mardi 16 mars 2021

Moi, La Sororité ou Femmes et théâtre à l'Espace Marguerite Charlie (Saint-Denis, 93200)

Depuis le 8 mars 2021, qui correspond à la 36ème célébration de la Journée internationale des droits des Femmes, j'expose à l'Espace Marguerite Charlie, à Saint-Denis (93200), l’œuvre graphique Répétitions ? accompagnée du texte Je songe à toutes les fois. Ce sont deux productions artistiques inédites réalisées pour l'occasion, en réponse un appel à participation dont je parle plus en détail ici : http://www.lehorlart.com/2021/03/la-femme-objet-dattentions-permanentes.htm

1 - Quelques confidences à propos de l’œuvre Répétitions ? :

C'est une œuvre graphique sur papier blanc. Elle est inédite et cela pour plusieurs raisons : d'abord, par son format, qui résonne avec mon envie actuelle d'étendre mon espace physique d'expression, au-delà du format carré ou A4 ; ensuite, par le médium utilisé, je dessine couramment au feutre fin (voire très fin), au feutre pinceau, au crayon de couleur et à l'encre aquarelle. Je ne cache pas l'influence qu'exerce, sur la texture de mon trait, mon intérêt pour la gravure sur métal et le dessin de presse, par exemple satirique. Or, pour cette production-ci, j'avais envie de proposer une image qui puisse aussi être considérée de loin. Alors, je m'arme d'un marqueur à l'acrylique qui trace des lignes épaisses et plus assurées ; l'outil "grossier" m'oblige à volontiers sortir de ma zone de confort et d'une verve d'ordinaire intimiste. Si le sujet de l’œuvre, le corps de la femme, n'est pas nouveau dans ma production — le personnage féminin dans toutes ses nuances se balade en effet dans beaucoup de mes productions —, la composition, elle, est récente. Elle fonctionne comme un collage et renouvelle mon approche de la notion d'héritage.

2 - Quelques confidences à propos du texte Je songe à toutes les fois :

Ce texte se place volontiers dans le registre de l'autofiction, jusqu'à un certain point. Il part d'un souvenir d'adolescence, réellement vécu. Le genre littéraire aidant, parce qu'il autorise dans le récit de soi, en réponse à des zones d'ombres, le recours à une forme d'invention(s) dans/de l'écriture, je le raccroche à un évènement qui s'est déroulé à l'âge adulte : ma découverte d'une pièce de théâtre, très connue aujourd'hui et exemplaire du combat des femmes, notamment, en ce qui concerne la réappropriation de leur corps. Je voulais que l'épisode personnel se hisse au rang d'expérience commune que d'autres auraient pu vivre. Et si tel n'était pas le cas, je veux dire, si personne n'a vécu la chose comme moi, je désirais que le récit renvoie de toute manière à un thème collectivement partagé par les femmes : l'arrivée des premières règles avec toute sa cohorte de questionnements, de sentiments et de sensations contradictoires. La lecture de plusieurs romans d'Annie Ernaux publiés en 2011 dans le recueil Écrire la vie (Gallimard, coll. Quarto) a grandement contribué, chez moi, à l'ouverture et à la libération, il y a plusieurs années, des possibilités narratives d'un langage puisant dans des niveaux de langue et des registres variés. Il est possible qu'il y ait un peu de cette volonté d'écrire la vie dans mon texte, à découvrir dans son entiereté jusqu'au 31 mars à l'Espace Marguerite Charlie, 42 rue de la Boulangerie, à Saint-Denis (93200).

3 - Quelques images de l'exposition installée à l'Espace Marguerite Charlie et présentée à partir du 8 mars 2021 :

Le vernissage a eu lieu dans une ambiance intéressée et calme, ponctuée de moments musicaux proposés par le groupe de rock et de musique française Automne. Je découvre les autres productions et leurs artistes : sont ici représentés l'art du collage, le dessin Art brut, la peinture abstraite, la photographie numérique, le dessin naïf, la performance, la peinture figurative et le dessin numérique. Je dois reconnaître que ce moment collectif et à bonnes distances, m'a fait du bien. Un an que je n'ai pas entendu ni vu de concert ou participé à un évènement local culturel et artistique, je me suis donc fendue de quelques images photos - mémoires prises à la volée !

J'ai été pareillement émue, si ce n'est plus, par le fait d'avoir été retenue pour faire partie de cet évènement. Je réalise au moment où j'apporte mon œuvre, à la veille de l'accrochage, qu'une trop grande durée sépare cette exposition de l'avant-dernière, c'était en avril-mai 2014, j'y exposais seule des œuvres graphiques, à la boutique Rougier & Plé, Filles du Calvaire, Paris 3ème. (Dans l'intervalle, beaucoup de choses ont été faites qu'une monstration aussi discrète soit-elle aurait fait avancer.) Mais ce qui m'a particulièrement touchée, c'est de pouvoir montrer, dans le contexte qui est le nôtre la pandémie , un projet personnel nouveau, quel qu'il soit et quelle que soit la manière dont il sera perçu par le public.

Régulièrement, j'apprends que des évènements artistiques prévus de longue date, devant se dérouler cette année ou en 2020, ont été repoussés à l'année prochaine ou sont carrément suspendus. Malgré l'espoir que bientôt tout redeviendra possible et la conviction que cela ne peut pas durer éternellement, on nage dans l'inconnu. Je dois dire que quand j'ai reçu l'appel à participation, l'idée m'a effleurée de ne pas y répondre, tout simplement parce que je doutais que l'évènement puisse vraiment avoir lieu. Je me disais que cela ne valait pas la peine de produire quelque chose puisqu'il n'était pas certain qu'il se concrétise, finalement. C'était oublier le bienfait qu'apporte déjà l'acte de créer, tout simplement, de s'assoir à sa table de travail, de réfléchir les feutres à la main à la meilleure manière d'exprimer sa conception de la sororité et des relations que les femmes entretiennent avec le théâtre. Bien plus, ce fut comme un acte de résistance, un cri lancé contre le risque d'apathie ou la dépression ambiante, contre les forces délétères qui semblent oublier l'énergie vitale à l'origine de toutes formes d'art et l'intérêt de côtoyer ces formes les grandes comme les plus confidentielles , comme semble être oubliée, de plus en plus, la force des initiatives locales, qui, je le crois, peuvent essaimer si on a l'audace de poser une première pierre. C'était faire œuvre d'art malgré tout, malgré les forces d'inertie.

©ema dée

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