lundi 10 décembre 2018

Écrire-dessiner la dystopie pour Improzine : une contrainte créative !

Chaque année depuis maintenant quatre ans, Improzine, le blog de l'impro BD fan d'images, de fictions et de musiques, de surcroît , se lance un défi graphique et littéraire pour la Journée de soutien au Cinéma indépendant qui se fête religieusement le 3 décembre.


De quoi s'agit-il ? Les éminents membres actifs du blog proposent à tour de rôle un sujet en lien avec une certaine actualité cinématographique et/ou personnelle. Sur le sujet, il faut imaginer le scénario d'un film et en livrer le jour dit : un synopsis alléchant et une affiche encore plus alléchante ! En dehors du fait de produire sur un média culturel qui le passionne, le cinéma, Improzine impose l'idée de l'Impro des Cinés comme l'occasion de se mettre joyeusement au défi, de sortir de " sa zone de confort créative" et de s'interroger, en filigrane, à partir de sa propre production, son style et ses obsessions, sur les caractéristiques des genres et pourquoi on les aime ou on les déteste tant.

Ainsi, en l'An 1, Improzine expérimente sa géniale idée et propose de plancher sur l'autofiction ; en l'An 2, l'équipe réfléchit sur les tenants graphiques et aboutissants scénaristiques du polar ; en l'An 3, le conte des mots et des images était à l'honneur ; en l'An 4, l'équipe s'abîme les neurones et les doigts sur la dystopie.

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La dystopie ? Un sujet sur lequel, je me suis arraché les cheveux. Encore, une fois. Car, créer sur un genre cinématographique n'est pas un exercice courant dans ma production. Je réalise, alors que j'écris cette phrase, que, finalement, chaque sujet posé m'aura plongée dans un abîme de confusion et de terreur. Il m'aura fallu, à chaque fois, en amont, étudier mes références, faire des recherches notamment terminologiques, revoir quelques films phares...


Imaginer, écrire, dessiner la dystopie revient pour moi à : 1, interroger d'une manière critique ma conception du monde ; 2, trouver un angle d'a(pp)ccroche clair ; 3, présenter  de manière singulière un propos vastement traité un monde inversé — ;  4, me pencher sur le comment évoquer cet autre monde, parallèle, alternatif, critique, pour qu'il sonne vrai, réaliste vraisemblable ! Le réalisme dans une fiction ? C'est évoquer en cinq mots tout un programme personnel, une problématique profonde, en fait. Et 5, lister les moyens créatifs réellement maîtrisés et "convocables" pour y parvenir... 

Au passage, il me semble que les points 2, 3, 4 et 5 n'en forment qu'un : 2, quoi dire qui soit pertinent et jouissif au niveau créatif comme au niveau littéraire, pour répondre à la contrainte de ce nouveau sujet ? Un public : les adolescents et les adulescents. Une progression : trois parties. Une ligne d'écriture narrative : une société fictive reposant sur un modèle d'organisation "parfait", contenant en son sein les propres germes de sa destruction et se présentant, sur certains aspects, comme un système coercitif — entendez inégal, asservissant, liberticide — pour (tous) les peuples concernés.

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En contrepoint du style graphique et narratif des affiches cinéma actuelles, je veux parler de celles réalisées à partir de photographies qui me parlent, en général moins artistiquement, je propose cette année un visuel qui regarde de loin mais qui regarde quand même vers les productions graphiques des 1970's, riches de stratégies narratives et mises en scènes fortes :  représenter des moments et personnages clés grâce aux changements d'échelles, au recours à la stratification, la superposition, l''accumulation de détails visuels, ou le choix de couleurs, d'une (ou plusieurs) typo...


Parce que j'avais envie de tirer ma production vers ce genre d'affiche très composé, avec plusieurs moments, plusieurs points de vue représentés, plutôt que de me concentrer comme dans mes autres projets d'affiches, sur les héros de la fiction racontée. C'est vouloir, sans doute, remettre au premier plan le récit avec des figurants et un contexte, plutôt que des acteurs au service d'une histoire. 

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La fiction que j'ai proposée s'intéresse au rapport qu'entretiennent les animaux, les rats,  et les êtres humains, hommes, femmes de tous âges, sur un même territoire. Ce territoire est ici partagé : les premiers vivent partout où ça leur chante et où il y a de la nourriture, au grand air dans les villes comme dans les champs ; les seconds vivent au-dessous, dans les bas-fonds, se terrant, ou sont cachés. Les premiers composent une société organisée autour d'espèces supérieures, à priori ; les seconds vivotent et attendent un guide. Plusieurs influences dans ce récit : de loin, la fable de Jean de La Fontaine, Le rat des villes et le rat des champs ; et de très près, les romans L'empereur des rats de Bernard Lenteric et La planète des singes de Pierre Boulle adapté au cinéma et à la télévision. 

Mais c'est surtout une anecdote qui est à l'origine de tout :

" Un soir en rentrant chez moi, un rat d'environ 12 cm (estimés en partant du museau jusqu'au bout de la queue) croise ma route, à petits pas pressés sur l'asphalte humide, et rejoint une zone de la ville en chantier, à une centaine de pas de mon immeuble. Ce qu'il faut savoir, c'est que depuis plusieurs années, la ville où je vis est en chantier, car elle es incluse dans un grand projet urbain visant à créer une future Métropole parisienne dans laquelle les inégalités sociales et territoriales pourront être gommées, l'économie stimulée, paraît-il.

Ce vaste chantier a des répercussions visibles au quotidien, des transports en commun saturés, une circulation souterraine chaotique même hors heures de pointe, par exemple. Je pense qu'il a aussi des répercussions moins manifestes mais tout aussi gênantes comme l'augmentation de poussière dans l'atmosphère. Je ne peux m'empêcher alors que je vois ce rongeur se précipiter pour se mettre à l'abri, à un autre type de déplacements, celui des petits peuples de la nuit, aux dents acérées, aux griffes alertes et expérimentées, tels que les rats, les "grignotte-rails" (cf. Mimic de Guillermo del Toro), qui furètent partout en maîtres des lieux.  Je ne peux m'empêcher de penser, très certainement à tort :  en nombre et en volonté, ne sont-ils pas sur terre, plus nombreux et plus tenaces que nous autres, les humains ?"

Pour découvrir ma proposition Wild species, chroniques de l'Altermonde, c'est ici ; pour découvrir toutes les archives de ce beau projet clin d'oeil au cinéma indépendant, ce sera .

Merci pour votre curiosité ! 

© ema dée

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