dimanche 31 mai 2020

Confinement # 10 : Je lis à voix haute un texte d'Alphonse Daudet, de Dino Buzzati et d'Hélène Bessette... et vous ?

Je poursuis mes lectures à voix haute de textes littéraires depuis mon micro - home studio de création et d'enregistrement. Cette fois-ci, pour cette cinquième proposition sonore, je propose une variation sur le thème de la richesse, à travers le choix de trois textes d'auteurs différents : richesse et intelligence de cœur d'abord, avec L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet ; richesse et puissance politique avec La leçon de 1980 de Dino Buzzati ; enfin, richesse matérielle avec Le poème de la Porte d'Hélène Bessette.

Une variation soufflée par l'air du temps ? Peut-être, mais pas certain. L'envie de continuer une nouvelle aventure à laquelle je m'associe, celle de faire entendre dans la distance et à distance les mots d'auteurs qui me touchent, et ce, avec mes propres forces la voix et l'enthousiasme pour les histoires en tous genres  ? Assurément !

1) Richesse et intelligence de cœur chez Alphonse Daudet :

L'homme à la cervelle d'or est un récit que je découvre dans une petite anthologie datant de 1996 et intitulée La dimension fantastique, 13 nouvelles d'Hoffmann à Claude Signolle. Elle est présentée par Barbara Sadoul dans la petite collection de poche Librio. L'étrange nouvelle d'Alphonse Daudet (1840-1897), écrivain et dramaturge français, est le récit peu ordinaire que fait un homme de son destin : il naît avec une particularité dont on n'apprendra vite si c'est une heureuse chose ou un mauvais coup de Dame fortune. L'histoire qui se révèle dramatique m'apparaît comme une métaphore des vicissitudes de la vie d'artiste...



2) Richesse et puissance politique chez Dino Buzzati :

Fidèle à son écriture qui décortique le réel pour mieux en montrer la mécanique, triste, absurde, poétique ou drôle, l'écrivain, critique et journaliste italien Dino Buzzati (1906-1972) propose dans sa nouvelle fantastique La leçon de 1980, une solution pour mettre fin au conflit opposant deux super puissances convoitant le cratère de Copernic, sur la Lune. Et si leurs plus puissants représentants, touchés par une sorte de "punition divine", venaient à mourir brutalement, que se passerait-il ? Un monde renversé, entre délectation, frisson et inquiétude... Le récit est extrait du recueil Le K paru initialement 1966, puis réédité notamment dans Oeuvres, Tome 2 aux éditions Robert Laffont en 2006...



3) Richesse matérielle comme signe social distinctif chez Hélène Bessette :

Dans Le poème de la porte extrait du texte autofictionnel Suite suisse (Léo Scheer, 2008), la romancière et dramaturge française Hélène Bessette (1918-2000) évoque une sorte de ras-le-bol de l'écrivain et le piquant de ses vacances sont-elles bien réelles ? dans la très riche ville de Lausanne. Le poème jouant en autres sur la répétition de l'adjectif "riche", tendrait selon moi, à présenter au bout du compte et de l'histoire, loin d'une perspective de vie enchanteresse et l'attrait pour un ailleurs "exotique", une forme caustique de caricature sociale. En creux, le portrait tragique de l'autrice ?



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 Deux remarques concernant le choix des textes lus :

1 – À propos du genre fantastique : je suis toujours étonnée et séduite par ses ressorts et sa polymorphie. À propos de lui, Pierre-Georges Castex évoque "une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle".  Selon Charles Nodier : "le lecteur est placé devant un tissu de réel et d'irréel dont il cherche à retrouver le fil d'Ariane". Et Barbara Sadoul d'ajouter : "La question du surnaturel crée alors une complicité entre lui et l'auteur, et c'est sur l'instant d'hésitation du lecteur (illusion des sens ou réalité du phénomène) que Tzvetan Todorov fonde sa définition du fantastique"... Ainsi, donc, le fantastique aura fait irruption dans mon quotidien... 

2 – À propos du récit d'Alphonse Daudet : si le texte lu date de 1860, c'est une autre version de l'histoire que l'auteur fera paraître dans son recueil de contes Lettres de mon moulin en 1873 et qui demeure en définitive la plus connue. Détail fort passionnant concernant ce récit : il existe des différences notables dans la portée réflexive, le message ainsi que le style littéraire de l'auteur entre la nouvelle fantastique de 1860 et le conte mélancolique de 1873. Pour s'en rendre rendre compte,  ci-dessous, les premières pages de la légende...

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Qu'il existe deux versions aussi dissemblables du même texte de L'homme à la cervelle d'or me pousse à doucement m'interroger sur l'intention de l’œuvre littéraire comme celle de son auteur : pourquoi a-t-il ressenti le besoin de changer à ce point sa première histoire ? S'agissait-il de répondre à une intention éditoriale, tisser entre les textes un fil conducteur, créer un sentiment de cohérence d'ensemble ? Ou bien, a-t-il été question pour A. Daudet de s'assurer une réception plus large de son texte ? Ou d'une "autocensure" ?... Ou encore, n'est-il pas arrivé ce qui passe parfois durant la "formalisation" d'un conte, une édulcoration de la parole et de l'intention initiales ? 

En tous cas, ce qui est significatif dans mon propre parcours, c'est que j'avais déjà lu la légende dans Lettres de mon moulin ; je ne l'avait par retenue ; elle ne m'avait rien inspiré de plus que celle qu'elle paraissait être, une histoire "merveilleuse" à laquelle l'auteur a donné, grâce à certains artifices de style connus, des accents de vérité. D'où l'intérêt, j'en suis convaincue, d'avoir aussi accès à un écrit plus ancien. Car, finalement, c'est cet écart qui me semble être le plus intéressant à souligner.

© ema dée

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