vendredi 21 décembre 2018

Il était une fois quelqu'une, dans un quelque part inspiré par Henri Michaux

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Au dernier semestre de l'année 2017, assise sur une chaise durant un atelier d'écriture littéraire conduit par Virginie Gautier, auteure et chercheuse à l'université de Cergy-Pontoise, quelqu'une redécouvre la poésie de l'écrivain belge Henri Michaux (1899-1984).  Une poésie dense, imagée, violente, bizarre, narrative... associée ou pas à des peintures, des dessins à l'encre de Chine, et qui souvent la laisse perplexe, avec dans l'esprit, beaucoup d'interrogations qui ne demandent aucune réponse, paradoxalement : "qu'est-ce qui s'est raconté... qu'est-ce que cela peut bien signifier... qu'a voulu (se) dire le poète... qu'est-ce qui me plaît tant alors qu'il me semble ne rien comprendre, ne rien retenir ?"

Cette même quelqu'une, assise sur sa chaise, attentive et inspirée (elle, pas la chaise),  se souvient qu'elle a déjà lu plusieurs recueils du poète (et artiste peintre), à un moment de son intérêt passionné pour la poésie contemporaine francophone. Par exemple, elle se rappelle avoir parcouru Plume, Épreuves et exorcismes 1940-1944, La vie dans les plis, La nuit remue et Face aux verrous. Quelqu'une est de ce genre de personnes qui a pour tout, en général, et la culture, en particulier, une fâcheuse tendance à la collectionnite et à la consommation compulsive boulimique (mais sans rejet provoqué) : elle cultive un intérêt de collectionneuse momentanée, moins de spécialiste de.


Pour autant, ces lectures l'ont remplie d'un quelque chose d'indicible, qui remue en dedans, avec un plaisir familier, alors qu'elle redécouvre l'écriture du poète quelques années plus tard, assise sur une chaise d'université, bien contente d'elle et très concentrée sur ce qu'elle entend.

Quelques-unes et quelques-uns lisent ensemble Quelqu'un, un long poème autour de l'anaphore "Quelque part, quelqu'un," extrait du recueil À distance

De cette expérience de redécouverte de l'autre et de réécoute d'elle-même, quelqu'une garde deux informations importantes pour sa suite créative

- 1) La personnalité violemment indépendante, déracinée, quasi sauvage, d'Henri Michaux qui se manifeste dans l'écriture, par un rejet d'une poésie à la prosodie "consensuelle", "attendue" au bénéfice d'une rythmique surprenante (en permanente redéfinition) et qui contrarie, interdit, notamment, une écoute passive...  N'est-elle pas elle-même en train d'écrire son identité à travers ses œuvres, sa propre recherche... N'est-elle pas elle-même farouchement sauvage... à sa manière ?

- 2°) Lire-écouter le poète, c'est vivre un engagement de tout son être... Il faut donc qu'à son tour son écriture (s') engage.


Après plusieurs remaniements et corrections qui lui permettent aussi de ruminer poétiquement son message singulier, quelqu'une accouche de Préliminaires. Il s'agit d'un long poème, au rythme heurté, composé autour de l'anaphore "quelqu'un"et qui mêle souvenirs d'adolescence, ambiance fantastique, séduction et violence. À travers ce texte - hommage  qui, en outre, vient approfondir sa réflexion esthétique personnelle sur la liste dans l'écriture d'invention,  quelqu'une remet au goût du jour, son attachement pour le conte, le récit du souvenir et la lecture à voix haute performative. 

Une première lecture de ce texte sera présentée, en musique, au cours du cabaret littéraire Mange Tes Mots#6 qui s'est tenu le jeudi 29 novembre, au café Lou Pascalou dans le 20ème arrondissement à Paris. Cette présentation est le fruit d'une collaboration bienheureuse avec le groupe de Coldwave, Blanc Cube (Julia Abadie + Lola Guigand). Bienheureuse, car elle a pris forme grâce à une rencontre et une écoute réciproque au cours d'un autre cabaret littéraire en avril dernier. Ont suivi l'envie de faire et puis celle de créer concrètement, envie commune qui a permis de combiner des idées de part et d'autre, de trouver, ensemble, une tonalité de corps, et enfin, de produire une œuvre collective.

Pour les curieuses-x, les intriguées-és et les autres, je vous livre le poème Préliminaires (dans son intégralité) ainsi qu'une captation sonore (joliment introduite par Galatée) d'environ 12 minutes et réalisée en direct live  :
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Un très grand MERCI à toutes !

© Blanc Cube © margot "Galatée" ferrerra  © héloïse "Médusa" brézillon © ema dée

lundi 10 décembre 2018

Écrire-dessiner la dystopie pour Improzine : une contrainte créative !

