dimanche 20 décembre 2020

Encours 1 : Dessiner des portraits d'hommes en noir et blanc à partir de photographies

Entre mes projets éditoriaux et l'expérimentation d'une communication autour de ces créations livresques se glissent des envies de récréation. Des récréations graphiques, ludiques, inspirées, qui me saisissent de plus en plus quand le soir tombe, et que la nuit jette sur nos têtes lasses et nos membres fourbus son manteau d'étoiles nimbé d'un silence progressif. 

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Encours : projet qui sans cadre(s) ni objectif(s) définis clairement au départ avance comme un projet véritable. Le choix d'un format, d'un support ou d'une technique, les deux ou les trois, aide grandement, cependant, à faciliter la marche en avant du projet qui n'a pas l'air d'en être un. Du moins au début (je me répète). 

 (Les portraits imaginaires représentent un territoire exploratoire.)

Projet : à ce stade de la marche, il est difficile de dire de quoi il s'agit, en fait. D'un livre, d'une composition graphique en série, d'un préalable à la création d'un produit imprimé (jeu, vêtement, affiche)... Il est néanmoins possible au vu des premières réalisations de convenir qu'il s'agit très certainement, un, de dessiner des portraits d'hommes, deux, sur un format 24 cm x 24 cm, trois, en plan épaules ou en buste, quatre, majoritairement au feutre pinceau. À la question indiscrète "Et quelle est la motivation de ce projet ? " ou à l'interrogation inappropriée "Pourquoi des hommes ?", il est possible de répondre pour se débarrasser de toute forme de justification : "Parce que !" Il est aussi possible de répondre tout autrement, portée par un élan de générosité et de partage : "Parce que j'en ai envie !" ou "L'idée se trouvait là toute pleurnicharde installée en déséquilibre dans un coin de mon atelier entre le carton à dessin et le mur je ne pouvais décemment pas la laisser dans cet état ! " De telles réponses ne sont guère possibles dans le cas qui nous préoccupe. Malheureusement.

Car, tout d'abord, je n'ai nullement envie de dessiner des hommes, j'en ai besoin. Ensuite, il n'y a pas d'idée, je veux dire, de concept préexistant à mon geste que le dessin viendrait expliciter ou démontrer, non, il s'agit d'une remontée dans le temps. L'idée arrive ensuite, se révèle petit à petit, trait après trait.

 (Ils offrent des possibilités de modalités de création infinies.)

Dans des temps révolus, j'avais des rêves, un en particulier : devenir styliste pour hommes. Je rencontrai à un carrefour des métiers un petit bonhomme mal fichu qui sentait l'alcool à boire. Tout dodelinant, il m'expliqua qu'au début, je devrai dessiner des pots yaourts. (Le carrefour des métiers avait l'air sérieux, le petit monsieur tremblotant itou, je n'ai rien dit — j'ai fait confiance — mais je suis rentrée chez moi abasourdie.) Quand même ! : des pots yaourts Mamie Nova à la veste de cocktail pour hommes en skaï jaune scintillant, il y avait un large fleuve tourmenté. Mon rêve d'une gloire à venir cousue main en prenait un sacré coup.

Rêve : sens 1. Fiction cérébrale se déroulant souvent en huit-clos pour un(e) unique spectateur(trice) et pouvant comporter ou pas plusieurs épisodes montés à la serpe, sans désir de clarté ni de divertissement. Sens 2. Désir préconçu de devenir autre chose que ce qu'on est amené(e) à devenir mais sans en avoir la moindre idée ou le moindre indice. Nada. Du coup, on expérimente, on explore tout sa vie. Sens 3. Flots d'espérances charriant des billevesées ineptes. Sens 4. Métal précieux recouvrant et protégeant la volonté enfantine pugnace.

Résumons autant que possible : en 2015*, je découvre qu'il existe une sorte de pendant à la Journée internationale de la Femme, la Journée internationale de l'Homme qui a lieu le 19 décembre, depuis 1999. Dans un mouvement un peu provocateur, je commence à dessiner des personnages masculins, d'abord des têtes seulement, puis des portraits en buste sur du papier, à partir de photographies issues de coupures de magazines de mode urbaine, vintage et de luxe que j'archive dans un classeur bleu. Le rêve de dessiner des pots yaourts en costume jaune remonte à la surface du support blanc, lisse ou grenu, se mue en action. À la faveur d'une publication de dessins sur un compte Instagram tout récemment créé, l'action cherche à présent sa direction, un horizon à atteindre.

Horizon : forme abstraite d'une envie concrète, celle de produire un OVCI (ou Objet Visuel Carrément Inédit).  

 (Jusqu'à ce qu'on réalise qu'on a dessiné son voisin ou un pote de fac.)  

Une hypothèse de création : exposer un style qui s'est affiné au fil des projets hétéroclites à la faveur d'un sujet véritablement personnel, mon rapport à la masculinité. À propos de "style", de manière de faire, je me souviens de quelqu'un, un homme, je me souviens surtout d'un de ses conseils "avisés" que je n'ai jamais franchement compris : "Prends-toi pour modèle quand tu veux dessiner". Résultat bien des années plus tard : tout ce que je dessine, arbre, personnage, objet du quotidien, paysage, tout me semble inexorablement féminin... 

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*L'origine du "projet" ? Trois premières tentatives personnelles d'écriture et de dessin  :

— En 2015, les hommes de ma mémoire : http://www.lehorlart.com/2015/11/un-jour-particulier-pour-tous-les-hommes.html 

En 2016, très court essai de physiognomonie : http://www.lehorlart.com/2016/11/fete-des-hommes-portraits-2016.html 

En 2018, la beauté du héros ordinaire : http://www.lehorlart.com/2018/11/journee-internationale-homme-2018.html

Pour s'intéresser, se documenter ailleurs, on peut lire, par exemple, l'article de Mymy Haegel, rédactrice en chef du site mademoiZelle : https://www.madmoizelle.com/journee-de-l-homme-1066912

 ©ema dée

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