mercredi 20 novembre 2019

Confidences d'artiste et réflexions personnelles : l'École du livre de Jeunesse et Benoît Jacques (1ère partie)

En septembre dernier, je réponds à l'offre proposée par l'École du livre de jeunesse de venir rencontrer à Montreuil, un artiste et auteur indépendant qui fait figure d'exception dans le paysage de l'Édition pour enfants et du Livre illustré, et de modèle pour moi : Benoît Jacques.

Cette rencontre vient s'ajouter à celles que j'ai déjà eu l'occasion de faire avec d'autres auteurs et illustrateurs de livres pour la Jeunesse ; toutes se présentent comme un moment et un lieu particuliers où convergent des intentions, des attentes et des désirs pluriels. Le Horlart archive deux écrits personnels plus anciens relatant ces évènements à la fois collectifs et individuels. Par exemple : 

– en 2014, un cycle personnalisé de rencontres avec une artiste plasticienne, autrice pour la Jeunesse, un créateur de bandes dessinées et un éditeur, approchés dans différents contextes (Les Visiteurs du Soir de la Bnf ou Les littératures graphiques à l'Université Paris 8), précédé de quelques remarques concernant un cycle de formations professionnelles sur le livre pour la Jeunesse (CPLJ-93).

– en 2013, un compte-rendu de ma participation à la matinale de la création de l'autrice et illustratrice Joëlle Jolivet, (1965 -...) au CPLJ-93.

Mon propos sera ici triple, exceptionnellement :  comme un écrin à la présentation de ma rencontre avec l'artiste, il abordera brièvement, en amont, l'offre de l'École, et plus longuement, en aval, les résonances de cet évènement avec mon propre parcours.

L'École du livre de jeunesse, premier centre de formation à la médiation en littérature jeunesse en France, installé dans les locaux du Centre de promotion du livre de jeunesse (ou CPLJ) à Montreuil (Seine-Saint-Denis), c'est la possibilité de rentrer en contact de manière privilégiée avec les acteurs et les problématiques - clés de l'Édition pour la Jeunesse. Et ce, pour soi pour d'autres , que l'on veuille se former sur le genre, ses formes, ses thèmes, les possibles pistes de médiations ou que l'on veuille se faire plaisir et se ressourcer, tout simplement.

 Hommage à La nuit du Visiteur de Benoît Jacques


1) L'École du livre de jeunesse et l'atelier éphémère de l'artiste : quoi, pour qui, pour quoi ?

Montreuil. Rue François Debergue. Une pièce. Sur un de ses murs, une fresque colorée. Des chaises installées, vides momentanément, à gauche et derrière, des étagères chargées de livres illustrés - ponctuellement, pour l'occasion, une sélection des titres de l'auteur ou de l'autrice invités -,  et non loin, sagement, près d'une fenêtre, des fauteuils ; on a sorti une cafetière, des bouilloires, du jus d'orange, du thé, des biscuits. C'est l'École. Elle propose des rencontres avec, notamment des créateurs de livres pour enfants. 

L’offre est alléchante puisqu’il s’agit, au cours de ces rencontres – échanges, entretiens privés, discussions – d’approcher de plus près des « univers » artistiques singuliers. La séance dure environ trois heures. Dans cet espace-temps aménagé, l’invité-e revient sur son parcours à sa manière. Le plus souvent, il s'agira de présenter – expliquer ou expliciter – des choix éditoriaux, d’écritures ou de mises en images, d' évoquer ses références artistiques et culturelles, sa formation artistique. En soutien, en illustration, les livres qui ont été édités, parfois ceux qui ne l’ont pas été ou qui sont en cours de création.  Certains artistes auront préparé un atelier, une animation. En filigrane, ces rencontres dessinent le visage protéiforme d’un métier passion, auteur - illustrateur, et d’un secteur d’activités à la fois artistique, culturel et commercial qui, toujours, fascine, l’Édition. 

C’est donc un moment privilégié. 

Pour les artistes, il peut représenter, par exemple, un "espace médian" entre intérieur et extérieur de la création, entre leur atelier privé et le hors-les-murs de l’atelier, : cet espace-temps qui autorise une prise de hauteur vis-à-vis de leur travail créatif quotidien, une mise en perspective. Possiblement, une mesure de l’impact que leurs livres, histoires racontées ou mises en images de textes, peuvent avoir sur les publics, en particulier, les médiateurs du livre. 