Chaque année depuis maintenant quatre ans, Improzine, le blog de l'impro BD fan d'images, de fictions et de musiques, de surcroît , se lance un défi graphique et littéraire pour la Journée de soutien au Cinéma indépendant qui se fête religieusement le 3 décembre.


De quoi s'agit-il ? Les éminents membres actifs du blog proposent à tour de rôle un sujet en lien avec une certaine actualité cinématographique et/ou personnelle. Sur le sujet, il faut imaginer le scénario d'un film et en livrer le jour dit : un synopsis alléchant et une affiche encore plus alléchante ! En dehors du fait de produire sur un média culturel qui le passionne, le cinéma, Improzine impose l'idée de l'Impro des Cinés comme l'occasion de se mettre joyeusement au défi, de sortir de " sa zone de confort créative" et de s'interroger, en filigrane, à partir de sa propre production, son style et ses obsessions, sur les caractéristiques des genres et pourquoi on les aime ou on les déteste tant.

Ainsi, en l'An 1, Improzine expérimente sa géniale idée et propose de plancher sur l'autofiction ; en l'An 2, l'équipe réfléchit sur les tenants graphiques et aboutissants scénaristiques du polar ; en l'An 3, le conte des mots et des images était à l'honneur ; en l'An 4, l'équipe s'abîme les neurones et les doigts sur la dystopie.

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La dystopie ? Un sujet sur lequel, je me suis arraché les cheveux. Encore, une fois. Car, créer sur un genre cinématographique n'est pas un exercice courant dans ma production. Je réalise, alors que j'écris cette phrase, que, finalement, chaque sujet posé m'aura plongée dans un abîme de confusion et de terreur. Il m'aura fallu, à chaque fois, en amont, étudier mes références, faire des recherches notamment terminologiques, revoir quelques films phares...


Imaginer, écrire, dessiner la dystopie revient pour moi à : 1, interroger d'une manière critique ma conception du monde ; 2, trouver un angle d'a(pp)ccroche clair ; 3, présenter  de manière singulière un propos vastement traité un monde inversé — ;  4, me pencher sur le comment évoquer cet autre monde, parallèle, alternatif, critique, pour qu'il sonne vrai, réaliste vraisemblable ! Le réalisme dans une fiction ? C'est évoquer en cinq mots tout un programme personnel, une problématique profonde, en fait. Et 5, lister les moyens créatifs réellement maîtrisés et "convocables" pour y parvenir... 

Au passage, il me semble que les points 2, 3, 4 et 5 n'en forment qu'un : 2, quoi dire qui soit pertinent et jouissif au niveau créatif comme au niveau littéraire, pour répondre à la contrainte de ce nouveau sujet ? Un public : les adolescents et les adulescents. Une progression : trois parties. Une ligne d'écriture narrative : une société fictive reposant sur un modèle d'organisation "parfait", contenant en son sein les propres germes de sa destruction et se présentant, sur certains aspects, comme un système coercitif — entendez inégal, asservissant, liberticide — pour (tous) les peuples concernés.

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En contrepoint du style graphique et narratif des affiches cinéma actuelles, je veux parler de celles réalisées à partir de photographies qui me parlent, en général moins artistiquement, je propose cette année un visuel qui regarde de loin mais qui regarde quand même vers les productions graphiques des 1970's, riches de stratégies narratives et mises en scènes fortes :  représenter des moments et personnages clés grâce aux changements d'échelles, au recours à la stratification, la superposition, l''accumulation de détails visuels, ou le choix de couleurs, d'une (ou plusieurs) typo...


Parce que j'avais envie de tirer ma production vers ce genre d'affiche très composé, avec plusieurs moments, plusieurs points de vue représentés, plutôt que de me concentrer comme dans mes autres projets d'affiches, sur les héros de la fiction racontée. C'est vouloir, sans doute, remettre au premier plan le récit avec des figurants et un contexte, plutôt que des acteurs au service d'une histoire. 

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La fiction que j'ai proposée s'intéresse au rapport qu'entretiennent les animaux, les rats,  et les êtres humains, hommes, femmes de tous âges, sur un même territoire. Ce territoire est ici partagé : les premiers vivent partout où ça leur chante et où il y a de la nourriture, au grand air dans les villes comme dans les champs ; les seconds vivent au-dessous, dans les bas-fonds, se terrant, ou sont cachés. Les premiers composent une société organisée autour d'espèces supérieures, à priori ; les seconds vivotent et attendent un guide. Plusieurs influences dans ce récit : de loin, la fable de Jean de La Fontaine, Le rat des villes et le rat des champs ; et de très près, les romans L'empereur des rats de Bernard Lenteric et La planète des singes de Pierre Boulle adapté au cinéma et à la télévision. 

