samedi 23 juillet 2016

La saison de la Bête

Après la rage contenue... après la colère intestine... après le temps obligé de la réflexion et de la distanciation pourtant...


Fais taire ces chiens qui grognent

L'affreuse Bête aux milliers de bras avance
exposée dans un délire de flashs glacés
pose ses mille genoux jamais rassasiés
Le cher pays n'est pas si doux
Les paupières des petites morts sont cousues
Les lèvres des petites morts sont scellées
Leurs mains et leurs pieds sont restés verts
Pas de cérémonie supplémentaire
Le temps du recueillement n'est plus
Le temps des lamentations s'étire
en vain

Fais taire ces chiens qui aboient

L'inextinguible Bête aux yeux ivres ramasse ses proies aveugles
Des têtes noires hypnotisées
psalmodient leurs vœux les plus chers
devenir des hommes rencontrer les dieux
Leurs traits juvéniles sont gravés dans le marbre mortuaire
Leurs doigts laborieux sont liés entre eux
Leurs orteils savants ont perdu leur liberté
Leurs corps flous n'existent déjà plus
c'est le prix pour devenir des hommes rencontrer les dieux

Fais taire ces chiens qui hurlent 

L'épouvantable Bête à la gueule rageuse et hautaine gagne du terrain
Les aiguilles huileuses égrainent le peu de temps qu'il reste
avant la dévoration des anges
L'amphithéâtre rouge se noie
La musique joue faux
Dans l'obscurité du rideau de flanelle des doigts bien peignés
font des comptes ronds
Le trésor du sang
La cantatrice cherche dans les replis de sa robe noire
une corde vocale appropriée
Les petites morts bien sages reposent dans des cercueils sans nom
Les cours de récréation seront silencieuses
Les anniversaires manqueront à l'appel de la cloche
Le jardin aux délices est muré
L'étendard à la poitrine découverte brûle 

Fais taire les chiens, Monsieur, fais taire les chiens !


© ema dée

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