Publics majoritaires de ces moments d’écoute et d’échanges, ce sont souvent des femmes ; elles sont volontiers bibliothécaires, documentalistes, assistantes maternelles,  animatrices du livre, enseignantes en Lettres mais aussi  éducatrices spécialisées…  Parfois viennent des artistes, graphistes, illustratrices ou écrivaines. Pour elles, le cadre de l'École constitue le lieu et le moment idéaux pour interroger plus ouvertement l’auteur ou l’autrice sur ses intentions, les contenus de ses livres, les thèmes abordés et sur les choix esthétiques pris ou défendus dans le Livre. C’est aussi une manière plus libre et vivante de dire à l’artiste comment les ouvrages sont utilisés dans leur profession, et en particulier, comment les jeunes se les approprient ou ne se les approprient pas. Car chacun, chacune, vit une expérience personnelle et professionnelle unique avec les livres pour la Jeunesse. Individuellement et collectivement.

En sous-texte, ces "entretiens" contribuent, me semble-t-il, à travailler directement ou imperceptiblement à gommer ou contourner, du moins momentanément, une frontière. Un cloisonnement qu’expliquent des écarts (entretenus, justifiés ou non) de perceptions sociales, humaines ou professionnelles (le créatif versus le non créatif, l’artiste vs le vaste monde salarié, le texte  vs l’image, la Jeunesse vs l’âge adulte).

Les échanges, en ce lieu et cet instant, sont par conséquent propices aux révélations. Les artistes se dévoilent derrière leurs œuvres : les objets livres. (Un peu beaucoup passionnément). Au gré des confidences de création ou de fabrication, ils, elles, se livrent, tout en même temps, auteur illustrateur, autrice illustratrice, acteur, actrice –   artisans ! – d'un parcours unique, père, mère, artiste en proie (diversement) à des hésitations, des questionnements, des doutes ou à des épiphanies. 

C’est enfin pour toutes et tous, un moment de partages. Personnellement, c'est toujours un ressourcement.

 
Pour moi qui m'intéresse depuis longtemps au Livre illustré comme média, œuvre artistique et objet social et de collection, ce sont plus que de simples rencontres. Écouter un artiste parler de son travail, par ses mécanismes, choix, obsessions, regrets, joies et victoires, est aussi très formateur. Formateur par comparaison et différenciation avec mon propre cheminement dans le livre, album, bandes dessinées ou récit illustré. L'Écouter-voir l'Autre complète le Lire-faire à son tour. En outre, il me semble que comprendre la démarche d'un auteur (ou d'une autrice) qui a fait le choix de l'indépendance peut m'aider à délier les nœuds qui se font en moi dès qu'il s'agit de me lancer moi-même dans l'aventure, hors des sentiers battus de l'édition à compte d'éditeur. 

Parler de mon admiration pour le travail créatif de cet auteur outsider, comme partager mes impressions sur Le Horlart, espace dédié à mes créations et à l’univers artistique, social et culturel qui les nourrissent, m’apparaît telle une évidence.  J'aime penser que de part le monde de l'Art, il est des "marges" actives.  

Benoît Jacques (1958 - ...) est ce qu'on peut appeler aujourd'hui un auteur auto-édité ; d'autres murmureront "auteur-éditeur", ce qu'il n'est pas vraiment, il n'en a pas le statut ; il préfère l'appellation plus juste d'auteur indépendant pour désigner, plus spécifiquement, une situation professionnelle, un état d'esprit ainsi qu'une organisation physique, mentale et sociale, capables de donner le jour à des objets livres originaux, qui comptent.

Mon compte-rendu sera comme je les affectionne, c'est-à-dire enrichi, à certains endroits de réflexions, de digressions, de commentaires purement partiaux... et d'images ! Car, c’est sans honte ni réserve que je déclare ceci : je suis fan.  

En cliquant ici, la lecture de l'article se poursuit et aborde la présentation du travail de Benoît Jacques par Benoît Jacques.  

© ema dée

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