, les clins d’œil (ou références culturelles, artistiques) plus ou moins accentués évidents.

3°) La production et la création :  c'est que le proverbe suggérait, selon mon analyse, deux temps, reliés l'un à l'autre, et dénonce par le détour d'un langage imagé, l'univocité des récits de chasse et in fine, toujours de mon point de vue, l'emprise de l'humain sur l'animal. La notion de "temps" fait partie d'une de mes obsessions. L'enjeu devient alors d'être en mesure de donner à voir plusieurs temporalités (1ère articulation avec mon univers). La répétition du mot "histoire" fut comme une invitation : celle de me mettre dans la perspective du conte, de la fable, de l'oralité (2nde articulation avec mon univers) et d'une forme de mise en abyme, que j'affectionne beaucoup (3ème articulation avec mon univers). Et d'une manière générale, illustrer ce proverbe c'est me connecter à la manière dont je considère le dessin : il peut être cette fenêtre sur un monde alternatif, sur un impossible imagé permettant de saisir ce qui se joue dans le réel, comme pouvoir ici se mettre à la place de l'Autre.

Le format de la page unique, A3, m'obligera à opter pour une forme de narration composite ;  il fallait qu'elle soit claire et que son contenu soit dense ; je me suis appuyée sur le travail de Benjamin Rabier (1864 -1939) dont j'admire la capacité à organiser dans un espace restreint des moments distincts, en plus de son parti pris d'anthropomorphisation des animaux sans recourir aux vêtements et de son choix d'une mise en scène riche en stratégies narratives (insert, médaillon...)

Sous la houlette de l'artiste aux multiples facettes parce qu'à la fois dessinateur de presse, de publicité, auteur et illustrateur pour la jeunesse, je me suis amusée (4ème articulation avec mon univers) à "composer" une planche dans laquelle la phrase donnée fait partie intégrante de l'image ; celle-ci conserve cependant sa force et son autonomie en tant que texte déjà auto-signifiant. Une planche dans laquelle, deux mises en miroir chasseurs/ lions s'opèrent selon un léger décalage temporel. Une planche dans laquelle enfin, la lectrice et le lecteur, sont mises à contribution pour combler les "vides" (ou closure).

On pourra certes m'objecter que le sujet de la chasse aurait commandé une traduction plus violente, je veux dire, plus agressive, virulente — militante —, manifestant une prise de position ou montrant une acuité sur le phénomène comme une distance critique. Mais de cela, j'en suis dépourvue comme je l'ai expliqué plus haut. Peut-être aurais-je dû renforcer l'effet grotesque ? Que le recours à une structure narrative empruntée à un autre aura  desservi soit la force du propos que tient le proverbe soit la force de mon propos habituel ? ...

Planche dessinée au feutre, au feutre pinceau et au rotring sur papier. 29, 7 cm x 42 cm

À vrai dire, j'aime l'idée de faire du différent avec ce qui a déjà été fait ou de le "transposer" dans mon travail pour mieux comprendre ce qui s'y joue : me l'approprier.  Également, j'aime l'idée de me mettre "en danger" en explorant des territoires non familiers, au risque de donner l'air de me "dénaturer un peu". (Ce qui n'est pas le cas ici et même si dans l'absolu, cela peut arriver). J'aime l'idée même d'expérience. Grâce à elle, j'évalue mieux le chemin graphique et interprétatif déjà parcouru ; forte de celui-là, je peux m'autoriser à partir à l'aventure, elle-même formatrice et initiatrice de nouveaux chemins.

Et de mon point de vue, le défi a été relevé puisqu'à l'issue de ce travail, j'envisage de plus en plus sérieusement la création d'illustrations de textes dont je ne serais par l'autrice. 

* Sujet du Prix graphique 2021 organisé par l'Institut Charles Perrault.

©ema dée