dimanche 12 avril 2020

Confinement # 6 : Je lis à voix haute quelques considérations sur la Jeunesse et le Grand âge ... et vous ?

Quelques heures avant minuit. Chacun s'est affairé toute sa (sainte) journée. S'affaire encore ; des salons, des cuisines, des chambres  sont encore debout. Jusqu'à épuisement ? Le printemps qui brille par moments d'un bleu-jaune taché de blanc allège notre atmosphère d'attente quotidienne.  Par la fenêtre de mon salon, je vois un homme sortir sur son balcon fleuri. Il fume, il est 10h. Ce soir, il fumera aussi, posté derrière ses pots de fleurs roses. Ça se passera durant quelques minutes et il sera sans doute 18h45. Et demain comme hier, rendez-vous même heure, même endroit. À 18h50, retentira un cri, celui d''une femme. Des têtes, inconnues hier mais de plus en plus familières avec le temps, apparaîtront aux fenêtres de l'immeuble d'en face. On applaudira, on frappera contre des casseroles, on jappera si le cœur est partant : on sera reconnaissants. Un téléviseur grand écran restera allumé toute la nuit. Insomnies collectives ?
Le matin, dans la cage d'escalier, un voisin s'exprima haut et fort, le couloir vide fit porte-voix, sa voix, envahissante,  semblant vouloir faire la conversation à tous les étages, résonna en borborygmes. 
À un moment, un petit vieux a trotté sur le trottoir d'en face, une joggeuse est passée avec son chien, l'équipe de nettoyage municipale les a regardés avec des airs de commères, dans sa tenue fluo et ses mains sur les hanches. À demain ?

La 4ème semaine de confinement imposée à toutes et à tous, suite à la pandémie de Covid-19, s'achève bientôt.

Depuis ma fenêtre de derrière, je rencontre à distance d'autres inconnus. Figurants tronqués — bustes ou pieds mobiles —, ils vaquent à des occupations ordinaires, étendre le linge, profiter de son balcon arrangé pour l'occasion, promener quatre poules, marcher avec non loin, les enfants qui jouent, sous bonne garde... L'ennui s'installe partout en toute tranquillité, dessinant les contours mous d'une micro-société en stase. Ici, les fenêtres s'ouvrent plus largement pour faire entrer le soleil ; en observatrice voyeuse, j'assiste à une agitation urbaine en plans séquences brefs dans un cinéma de plein air quotidien. 

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Dans les intervalles. Le fil de mon histoire avance : mes lectures à voix haute. L'exploration des mécanismes de l'âme, sous la plume de Dino Buzzati (1906-1972), écrivain, dessinateur et journaliste italien, continue de me séduire et de m'inspirer des envies d'écritures et de partages.  Je continue donc mon voyage dans son Œuvre écrit.

Le choix des textes et l'entraînement à leur lecture pour en proposer une réception engageante, d'abord conduits sans réflexion, se sont transformés plus vite que prévu, en rendez-vous hebdomadaires et rigoureusement organisés. 
Dans cette intimité inédite qui se tisse au fil de nos retrouvailles régulières, j'apprends à (re)connaître une pensée derrière son auteur. Je remarque des formulations récurrentes d'un texte à l'autre ; j'entrevois une manière dont se conduit une réflexion, dont se poursuivent des idées et s'expriment des obsessions, à travers les multiples doubles créés par l'écrivain. 

Et dans cette intimité inédite où je m'exerce à distraire un public virtuel, je cherche à habiter une voix. Non pas la mienne, ni celle du journaliste, mais une troisième — hybride : celle de la lecture - divertissement à destination de. Pour ce faire, je développe des stratégies, des formes : tons, rythmes, diction, silences, matières sonores... Tout un registre personnel au service de sujets littéraires renouvelés. 

Les deux textes retenus, accessibles en cliquant sur la seconde image ci-dessous,  peuvent être entendus —  et vus ! , comme des portraits, écrits sur un mode "narrato-réflexif" (un néologisme personnel).  On  y aborde et on interroge, en particulier, la relation intergénérationnelle, ou si l'on préfère, les conditions d'un "dialogue" (ou de son absence) entre la Jeunesse et le Grand âge. Au fur et à mesure de l'observation et de l'inventaire des faits, on y dresse aussi la typologie singulière de jeunes gens et de gens "âgées". Dans J'enrage, un quinquagénaire cherche à comprendre la Jeunesse en colère contre les vieilles générations. Dans Des vieillards terribles, on a affaire à un étrange phénomène baptisé "vieillesse brûlée".

https://soundcloud.com/user-492317834/trois-textes-brefs-de-dino-buzzati

Indications concernant les textes lus :
Titres des textes  : J'enrage suivi de Des vieillards terribles, extraits de Nous sommes au regret de... 
Thème(s) : relation intergénérationnelle ; personnages âgées ; jeunesse : utopie
Durée de la lecture : 21 minutes environ
Public (supposé) : grands adolescents/ adultes 

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Encore un peu de temps ? Écoutez donc mes lectures des semaines précédentes accessibles ci-dessous. Mieux, découvrez l'ensemble de mes "explorations sonores" (réflexions, poèmes, textes brefs) disponibles en écoute libre sur mon espace  Lis-Moi Tes Mots.

- Lectures du dimanche 5 avril : Le rat ; Le rossignol ; Le plus beau du monde



-Lecture du dimanche 30 mars : La vie ; Expertise judiciaire ; La maison idéale


- Lecture du dimanche 23 mars : L'augmentation



© ema dée

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