Mais c'est surtout une anecdote qui est à l'origine de tout :

" Un soir en rentrant chez moi, un rat d'environ 12 cm (estimés en partant du museau jusqu'au bout de la queue) croise ma route, à petits pas pressés sur l'asphalte humide, et rejoint une zone de la ville en chantier, à une centaine de pas de mon immeuble. Ce qu'il faut savoir, c'est que depuis plusieurs années, la ville où je vis est en chantier, car elle es incluse dans un grand projet urbain visant à créer une future Métropole parisienne dans laquelle les inégalités sociales et territoriales pourront être gommées, l'économie stimulée, paraît-il.

Ce vaste chantier a des répercussions visibles au quotidien, des transports en commun saturés, une circulation souterraine chaotique même hors heures de pointe, par exemple. Je pense qu'il a aussi des répercussions moins manifestes mais tout aussi gênantes comme l'augmentation de poussière dans l'atmosphère. Je ne peux m'empêcher alors que je vois ce rongeur se précipiter pour se mettre à l'abri, à un autre type de déplacements, celui des petits peuples de la nuit, aux dents acérées, aux griffes alertes et expérimentées, tels que les rats, les "grignotte-rails" (cf. Mimic de Guillermo del Toro), qui furètent partout en maîtres des lieux.  Je ne peux m'empêcher de penser, très certainement à tort :  en nombre et en volonté, ne sont-ils pas sur terre, plus nombreux et plus tenaces que nous autres, les humains ?"

Pour découvrir ma proposition Wild species, chroniques de l'Altermonde, c'est ici ; pour découvrir toutes les archives de ce beau projet clin d'oeil au cinéma indépendant, ce sera .

Merci pour votre curiosité ! 

© ema dée

vendredi 7 décembre 2018

La jolie cause rouge coquelicot


En ce 7 décembre parisien, gris, pluvieux, venteux et morne même en soirée, je remets le couvert et signe, avec une nouvelle production graphique, mon soutien au mouvement "Nous voulons des coquelicots" dont je vous ai déjà parlé en octobre. 

"Nous voulons des coquelicots" est un collectif qui milite contre l'usage des pesticides en France, dans un but, bien sûr, environnemental, mais aussi sociologique, économique et humain, avec une arme démocratique, la collecte du plus grand nombre de signatures en faveur de l'interdiction des pesticides de synthèse, et un signe distinctif, le coquelicot - cocarde, formé de pétales réunis par un pin's central protégé par une résine, à s'accrocher à la boutonnière (mais chacun peut se fabriquer le sien et le porter selon son goût). 

Le jeune mouvement qui a déjà réuni simultanément 500 rassemblements en France le 5 octobre s'est poursuivi, aujourd'hui.

Dans ma ville, en proche banlieue, je n'ai pas vu de rassemblements en faveur de cette cause, comme préconisé dans l'appel, c'est-à-dire devant l'Hôtel de ville à 18h30. Je n'ai pas vu de rouge, rond et écarlate, sur les cols de manteaux, les chapeaux, bonnets, écharpes ou étoles, durant la journée (en amont du second rassemblement). Nul rouge dans les rues, ni dans les magasins, ou les transports en commun. 

Je me suis promenée à Paris ; je suis allée dans une galerie, dans un salon. Je n'ai pas croisé non plus de rouge porté à la boutonnière, je crois même n'avoir vu aucune touche de rouge d'aucune sorte ni d'aucune forme sur quiconque. Il a plu, cependant, ça n'aide pas à la démonstration publique ni au soutien ; il a beaucoup plu, en effet, par averses intermittentes, froides et insistantes, suffisamment fortes, je pense, pour dissuader l'élégance du geste.  Oui, je le crois absolument.
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Il se peut que les coquelicots étaient là, finalement, bien présents, partout, solidement accrochés, épinglés ou cousus,  dans l'attente, au plus près du cœur, sur le pull, la chemise, le gilet, le T-shirt, et sous le manteau, la veste, la capeline, la doudoune ou l'imperméable, bien à l'abri des intempéries, du vent glacé et des regards. 

J'aimerais.

J'apprends qu'ailleurs, il s'en passe des choses, qu'il s'en ai passé des choses, qu'il s'en passera d'autres... des choses. Très bien.

Pour ma part,  pour l'occasion, j'ai sorti, à nouveau, feutres, feutres pinceaux, et crayons de couleur et ai imaginé une composition à partir de l'idée de signature, de rassemblement, d'organisation, car le mouvement se doit d'afficher et de préserver son organisation... et il a besoin de soutien. Mon coquelicot de soutien est rouge, multiple et se déploie sur papier blanc C à grain fin. 

Pensez à vous mettre vous aussi au rouge, rond et écarlate !


© ema dée