vendredi 1 février 2019

Gentil coquelicot, Mesdemoiselles, gentil coquelicot pour un monde nouveau...

Le coquelicot fleurit
 
Quand faut partir en promenade tous ensemble, alors qu'on est très bien là, assises en grappes sous un arbre ; on sue d'ennui, quand même ; il fait 30° ; on n'est pas convaincues qu'une balade, en chantant des comptines grivoises à tue-tête et voix de crécelle, le long d'un chemin brûlant, soit très conseillé pour la tranquillité de la campagne périgourdine et notre équilibre à nous, les petites banlieusardes en vacances ; on met tout le goûter dans un gros sac à dos, nos chapeaux et nos lunettes de soleil XXL, tout le corps est brillant de crème solaire, les mains sont ballantes, fourrées dans les poches ou dans celles des copines, c'est moite, c'est mou, ça glisse, c'est dégeu ; derrière, on a le mono, chapeau de paille et bermuda ample, qui ferme la marche et qui fulmine parce qu'on avance pas assez vite, en zigzagant et en roulant des fesses, mille précautions pour éviter de marcher sur les talons de celles de devant, mais tenez-vous tranquilles et avancez, normalement, bon sang de bois !

Le coquelicot remue

Quand on arrive pile dans le coin noté sur la carte IGN, avec des faux airs d'exploratrices du nouveau Monde, émerveillées par la verte et vaste prairie qui s'étend sous nos yeux ; après les jeux de groupes rasoirs qui font suer la patience et le goûter vite envoyé, c'est temps libre, sus aux fleurs et c'est à celle qui fera le plus beau bouquet-souvenir ! Le paquet de fleurs sauvages cueillies dans la précipitation sent pas très bon, en fait, et puis, dedans,  il y a des petites bêtes qui se frottent leurs ailes et leurs pattes minuscules ; dans le bouquet,  il y a des fleurs avec des pétales qui manquent ou avec des feuilles grignotées ; trop tard, plus le temps d'en prendre des rouges, les plus jolies, ou des violettes au doux parfum, il faut rentrer au centre ; on marche sans s'arrêter sur le bas-côté fleuri ; on entend la verte et vaste prairie chanter parce que là on se tait, bien obligées vu que le mono de derrière en a marre, ça suffit qu'on massacre le patrimoine de son enfance, avec nos voix criardes ; il aboie, qu'on se taise jusqu'à la colo, on peut avoir la paix un moment, bon sang de bois !

Le coquelicot s'étiole

Quand dans nos mains, les fleurs retombent avec la tête en avant et les tiges fines et poilues qui deviennent toutes molles, parce qu'on tient les tiges serrées, serrées, dans nos mains qui transpirent ; on essaie de se dépêcher, mais il y a le bord de la route, il y a les tongs trop grandes qui s'échappent des pieds et qui font trébucher et il y a les traîtres orties ; non, on n's'arrête pas, vous vous gratterez les chevilles, en arrivant ! On hurle, soudain, avec notre vilain bouquet presque tout fané à la main, qu'une abeille vient de se poser dessus ; l'abeille est là, toute tranquille, à attendre qu'on ait fini de hurler, qui s'envole pas loin et qui se remet à l'exacte endroit où elle s'était posée la première fois ; on agite le bouquet pour qu'elle s'en aille ; on crie ; le bouquet secoué dans tous les sens ne ressemble plus à rien du tout ; on pleure, de peur et de déception ; c'est nul, l'été dans le Périgord, viendra plus jamais !

Le coquelicot se ternit

Quand on voit se rapprocher, enfin, les grands arbres pointus et le bâtiment beige de la colonie et que, de joie, on se remet à chanter, haut et faux ; on se fait enguirlander ; le vent se lève ; on frissonne ; des papillons blancs se chamaillent, volettent au-dessus de nos têtes ; on marche de plus en plus vite malgré le mono qui vagit de faire attention ; hâte de retrouver nos chambres fraîches ; ça gratte dans la robe, le débardeur, le short ; on se précipite pour cueillir des fleurs de-ci de-là, juste au pied de nos arbres ; ça remplacera bien les fleurs des champs, si on en prend beaucoup, comme ça, à pleines mains, du pissenlit et des pâquerettes, dis, hein ? Ça ira, ça sera quand même joli, dis ?

* Le titre de l'article fait référence à la comptine pour enfants Gentil Coquelicot de Jacques Douai. Ce texte, librement inspiré d'un souvenir d'enfance, me vient alors que fleurissent sur les cœurs, de plus en plus et de plus en plus nombreuses, les cocardes rouge coquelicot de "Nous voulons des coquelicots".

Un soutien convaincu et toujours inspiré.
 
© ema dée

1 commentaire :

Ema Dée vous remercie de votre curiosité et de votre visite. À bientôt !